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Le spectre des Balkans hante la culture occidentale. Inséparable de l'Europe, cette région occupe la position inquiétante d'un entre-deux, ni Orient ni Occident, qui fait d'elle le barbare de l'intérieur.
S'appuyant sur de multiples récits de voyages, oeuvres littéraires, écrits journalistiques et travaux historiques, Maria Todorova explore à travers les siècles les fonctions du balkanisme, si vivace dans l'imaginaire occidental. Elle analyse cette image négative et figée à travers le regard de l'observateur et celui de l'observé, sans négliger les réalités objectives sur lesquelles elle se fonde, ni les intérêts politiques qu'elle sert. Derrière la diversité culturelle et le nationalisme affirmés, Todorova met au jour ce qui fait l'unité des Balkans : l'héritage ottoman.
L'éclatement de la Yougoslavie dans les années 1990 et l'élargissement vers l'Est de l'Union européenne ont ranimé ces clichés, rendant urgente une réflexion d'envergure sur les Balkans et, au-delà, sur la question de la construction de l'autre. Imaginaire des Balkans répond à ces impératifs, à la fois politiques et scientifiques, s'inscrivant notamment dans un dialogue critique avec Edward Said. Traduit dans de nombreuses langues, cet ouvrage est devenu une référence, présentée ici dans une nouvelle édition récemment actualisée par l'auteur.
La revue de presse Jean-Yves Grenier - Libération du 30 juin 2011
Finalement, qu'est-ce que les Balkans ? Maria Todorova se garde bien de répondre à cette question, mais son livre fournit une piste intéressante. Si les Balkans existent, écrit-elle, c'est grâce à l'héritage turc. La longue présence byzantine et la construction des Etats à la fin du XIXe siècle sont importantes mais l'établissement de la Pax ottomana l'est peut-être plus encore car dès le XVe siècle, elle a comme effet d'abolir les frontières politiques, facilitant la création d'une région culturelle, ouverte sur toute la Méditerranée orientale. Si les pays des Balkans sont aujourd'hui fascinés par l'Union européenne et son niveau de vie, ils ne doivent pas oublier qu'ils sont surtout riches de cette pluralité d'héritages, la part orientale n'étant pas la moindre.