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.. Cannibales

Couverture du livre Cannibales

Auteur : Darius Scylla

Date de saisie : 24/07/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : L'Harmattan, Paris, France

Collection : Ecritures

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 9782296551992

GENCOD : 9782296551992

Sorti le : 10/06/2011

  • Le courrier des auteurs : 04/08/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Un individu mâle de la branche des hominidés nommée Homo sapiens, la sagesse en moins !

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'illusion de la vie «raisonnée», la suprématie instinctive de la Nature sur la condition humaine, et féminine en particulier.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Les hommes vivent sans grandeur, les femmes s'y résignent».

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Le 2ème mouvement de la symphonie n°7 en la majeur, op. 92, de Ludwig van Beethoven.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Un plateau d'huîtres spéciales n°3 du littoral charentais, et une bouteille de bordeaux blanc.


  • Les présentations des éditeurs : 04/08/2011

Fermer les yeux. Gagner du temps. Ne pas cesser une seconde de penser. Amasser, encore et encore, des copeaux de vie pour colmater les brèches.
Les corps s'impatientent. La réalité se soulève. Plus le temps d'édulcorer. Plus le temps de trier. Il faut tout prendre. Tout ce qui est là, qui affleure, à portée de mémoire. Tous ces fragments d'histoires qui, selon les êtres, les humeurs, la chance, se dégustent en gourmet, ou se vomissent en rivières.
Désormais, pour cette jeune femme, il n'y a plus d'autre solution. Il faut tenir le siège, se fortifier dans ses souvenirs pour endurer l'assaut. Se battre, vouloir sans faiblir que tout ce qui devait exister existe. Le temps que ça passe. Une fois encore.
Mais, de l'autre côté, le sablier se vide. Le grondement sourd des attaques se dissipe, et, bientôt, ce sera le silence. Le silence de l'élan. Celui qui fend l'air, frénétique, avant l'ultime collision.

Originaire de Charente-Maritime, Darius Scylla vit aujourd'hui à Paris, entre deux ailleurs. Cannibales est son premier roman.


  • Les courts extraits de livres : 04/08/2011

10 h 16

Un gigot déchiqueté qui dégorge sur une planche, des restes d'animaux entassés dans un bac, d'autres qui cautérisent doucement en bullant sur une plaque. Des membres de volailles qui gisent dans un charnier provençal, des lambeaux de peau qui flottent autour, des voiles huileux qui s'accrochent aux louches comme des traînes, une jardinière de légumes atrophiés, un compost d'épinards brunâtre, un mortier de riz luisant et orangé. Partout des cratères ratés, mémoires tièdes des plats voisins, partout cet air épais qui sature d'effluves graisseux les corps qui le traversent. Condamnée à observer le carnage, une rangée de lampes pendues par les pieds surplombe cette traînée colorée et l'enrobe d'un ultime nappage. Elle impose au regard cette frontière nutritive où les sens se précipitent et s'embrasent, la ligne de démarcation entre la faim et l'écoeurement, l'extrémité molle et lumineuse de mon monde. De l'autre côté, la vie.

Tous ceux qui ne recherchent pas l'humidité ou l'ennui tentent de traverser le plus rapidement possible ce vieux massif montagneux avachi et incontinent. Certains, pressés par leur corps ou celui de leur progéniture, optent pour une traversée en deux temps, estimant qu'un bref ravitaillement en cours de route ne pourra qu'augmenter leur chance de succès. Beaucoup parmi eux défilent ici, lentement, avant de reprendre leur course, délestés d'un peu de leur capital. Je suis sur leur route, juste au bord, du côté où l'appétit n'obscurcit pas l'esprit. Autour de moi, accroché comme un parasite à cette veine nourricière qui suinte le suc de la vie en l'irriguant loin d'ici, mon lieu de travail. Ici, une symbiose remarquable s'est développée entre les deux milieux. Une symbiose naturelle et désintéressée, comme seule une plus haute idée du commerce et du bien-être commun est capable d'en engendrer. Nous donnons à nos hôtes les moyens de repartir d'ici et eux nous laissent ceux d'y rester.

Derrière moi, face à la plaque chauffante auréolée de graisses calcinées, il y a Baps, le responsable des grillades. Le seul homme à être mobilisé en première ligne, dans l'ultime tranchée avec nous, les femmes. Il est chargé de faire disparaître des restes d'animaux toutes traces suspectes pouvant permettre de remonter jusqu'à la date de leur décès, toujours brutal. Des pauvres bêtes qui, pour les plus chanceuses ayant voyagé côté fenêtre dans le convoi qui les transportait jusqu'à l'abattoir, ont dû apercevoir leurs premiers pâturages à travers des barreaux dégoulinants de bave. Je me suis toujours demandé ce qu'elles se disaient, à ce moment-là. Peut-être que, taquinées par les reliquats d'un patrimoine génétique en pleine rénovation, elles ressentent une frustration lancinante et énigmatique à la vue d'un pré verdoyant. Peut-être que, lorsqu'elles croisent un troupeau qui paît placidement, elles se disent que la misère est vraiment partout et qu'il est bien triste de voir ses semblables réduites à bouffer de l'herbe, qui traîne par terre de surcroît. Peut-être aussi qu'elles ne se disent rien, ce qui est plus probable, et c'est la raison pour laquelle c'est nous qui les mangeons, et pas l'inverse.


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