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.. Nouvelles du jour et de la nuit : le jour

Couverture du livre Nouvelles du jour et de la nuit : le jour

Auteur : Hubert Haddad

Date de saisie : 13/07/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Zulma, Honfleur, France

Collection : Littérature française

Prix : 30.00 € / 196.79 F

ISBN : 9782843045264

GENCOD : 9782843045264

Sorti le : 06/01/2011

  • Le courrier des auteurs : 30/08/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Un inventeur d'histoires et un amoureux du langage, ce qui résume le nouvelliste et le romancier que je m'efforce d'être. Ce que Rimbaud appelait «un horrible travailleur», avec l'espoir d'atteindre à cette grâce : quand l'oeuvre ne laisse rien voir de l'horreur vécue d'un tel labeur.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'événement - accident, rencontre, prodige ou miracle - qui bouscule le quotidien d'un personnage comme vous et moi. Ce livre est constitué de soixante courts récits partagés en dix volumes et deux coffrets : «nouvelles du jour, nouvelles de la nuit». Dans chacune, j'ai tenté de capturer l'instant indicible où tout bascule, pour le meilleur ou pour le pire, ce moment de révélation où la vie prend un sens absolu. Saltimbanques, jeunes femmes perdues, milliardaires confrontés à leur néant, aventuriers au bout d'un monde, chacun de mes personnages fait l'expérience de l'autre côté, de la frontière, du secret derrière le confort des apparences.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Chaque incipit de ces soixante histoires, ou peut-être davantage les excipit (dernières phrases), ainsi :

«Même le sursis d'un instant sépare infiniment de l'éternité des morts» (Le Prince d'automne)

«La vie, songea-t-elle : quelque chose qui dure sous un mol éblouissement.» (L'inconnu du terminal Beaufort)

Seul l'amour me sauvera de la promiscuité, là-bas, sous les arbres de goudron, parmi les lions du crépuscule.» (Janus à pile ou face)

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une de mes histoires, «La Belle Rémoise», raconte la folie d'un musicien qui voudrait traduire la ville de Reims en un oratorio qui soit son empreinte sonore. L'écrivain, comme ce musicien, tente d'inventer une musique originale dans chacun de ses textes, mais il peut n'être pas insensible à Bach ou Charlie Parker. Pris de court, je mettrais en épigraphe de ces nouvelles un prélude de Charles-Valentin Alkan : «La chanson de la folle au bord de la mer».

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le beau silence de l'intuition, après ce rendez-vous privilégié qu'est ou que voudrait être un livre. On n'écrit au fond que pour cette rencontre aussi intime qu'impersonnelle, faite d'empathie, d'amitié, voire d'amour.


  • Les présentations des éditeurs : 13/07/2011

Ces Nouvelles du jour et de la nuit forment un univers en soi, un continent insubmersible entre songe et réalité. Personnages en quête d'absolu, monstres secrets, phénomènes de cirque, acteurs fous et femmes fatales peuplent des cités authentiques ou inventées, des îles fantastiques ou des no man's land mystérieux où se jouent des épreuves en forme d'énigmes. La merveille comme l'effroi y sont partout.
Un bonheur d'invention, une fantaisie alerte font de cette somme un monument d'histoires voué au très folâtre culte de la fiction et de l'imaginaire.

Hubert Haddad est considéré comme l'un des initiateurs du renouveau de la nouvelle en France. Par ailleurs poète, essayiste et romancier, il revisite tour à tour les territoires de la création littéraire (Le Nouveau Magasin d'écriture), de la fantaisie onirique (Géométrie d'un rêve) ou de la plus brûlante actualité (Palestine, Prix Renaudot Poche 2009).

Nouvelles du jour et de la nuit : le jour
Le Cabaret de la Mère Folle ° Le Souffle de l'Agone Le Soleil des scorpions ° Un été vaudou Le jardinier et le Faux Nègre

Nouvelles du jour et de la nuit : la nuit
L'Inconnu du terminal Beaufor ° Juliette avant la nuit Le Robot mélancolique ° Le Prince d'automne Une voix de Babel


  • Les courts extraits de livres : 13/07/2011

Le Cabaret de la Mère Folle

À Meyer Sarfati

Jetzt aber tags ! Je vais m'arracher une bonne fois à ce miroir. Le rideau va tomber. On m'oubliera comme un masque décrépit après la métamorphose d'un soir. Mes fards et mes couleurs, je les distribuerai cette nuit même aux putains de la rue Riemer ; et tous ces postiches, ces fanfreluches ! Il n'y a que les filles et les petits enfants pour se retailler avec esprit la défroque des vieux clowns. Ce dernier spectacle me verra, je le jure, aussi méchamment falot qu'aux grandes heures. Je n'attends rien pour conclure, pas même une rose de papier glissée dans ma boutonnière par quelque ouvreuse larmoyante. Nous quitterons la place en silence, dans un anonymat serein. Croit-on qu'un artiste rêve seulement de renommée ? Non, ce qui compte, c'est la mise à mort de chaque séance, c'est de s'anéantir corps et âme dans la mâchoire aveugle du public.
Je n'ai pas toujours été chien de scène et j'ai connu d'autres lustres que ces néons d'abattoir. Mais qui se souvient de maître Pigritia, le sublime cabot du cabaret de la Mère Folle ? Nun alles still...
Vingt ans ont passé, j'étais déjà vieux, vieux d'avoir changé d'existence à l'esbroufe. Le monde est le partage des imposteurs. Avant les années trente, j'étais bien connu de ce côté de la frontière. Le baron Furfuri avait beaucoup d'amis dans la société. Il donnait des fêtes mémorables au château de Krunsberglugen. On appréciait sa fantaisie généreuse. Puis-je encore parler du baron Furfuri à la première personne ? J'étais seul et convoité. Si, dans mon extrême solitude, je fréquentais volontiers princes et potentats, j'aimais l'art et les artistes et plus encore ma fille Deborah qui venait d'atteindre l'âge de sa mère morte, de sa mère inconnue d'elle. J'avais peu à peu transformé en musée le château de Krunsberglugen. Les peintres pouvaient même y travailler. J'achetais leurs oeuvres et les exposais. Tout ce que le pays cachait de talents connaissait mes largesses. Héritier d'un magnat de l'acier, j'avais abandonné l'industrie à mon frère cadet, plus apte aux affaires, pour ne conserver que ce château et quelques rentes. Je n'avais connu mon père qu'à travers les apparats d'une grande famille et il ne me restait de lui que l'image d'un vieillard ennuyé qui ne demandait à ses proches que de l'éviter en privé et de l'applaudir en public.


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