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Auteur : Thu Huong Duong
Date de saisie : 16/12/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 9782848051024
GENCOD : 9782848051024
Sorti le : 15/09/2011
SANCTUAIRE DU CUR. La fugue de Thanh plonge dans la stupeur ses parents, un couple de professeurs respectés, ainsi que toute la petite ville proche de Hanoi où vit cette famille modèle. A seize ans, le jeune homme était promis à un brillant avenir et n'avait jamais donné le moindre signe de trouble ni de rébellion.
Quand on le retrouve quatorze ans plus tard - en 1999, le temps du récit -, il est devenu gigolo, entretenu par une femme d'affaires rencontrée dans la maison close de Saigon où il exerçait ses talents de prostitué.
Comment - et pourquoi - ce jeune homme sans histoires en est arrivé là, c'est ce que dévoile ce roman diaboliquement construit.
Thanh a tout le temps, pendant ses longues journées dans la villa de la côte que seuls rythment des dîners dans des établissements de luxe, de se remémorer son passé.
Ses jeunes années sont autant de souvenirs lumineux : elles ont été à jamais marquées par la présence radieuse de Tra My, son amie de toujours, la petite fille que ses parents avaient recueillie et dont il était tombé éperdument amoureux.
Sa descente aux enfers après sa fugue vient en sombre contrepoint de cette enfance heureuse : les scènes époustouflantes de son arrestation par erreur dans un hôtel de passe, de son emprisonnement avec des droit commun ou de sa rencontre avec le proxénète qui l'a embauché donnent à Duong Thu Huong la matière d'un portrait sans appel d'une société vietnamienne déstabilisée et corrompue que dominent le sexe, le pouvoir et l'argent.
Quand Thanh ne supporte plus sa vie oisive d'objet sexuel et qu'il décide de prendre un nouveau départ, il ne peut s'empêcher de buter sur le traumatisme subi lors de ses seize ans. La scène qui le hante, et dont son propre père est l'acteur principal, donne la clé de sa dérive et du roman tout entier.
La question sous-jacente que pose en effet Duong Thu Huong tout au long de ce livre consacré aux enfants des hommes et des femmes de sa génération, celle qui s'est battue pour des idéaux et qui ne se reconnaît pas dans le Vietnam d'aujourd'hui, est déchirante : qu'avons-nous fait à nos enfants ? quel monde leur laissons-nous ?
DUONG THU HUONG est née au Vietnam en 1947. Depuis la parution de Terre des oublis en 2006 (Sabine Wespieser éditeur, Grand Prix des lectrices de Elle 2007), elle vit à Paris.
La dissidente vietnamienne Duong Thu Huong, installée à Paris depuis 2006, jette un nouveau pavé dans la mare. Après avoir, en 2009, dans Au zénith, clamé sa vérité sur Hô Chi Minh, devenu la triste marionnette d'un régime honni, elle s'attaque au Vietnam d'aujourd'hui...
La construction est impeccable où Duong Thu Huong, entre deux horreurs, ménage des plages de bonheurs simples et de jolis moments de nostalgie. Ainsi réussit-elle un grand roman balzacien sur le Vietnam contemporain.
Dans Sanctuaire du coeur, la romancière raconte la chute vertigineuse d'un jeune homme, Thanh, 16 ans, qui quitte brutalement sa ville de province et plaque ses parents - un couple de professeurs - pour fuguer avec son copain Hoang, le fils d'un poète-apparatchik honteusement soumis au pouvoir...
C'est une descente dans les enfers de la prostitution - sujet totalement tabou au Vietnam - qu'orchestre Duong Thu Huong au fil de ce roman très cru, où elle dépeint la faillite spirituelle d'un pays en proie à une double corruption, le sexe et l'argent...
Sa vision du Vietnam est impitoyable et terriblement amère, comme si les idéaux pour lesquels elle s'est jadis battue n'étaient plus qu'un lamentable tas de cendres.
Duong Thu Huong, née en 1947, est une icône de la lutte pour la démocratie. Entrée en dissidence, elle vit désormais à Paris. Il y a peu de chances que ce livre la réconcilie avec le pouvoir vietnamien...
L'argent et le sexe, ferments de corruption, mènent le monde. Sans oublier la bêtise. Duong Thu Huong circule dans sa fresque du Vietnam contemporain en étrillant ici un poète nul, là une arriviste. La petite fille courageuse et têtue qu'elle décrit au début de son roman lui ressemble, pas de doute.
À l'époque, on n'avait pas encore le téléphone. Ou plutôt le peuple n'avait pas encore accès à cet outil, dont seules les administrations publiques étaient dotées. Pour les affaires urgentes, on envoyait des télégrammes. Et un télégramme annonce souvent une catastrophe, rarement un événement heureux.
«Mère décédée. Stop. Rentre vite. Stop.»
«Frère aîné mourant. Stop.»
«Incendie. Stop. Maison entièrement détruite. Stop. Plus rien à manger. Stop.»
Dès lors, quand le facteur frappait comme un forcené à la porte d'une maison, le voisinage s'agglutinait autour de lui, guettant l'instant fatidique où l'intéressé décachetterait son pli.
Par un matin d'octobre, des coups précipités résonnèrent à la porte d'entrée de ma maison :
- Télégramme !
Je n'eus pas le temps de répondre que le facteur insistait :
- Il y a quelqu'un ? Télégramme !
Quand j'ouvris la porte, tous les voisins étaient déjà alignés derrière le nouveau facteur au visage plein d'acné.
- Vous avez un télégramme. Veuillez inscrire ici vos nom et prénom, et signer s'il vous plaît !
À voir le visage rayonnant du jeune préposé, le métier de facteur devait être le plus noble métier du monde. Après avoir récupéré son carnet, il descendit son vélo du trottoir et carillonna fièrement avant de l'enfourcher avec panache, tel un cavalier sautant sur sa monture.
- Que se passe-t-il ?
- Ce télégramme est arrivé si tôt ! Il a dû partir hier soir ! Mes voisines trépignaient de curiosité. Leurs regards étaient hypnotisés par la petite enveloppe jaune entre mes mains. Je la décachetai lentement.
- Laissez-moi vous le lire ! Je peux lire sans lunettes !
Ma plus grosse voisine m'arracha avidement le papier des mains et lut :
«Le petit Thanh a fugué avec le fils de M. Hoang Vuong. Peux-tu venir ? Thy et Yen.»
Elle le relut encore une fois, dans un souffle encore plus court, avant de me le rendre, l'air moins excité. Les autres femmes s'étaient tues et se regardaient entre elles, à la fois curieuses et gênées.
- Madame Yen est ma cousine du côté de ma mère, expliquai-je, nous avons vécu une dizaine d'années sous le même toit. Nous sommes très proches.
- En effet ! Vous devez être très proches pour que ce soit à vous qu'elle ait décidé d'envoyer ce télégramme ! Que fait donc ce couple ?
- Ils enseignent dans un lycée de la province de Lan Giang. Lui est professeur d'histoire et elle, professeur de mathématiques.
- Et ils ont un fils qui vient de fuguer ? m'apostropha la grosse voisine.
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