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Auteur : Création partagée | Yves Henry
Date de saisie : 05/07/2011
Genre : Sculpture
Editeur : la Passe du vent, Genouilleux, France
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-84562-181-7
GENCOD : 9782845621817
Sorti le : 27/06/2011
Ils sont à ce jour dix-huit - et bientôt dix-neuf. En une quinzaine d'années, de la périphérie lyonnaise à la Drôme des collines, en passant par le Limousin et la Palestine, le «petit peuple des guetteurs» a prospéré. Ces «guetteurs» ont pour créateur Yves Henri, un «artiste citoyen» ou «citoyen artiste» qui vit son art autant comme un moyen d'expression personnelle que comme un mode de relation aux autres.
Convaincu que l'art est «une activité qui consiste à produire des rapports au monde» (Nicolas Bourriaud), Yves Henri aime à mettre en oeuvre avec les personne diverses un processus de «création partagée» : à ses yeux en effet, «toute réalisation artistique ne peut l'être que s'il y a eu échanges, rencontres avec un groupe. i pas forcément initié au départ à la chose artistique».
Au-delà de la présentation de ce «petit peuple» et de la démarche qui l'a inspiré, cet ouvrage rassemble des contributions, analyses et témoignages d'une dizaine de personnes (professionnel de l'art, militant associatif, détenu, réfugié d'un camp palestinien, etc.) qui ont été associées à la conception et à la réalisation d'un «guetteur». Cet ouvrage amène aussi à s'interroger sur la place de l'artiste dans la société comme sur les évolutions à venir des politiques publiques de la culture.
L'auteur :
Yves Henri - Quelques-unes de ses dernières expositions personnelles :
2010 - Tisserdétisserretisser, le voile de la mariée mise à nu par ses amants, Musée des moulages, Université Lumière-Lyon 2, Lyon (Rhône)
2008 - Mourir, certes !, Galerie «Le 116», Villefranche-sur-Saône (Rhône) 2006 - De cage en cage, Galerie WM, Lyon (Rhône)
2005 - Mourir, certes, mais la gueule ouverte !, Festival d'humour, Villard-de-Lans (Isère) 2004 - Le Petit Peuple des guetteurs, Musée d'art contemporain, Lyon (Rhône) 2003 - La Chair et Dieu, jardin des Chartreux, Lyon (Rhône)
2001 - On n'a pas tous les jours vingt ans, Fort-l'Écluse, (Conservation départementale des musées des pays de l'Ain), Léaz (Ain) 2000 - Porte de feu, pont Bonaparte, Lyon (Rhône)
Extrait de l'avant-propos
Portrait de l'artiste en veilleur bienveillant
«En face de l'artiste [...], le peuple n'est pas seulement l'acheteur [...], il est aussi le fournisseur. Il fournit des idées, il fournit le mouvement, il fournit la matière et il fournit la forme»
BERTOLT BRECHT,
Les Arts et la révolution. Écrits sur la littérature et l'art, III.
Au regard des politiques publiques de la culture, le plasticien occupe une position paradoxale, plus souvent pensé en effet comme le destinataire desdites politiques - à travers diverses formes de soutien : bourses, ateliers, commandes, résidences... - que comme leur acteur. Juste une question : à combien d'artistes a-t-on confié la responsabilité d'un centre d'art ou d'un musée d'art contemporain, comme l'on donne à leurs confrères metteurs en scène les clés d'un théâtre ou d'une «scène nationale» ?
Depuis 1959 et la création du ministère d'André Malraux, nombreux sont les auteurs à avoir analysé le passage de la «démocratisation culturelle» - «rendre accessibles les oeuvres capitales de l'humanité [...] au plus grand nombre» - à la «culture au pluriel» chère à Michel de Certeau ; à avoir relevé, à côté de la multiplication d'institutions culturelles spécialisées, l'émergence de «nouveaux territoires de l'art» où se développent des pratiques artistiques inédites qui font «bouger les lignes» entre les disciplines, instaurent un autre rapport entre le créateur et le public, voire amènent à envisager autrement le statut de l'oeuvre et de son auteur ; à avoir souligné la place qu'occupe désormais l'espace public comme lieu de manifestations culturelles où se constituent des «communautés éphémères».
Un nouveau type d'artiste ?
De telles évolutions interrogent nécessairement la figure de l'artiste en ce début du XXIe siècle. À cet égard, on notera avec intérêt ce qu'il advient du créateur dans le récent exercice de «prospective de politiques culturelles» auquel s'est attelé le ministère de la Culture et de la Communication : en effet, deux des quatre scénarios retenus à l'horizon 2030 envisagent la diffusion à cette échéance d'un nouveau type d'artiste, non plus «un visionnaire, mais un travailleur comme les autres, un passeur de sensibilité, de sociabilité, de sens critique». Un créateur privilégiant «un art de proximité, urbain, présent, pratique, ouvert aux amateurs, fraternel, émancipateur». Cette évolution, nous dit-on, favorisera «l'apparition d'un art collaboratif entre amateurs et concitoyens, rejoignant les aspirations trouvées dans la vie politique locale, de l'e-démocratie aux rencontres réelles».
Yves Henri pourrait bien préfigurer ce nouveau type d'artiste et c'est pourquoi le livre aujourd'hui consacré à son «petit peuple des guetteurs» paraît non pas sous forme d'un catalogue, mais dans une collection intitulée «Politiques culturelles et territoires». C'est qu'Yves Henri n'est pas tout à fait un artiste comme les autres. L'art pour l'art et le tout à l'ego ne semblent pas compter parmi ses préoccupations les plus vitales : pour lui, créer c'est partager, c'est aller beaucoup plus loin avec les autres et c'est, surtout, produire des rapports au monde. Voilà qui nous éloigne de l'individualisme ambiant. Qui nous protège du repli sur soi.
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