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Auteur : Blaise Hofmann
Date de saisie : 03/09/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Zoé, Carouge, Suisse
Collection : Zoé poche, n° 49
Prix : 8.00 € / 52.48 F
ISBN : 978-2-88182-697-9
GENCOD : 9782881826979
Sorti le : 01/06/2011
Estive est le récit de Blaise Hofmann sur son expérience de berger, dans les Alpes, le temps d'un été.
Il raconte son apprentissage d'un métier rude, où comme le laisse entendre une des citations au début du livre, beaucoup "caressent la bouteille".
Il lui faut apprendre à connaître les chiens gardiens du troupeau, et les moutons. Le métier de berger peut sembler assez simple quand on ne connaît pas tout le travail nécessaire à sa réussite, voire, dans le cas contraire, tenir de la "magie"...
Certaines scènes sont parfois étonnantes, notamment quand un berger met la peau d'un agneau mort sur celle d'un autre, repoussé par la même mère...
Anti récit de voyage, on se laisse porter par les réflexions de l'auteur, sur son quotidien ou sur la solitude qui lui pèse parfois. Estive est une invitation à l'introspection, au voyage immobile...
Un livre idéal pour les parisiens et -siennes stressé(e)s, ou tout simplement pour les adeptes du voyage intérieur.
«Un vacancier hollandais photographie un vacher polonais. Une dizaine de secondes pour ajuster l'objectif, pas assez pour faire connaissance. L'un croit avoir croqué le portrait d'un autochtone authentique, lui sourit et le remercie. L'autre ne perd pas une minute, car un bon vacher doit traire plus de vingt vaches, matin et soir».
Blaise Hofmann est né en 1978. Estive a reçu le prix Nicolas Bouvier au Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo en 2008.
Grenier I
Des pas sur le plancher. Deux coups à la porte. Eh mec ! C'est l'heure. J'ai dormi comme une masse. Pas besoin de pousser le volet. Il fait encore nuit. Il est cinq heures. Bonjour les chiens. Robert assis à la table. Salut. Un peu d'eau sur le visage. Une tranche de pain. J'y étale quelque chose. Mâchonne sans appétit. Le café bout. Il est trop chaud. J'y ajoute une giclée de pomme. Fais comme Robert. De la Goldamine de Zoug. Conséquent. Je remplis la besace de croquettes. Pour Maya et Fume, les chiens de protection qui ne quittent pas le troupeau. Robert cherche ce qui pourrait lui servir de bâton, s'en allume une et s'en va. Il prend de l'avance. Tu m'rattrapes ! Tina et Brina le suivent, lui, car c'est mon deuxième jour d'estive.
Le soleil point derrière la Tour du Famelon. Pas un nuage. Plutôt photogénique. Les profils des sommets sont bien découpés. Robert progresse lentement. Il dessine de larges zigzags. Les pâturages laissés aux moutons sont ceux dont la pente est trop abrupte pour les bovins. Sur la carte, ils se situent là où les lignes sont les plus rapprochées.
Robert, assis dans l'herbe, d'un côté du troupeau. Moi, assis dans l'herbe, de l'autre. Lui avec Tina. Moi avec Brina. Une parole, une seule.
- Début de l'été, les moutons grimpent. Vers la fin, ils vont vers le bas. Ils vont là où l'herbe est bonne.
Tout l'été devant nous pour faire connaissance et pas besoin d'en rajouter.
La matinée durant, on évite que les moutons empruntent le passage de la Chaux, de son côté, ou filent vers le Grand Chalet, du mien. Quand des bêtes dépassent la limite que l'on a choisie, on fait travailler les chiens.
- Laisse-les brouter, j'te dis. T'es en train de tout tasser l'herbe avec tes coups d'chien !
Manifestement contrarié, Robert me reproche d'envoyer Brina parfois trop tôt, parfois trop tard, toujours trop brusquement. Non, Robert n'est pas un fin pédagogue. Voilà trois heures que je joue à un jeu dont j'ignore les règles. Le plus sûr est d'imiter ce qu'il fait de son côté, mais le troupeau n'obéit pas à une logique symétrique. Bluffer ne suffit pas. De mon côté, j'ai à faire avec la variable parasite, les Vertes, les bêtes qui portent un point vert sur le dos, environ deux cents brebis élevées en forêt qui, dès qu'elles le peuvent, vont s'y réfugier. Autour des dix heures, les premières bêtes sont pleines, se couchent et ruminent. D'autres broutent encore, mais presque immobiles. Même les Vertes se sont regroupées à l'ombre d'un pierrier. C'est agréable. Robert en refume une. J'ouvre un bouquin que je croyais écrit sur mesure pour la profession, un petit format qui tient dans la poche, à peine soixante pages, onze chapitres distincts, les Onze lettres à Pénélope.
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