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.. Henri Hertz, magnat du piano : la vie musicale en France au XIXe siècle (1815-1870)

Couverture du livre Henri Hertz, magnat du piano : la vie musicale en France au XIXe siècle (1815-1870)

Auteur : Laure Schnapper

Date de saisie : 29/07/2011

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris, France

Collection : En temps & lieux, n° 23

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 9782713222795

GENCOD : 9782713222795

Sorti le : 17/03/2011

  • Les présentations des éditeurs : 29/07/2011

Qui se souvient d'Henri Herz (1803-1888), figure célèbre du monde musical au xixc siècle ? Pianiste virtuose, compositeur prolifique, professeur acharné, facteur de pianos renommé et propriétaire, avant Pleyel, d'une salle de concert des plus courues : rarement notoriété si grande chuta de façon aussi spectaculaire. L'itinéraire de cet immigré plein d'humour, qui désirait par-dessus tout gravir les échelons de la société, témoigne des goûts et des pratiques d'une époque.

S'il connut gloire et prospérité, il subit aussi les foudres des artistes qui l'accusaient de flatter le nouveau maître, le public. Ainsi, après une carrière fulgurante qui le conduisit des salons parisiens à la conquête des Amériques, Herz fut détrôné par la figure émergente de l'artiste d'exception, le génie romantique qu'illustraient ses contemporains Liszt et Chopin. À une période charnière où les tensions se cristallisent autour d'une nouvelle conception de l'art et de l'artiste, entre «musique d'art» et «musique d'industrie», le parcours de ce musicien polyvalent fournit un matériau historique précieux sur la vie musicale et, bien avant les premiers enregistrements, sur l'activité des pianistes virtuoses.

En s'intéressant à cet artiste-entrepreneur, Laure Schnapper éclaire un versant oublié de la vie culturelle et musicale en France. Enrichie de commentaires de partitions et d'extraits des journaux d'époque, cette étude contribue à renouveler, à travers le destin de ce magnat du piano, les relations entre histoire, musicologie et sciences sociales.


  • Les courts extraits de livres : 29/07/2011

Extrait de l'introduction

La renommée éphémère des virtuoses s'évapore misérablement, sans laisser de trace ni d'écho, comme le hennissement d'un chameau qui traverse les sables du désert.

Heinrich Heine, Lettre du 25 avril 1844

Pianiste virtuose, compositeur prolifique, facteur de pianos renommé et propriétaire d'une salle de concert les plus recherchées, Henri Herz fut, de son vivant, une figure célèbre du monde musical dont il était, par ses multiples activités, un acteur majeur. La vogue connue par la plupart de ses morceaux «non seulement en France, mais dans le monde entier, et jusqu'en Cochinchine, est un fait peut-être unique dans les annales du piano». Aujourd'hui, pourtant, seuls quelques spécialistes connaissent son nom, sans toujours savoir avec exactitude qui il désigne. Le temps a même effacé l'inscription de sa pierre tombale au cimetière du Père-Lachaise, difficile à identifier dans le dédale des sépultures. Rarement une notoriété si grande chuta de façon aussi spectaculaire.
C'est d'abord par sa virtuosité exceptionnelle que le pianiste s'est rendu célèbre, à une époque particulièrement friande d'exploits techniques; or, en l'absence de moyens de reproduction, nous n'en avons plus de trace matérielle, qui puisse en conserver le souvenir. Léon Escudier, ami de Herz et directeur du journal La France musicale, remarquait déjà :

Les pianistes, hélas ! ont cela de commun avec les autres virtuoses, que rarement leur nom survit au court passage qu'ils font dans ce monde. C'est le plus souvent une voix qui s'éteint.

De fait, le catalogue de Herz comprend plus de deux cents oeuvres, presque toutes oubliées aujourd'hui. L'époque mettait à l'honneur les pianistes-compositeurs, dont les oeuvres étaient exécutées par le pianiste lui-même et qui disparaissaient souvent avec lui :

N'est-il pas vraiment regrettable que tout meure avec les virtuoses ? Ceux d'entre eux qui sont aussi des compositeurs laissent leurs oeuvres, il est vrai ; mais, même parmi ceux-ci, combien y en a-t-il dont les pages perdent beaucoup à être exécutées par d'autres que par leurs auteurs.
En outre, ce répertoire assumait des fonctions précises, répondant à une demande du public d'alors. Or, comme les ethnomusicologues l'ont souvent observé, la musique disparaît généralement avec la fonction à laquelle elle était liée. Enfin, comme facteur de pianos, Herz n'a pas non plus assuré sa postérité : la firme fut vendue par sa veuve en 1891 après que la salle de concert, qu'il avait fait construire au sein de sa manufacture, eut été fermée au public en 1885, pour raisons de sécurité.
La référence à l'ethnomusicologie semble pertinente à un autre titre : l'exécution occupe une place majeure dans les compositions de Herz et de nombre de ses contemporains, comme Frédéric (Friedrich) Kalkbrenner, Sigismond Thalberg, mais également Frédéric Chopin. Aussi la partition, qui ne livre qu'un aspect partiel de l'oeuvre, peut dans ce cas aller jusqu'à trahir celui qui n'est pas seulement le compositeur, mais le «pianiste-compositeur». Il n'y a guère aujourd'hui que dans le domaine de la chanson que l'on parle encore d'«auteur-compositeur» ; dans l'art savant, le compositeur s'est autonomisé et désolidarisé de l'interprète. Désormais, celui-là fait «abstraction de l'exécutant qui interprétera son oeuvre, et ne subordonne pas à la technique de l'instrument la contexture musicale dont il veut revêtir son idée. Si les combinaisons de rythme et de sonorité voulues amènent de sérieuses difficultés instrumentales, si le trait rêvé présente des sinuosités gênantes pour les doigts, c'est affaite au pianiste. L'oeuvre prime l'interprète.»
Cette séparation des tâches a eu entre autres pour conséquence de plonger dans l'oubli une grande partie du répertoire, conçu non seulement par mais pour l'artiste. C'est ainsi que les pièces que Franz Liszt avait composées pout ses propres concerts, ces fantaisies et autres réminiscences, sont moins jouées aujourd'hui que celles où la part de l'exécution est moindre et la substance plus complètement rendue par la notation. A présent, il est impensable qu'un pianiste achève un concert par une improvisation ; il est exclusivement un instrumentiste dont le public juge l'interprétation et non pas les aptitudes de créateur.
Aussi est-il indispensable, lorsque l'on aborde ce type de répertoire, de ne pas sacraliser l'écrit comme on le fait depuis la fin du XIXe siècle ; la partition constituait plutôt la transcription d'une exécution, présentant la réalisation d'une des versions possibles de la pièce.


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