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Auteur : Marie-Louise von Franz
Préface : Luigi Aurigemma
Traducteur : Pierre Grappin
Date de saisie : 21/07/2011
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : la Fontaine de Pierre, Paris, France
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-902707-67-6
GENCOD : 9782902707676
Sorti le : 08/07/2011
Dans une interview publiée dans La Quête du sens, Marie-Louise von Franz évoque le point de départ de sa recherche sur les rêves et la mort : «Après tout ce qu'on a dit de la mort - il y a une vie après la mort, il n'y a pas de vie après la mort -, après toute la littérature que nous avons maintenant sur la mort, il était naturel pour moi de me dire : "Pourquoi est-ce que personne ne regarde les rêves ? Qu'est-ce que les rêves disent de la mort ?"»
Comme toujours, Marie-Louise von Franz focalise son attention sur les rêves et leurs messages. Car seuls les rêves peuvent proposer une réponse individuelle aux grandes questions métaphysiques, seuls les rêves permettent, par des images et par un langage autre que celui du conscient, d'ouvrir la voie à la profondeur, lui conférant une dimension sacrée.
Aux images de rêves font écho, en amplification et explication, des images de mythes et de légendes qui placent l'expérience personnelle au contact de l'inconscient collectif, la vivifiant et l'élargissant jusqu'à lui donner une valeur universelle. Les connaissances approfondies de l'auteur dans les mythologies du monde entier, sa compréhension toute naturelle du langage alchimique permettent ainsi au lecteur d'entrer dans le grand mystère de la mort et de l'au-delà, de la transformation.
Marie-Louise von Franz (1915-1998) a été l'une des plus proches collaboratrices de C.G. Jung. Avec une grande acuité de pensée et une implication de tout son être, elle a approfondi de nombreux aspects du monde intérieur. À côté d'études très fouillées sur les contes de fées, elle s'est consacrée à l'alchimie, à l'analyse du rôle des nombres, aux rapports entre la matière et la psyché et, aussi, aux liens existant entre l'individu et la collectivité.
Extrait de l'introduction
La présente recherche ne se propose pas d'étudier la thérapeutique à appliquer aux mourants, comme le font la plupart des publications consacrées au thème de la mort. Son seul objet sera de répondre à la question : que dit l'inconscient, que dit l'univers instinctuel d'un être humain confronté à la réalité d'une mort prochaine ?
Les rêves, on le sait, ne se laissent pas manipuler. Ils parlent en nous pour ainsi dire le langage de la Nature. Il est donc légitime de se demander comment la Nature elle-même nous prépare à la mort.
Une première difficulté surgit aussitôt : quels critères employer pour garantir l'interprétation de rêves qui s'expriment le plus volontiers par l'image ? Pour résoudre ce problème, et parce qu'il s'agit ici de structures humaines universelles, j'ai cru bon de faire appel à des données d'ordre ethnologique et alchimique afin de replacer les rêves dans leur contexte le plus général.
Pour l'essentiel, cette étude s'organise autour de quatre thèmes :
1°) Les expériences de la mort et les rêves de mort des hommes d'aujourd'hui ;
2°) Les idées fondamentales de la psychologie jungienne sur le déroulement de la seconde moitié de la vie et sur la mort ;
3°) La psychologie de la mort et de la résurrection dans la tradition alchimique occidentale ;
4°) A ces trois domaines qui me sont familiers, j'adjoindrai brièvement certains aspects de la recherche parapsychologique.
On peut se demander si, à tant de livres consacrés à la mort, il peut encore être ajouté quoi que ce soit. Mais c'est un fait que les ouvrages prenant en considération les manifestations oniriques de l'inconscient sont malheureusement peu nombreux. Elisabeth Kübler-Ross, par exemple, s'est penchée sur le phénomène que constitue le développement de la personnalité dans le face à face avec la mort, mais elle décrit surtout des processus de conscience articulés et observables de l'extérieur. Mais ce qui se trame dans les profondeurs de l'inconscient a été encore peu étudié. Deux ouvrages, principalement, se sont inspirés des idées de C. G. Jung : celui d'Edgard Herzog, Psyché und Tod et celui d'Ingeborg Clarus, Du stirbst damit du lebst. Tous deux traitent de la mort mais, pour l'essentiel, ils tournent autour du processus résumé dans la formule : Meurs et deviens ! tel qu'il apparaît dans le développement du processus d'individuation résumant la vie humaine, sans accorder une attention particulière aux rêves intervenant chez des sujets confrontés à l'imminence de leur mort physique. C'est en revanche le thème de l'article de Barbara Hannah, «Regression und Erneuerung im Alter», qui examine une intéressante série de rêves d'un patient aux approches de la mort.
Dans son livre Ego and Archétype, Edward Edinger présente également une impressionnante suite de douze rêves d'un patient proche de la mort dont il donne une remarquable interprétation ; il y souligne l'évidente parenté entre les images de ces rêves et celles de l'alchimie. Mentionnons aussi l'excellent ouvrage de Jane Wheelwright, Death of a Woman, qui consigne le déroulement de l'analyse d'une jeune femme sur le point de mourir. Des rêves sont encore cités dans le travail de M. Pelgrin, And a Time to die, ainsi que dans celui de Fortier Millie Kelly, Dreams and Preparation for Death auquel je me référerai souvent.
Tandis que je rédigeais ce livre, David Eldred rassemblait et analysait dans une excellente étude, Psycho-dynamics of the Dying Process, les peintures d'une patiente suisse atteinte d'un cancer. D'après Eldred, il semble bien qu'il existe certaines structures archétypiques de base qui assez régulièrement accompagnent le processus mortel. J'aurai fréquemment l'occasion de revenir sur ce travail.
J'ai aussi comparé certains motifs des rêves à des expériences vécues de coma dépassé telles qu'elles sont consignées dans un grand nombre de documents contemporains. Les expériences de ce type ne se distinguent des rêves eux-mêmes ni par la thématique ni par l'expression, mais les rêves sont plus nuancés en même temps que plus imagés. En comparaison, ces expériences paraissent plus schématiques, plus marquées culturellement. Il me semble en effet que, dans ces situations, l'homme vit une expérience ineffable, indicible, qu'il coule ensuite dans des images propres à sa culture, alors que les rêves sont spontanément beaucoup plus riches et détaillés.
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