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.. Pour mémoire

Couverture du livre Pour mémoire

Auteur : Mazarine Pingeot

Date de saisie : 17/07/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Julliard, Paris, France

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 9782260018315

GENCOD : 9782260018315

Sorti le : 18/08/2011

  • Les présentations des éditeurs : 13/09/2011

C'est l'histoire d'un garçon hanté par la Shoah. Pourtant, ni lui ni sa famille n'ont été directement touchés. Mais, enfant, il a vu à la télévision des images qu'il n'aurait pas dû voir - le cauchemar trop réel de Nuit et Brouillard. Cela a suffi à faire s'écrouler le début de sa vie. C'est l'histoire de ce jeune homme qui n'a plus trouvé le sommeil, et décide de ne plus manger. Qui a construit son existence sur une obsession, celle de ces scènes d'extermination massive, et qui s'y est perdu, à force de s'interroger. Comment cela a-t-il été possible ? Comment vivre parmi les hommes après ça ? Comment devenir un homme ?

Professeur agrégée de philosophie, Mazarine Pingeot est l'auteur, entre autres, de Bouche cousue, Le Cimetière des poupées et Mara. Tous ses livres sont parus aux Éditions Julliard.


  • Les courts extraits de livres : 13/09/2011

Mes parents ont été arrêtés devant mes yeux. Je m'étais éloigné de la route, avec mon frère, sur le chemin de la Croix-aux-filles, pour ramasser des fraises sauvages. Une voiture a vrombi, au loin, de plus en plus proche, puis elle a ralenti. Nous nous sommes tus. J'ai entendu mes parents crier. Je n'ai pas compris leurs mots, mais ils étaient à notre intention, une intention secrète.
Ces derniers mois nous avions élaboré des messages codés («éloignez-vous», «nous sommes pris», se traduisaient par «attention mon chapeau» et «doucement vous me faites mal» ou n'importe quelle variante qui se serait ajustée à la situation). On avait jugé inutile ou irréaliste d'ajouter «j'ai perdu ma chaussure» pour «je vous aime mes enfants chéris, pensez à moi, ne vous inquiétez pas, notre amour survivra», et toutes ces phrases que je me répétais d'avance dans mes nuits de silence en tenant la main de ma mère. Elle, elle gardait sa peur pour elle, mais ses lèvres se mettaient à trembler dès que des pas résonnaient dans la cage d'escalier et nous tâchions de ne pas bouger. Nous attendions, nous attendions que les choses changent, ou peut-être attendions-nous notre arrestation.
Ma mère a crié et je n'ai pas saisi ses mots, ce que j'ai saisi c'est : restez là où vous êtes, cachés derrière les arbres. Peut-être y avait-il aussi un adieu dans ses cris, «je vous aime, pensez à moi lorsque vous serez grands», mais ses cris ont été recouverts par ceux de mon père : ne touchez pas à ma femme, laissez-la, elle n'est pas vraiment juive. C'est la dernière parole que j'ai entendue. Pas vraiment juive. Toujours ce souci d'exactitude chez lui.

Tout cela n'est pas vrai. Tu n'es pas l'enfant de cette femme qui a crié pour prévenir ses enfants qu'elle les aimait, et qui ne les reverrait plus. Tu n'étais pas caché dans les arbres à ramasser des fraises sauvages, le goût de ton enfance interrompue, tu n'as pas eu ce destin brisé de millions d'enfants, tu n'as même pas de frère. Ton père est architecte, ta mère bibliothécaire, ils sont nés une fois la guerre finie, et toi, bien longtemps après. Tu es un épargné. Épargné par l'Histoire, épargné par la vie.


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