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.. Une femme fuyant l'annonce

Couverture du livre Une femme fuyant l'annonce

Auteur : David Grossman

Traducteur : Sylvie Cohen

Date de saisie : 25/04/2012

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre vert

Prix : 22.50 € / 147.59 F

ISBN : 978-2-02-100462-5

GENCOD : 9782021004625

Sorti le : 18/08/2011

Abondamment chroniqué dans la presse, déjà en lice pour le Prix Femina étranger, difficile de faire l'impasse sur Une femme fuyant l'annonce. Mais entre tous ces romans sérieux et imposants - à la fois par leur taille et leurs ambitions -, faut-il en privilégier certains plus que d'autres ? Alors que les choses soient claires, si vous hésitez encore, il est plus que temps de mettre vos doutes de côtés pour vous lancer à corps perdu dans la lecture de l'époustouflant dernier roman de David Grossman.

Mère de deux enfants désormais en âge de voter mais pas seulement, actuellement séparée de son mari, Ora vient d'apprendre une nouvelle bien contrariante. Alors qu'elle s'apprêtait à passer une semaine en tête à tête avec Ofer, son deuxième fils, pour fêter la fin de son service militaire obligatoire de trois ans, voici que celui-ci lui annonce qu'il vient de signer pour une mission spéciale d'un mois et que non, ça ne peut pas attendre qu'ils reviennent de leur petit périple dans les montagnes galiléennes. C'est donc dans un état d'agitation extrême qu'elle l'accompagne au point de ralliement, conduite par Sami, son vieux chauffeur de taxi arabe pour qui cette course se transforme rapidement en un moment de torture et de solitude intense. Tandis qu'elle tente de digérer le coup, elle se laisse peu à peu envahir par un pressentiment angoissant : elle est persuadée qu'un funeste trio sonnera d'un jour à l'autre à sa porte pour lui annoncer une mauvaise nouvelle. Rapidement, e lle se rend compte que rester bien sagement chez elle en attendant cette visite est tout simplement au-delà de ses forces. C'est ainsi qu'elle se livre à une belle illustration de ce que les psychologues appellent une «conduite magique». Elle déserte son domicile et coupe tout contact avec le monde extérieur, convaincue que s'il n'y a personne pour ouvrir la porte, le message ne peut être délivré et que grâce à ce subterfuge, elle réussit à prolonger la vie de son fils. Embarquant dans sa fuite insensée un ami de longue date qu'elle avait perdu de vue ces dernières années, elle trouve refuge dans le nord du pays. Conjurant dans un même élan silence et immobilisme, elle décrit par le menu ce qu'a été la vie de sa famille à cet homme qui traîne lui aussi ses propres traumatismes.

Portrait d'une famille pas comme les autres sur fond de conflit israélo-palestinien, fruit de la plume d'une personnalité culturelle connue pour son engagement en faveur du processus de paix, au même titre qu'Amos Oz Roman, Une femme fuyant l'annonce s'impose comme un roman ambitieux et passionnant qui mérite décidément tout le bien que l'on en dit...


Elle s'appelle Ora. Son fils, Ofer, au retour de son service militaire (trois ans en Israël), lui apprend brutalement qu'il s'est engagé pour une opération supplémentaire d'un mois.
Alors Ora scelle un pacte avec le destin : elle va quand même faire cette randonnée qu'ils avaient prévue tous les deux, elle ne sera pas joignable, ne lira pas les journaux, n'écoutera pas la radio et forcera le père biologique d'Ofer à "écouter" son fils, à le connaître enfin. En échange, Ofer sortira vivant de cette ultime opération militaire.
Et cette femme se raconte, elle se raconte au travers de ses deux maternités, des deux hommes qu'elle a aimés : celui qu'elle a épousé, Ilan, et Avram, le père d'Ofer. Tout au long du roman, nous suivons son récit embrouillé : la chronologie semble y être aléatoire, les réactions des personnages y sont quelques fois incompréhensibles. On a l'impression qu'à travers cette histoire, et ses protagonistes, David Grosman nous laisse entrevoir la difficulté de vivre en Israël, la façon dont ce pays met à mal ses habitants, pris entre leur profond sentiment d'appartenance et cet état constant d'insécurité, de trouble quand à la raison même de cette fragilité.
Avram, Ora et Ilan se sont connus adolescents, victimes d'une épidémie dans un hôpital militaires. Et dès le début, c'est un triangle amoureux : Avram aime Ora, Ora aime Ilan et l'épouse, Ilan a pour seul ami Avram. Et celui ci se retrouve otage des égyptiens.
Ora raconte tout ça et ça nous touche, le lecteur se rebelle, s'énerve, s'attendrit devant cette réalité inconnue, ces réactions étranges. David Grossman sait comme personne plonger au coeur de l'être, on s'attache, on s'émeut. Mais on ne comprend pas forcément. Et tout est là ! Comment transcrire le chaos, l'incertitude de ce pays tant aimé mais qui peut faire si mal.


Ora, que son mari Ilan et leur aîné fils Adam viennent de quitter, accompagne son fils cadet Ofer lors de son départ avec l'armée israélienne lors d'une opération militaire dans les territoires occupés. A son retour à la maison, alors qu'elle avait prévu de randonner avec Ofer dans les montagnes de la Galilée, anxieuse à l'idée de recevoir l'annonce de sa mort, elle pense conjurer le sort en accomplissant cette marche avec Avram, l'ami, l'amant qu'elle na pas revu depuis plusieurs années et à qui elle va pouvoir raconter sa vie.
Extraordinaire portrait de femme, d'amante, d'épouse et de mère, dont la parole précipitée, jaillissante, les souvenirs émus, tentent de protéger son fils mais traduisent également le désarroi et la douleur face aux transformations que la guerre inflige aux hommes.


  • Les présentations des éditeurs : 06/09/2011

Ora, une femme séparée depuis peu de son mari llan, quitte son foyer de Jérusalem et fuit la nouvelle tant redoutée : la mort de son second fils, Ofer, qui, sur le point de terminer son service militaire, s'est porté volontaire pour «une opération d'envergure» de vingt-huit jours dans une ville palestinienne. Comme pour conjurer le sort, elle décide de s'absenter durant cette période : tant que les messagers de la mort ne la trouveront pas, son fils sera sauf. La randonnée en Galilée qu'elle avait prévue avec Ofer, elle l'entreprend avec Avram, son amour de jeunesse, pour lui raconter son fils. Elle espère protéger son enfant par la trame des mots qui dessinent sa vie depuis son premier souffle, et lui éviter ainsi le dernier.
À travers le destin bouleversant d'une famille qui tente à tout prix de préserver ses valeurs et ses liens affectifs, l'auteur nous relate l'histoire de son pays de 1967 à nos jours et décrit avec une force incomparable les répercussions de cet état de guerre permanent sur la psyché des Israéliens, leurs angoisses, leurs doutes, mais aussi la vitalité, l'engagement, et l'amour sous toutes ses formes.

«Une femme fuyant l'annonce est un livre d'une force et d'une intensité extraordinaires, c'est LE chef-d'oeuvre de David Grossman. Flaubert a créé son Emma, Tolstoï son Anna, et à présent Grossman a son Ora - un être pleinement vivant, parfaitement incarné. J'ai dévoré ce long roman dans une sorte de transe fiévreuse. Sidérant, magnifique, inoubliable.»

Paul Auster

Né à Jérusalem en 1954 David Grossman est l'auteur réputé de nombreux romans abondamment primés. Il est aussi l'essayiste engagé de trois essais qui ont ébranlé l'opinion israélienne et internationale, notamment Le Vent jaune, qui a précédé la première Intifada. En 2010, il a reçu en Allemagne le Prix de la Paix des éditeurs et des libraires allemands. Il est Officier de l'Ordre des Arts et des lettres.



  • La revue de presse Muriel Steinmetz - L'Humanité du 29 septembre 2011

Le dernier roman de David Grossman explore de A à Z l'histoire d'Israël et de ses voisins à partir d'une figure exemplaire 
de femme...
Par le truchement de cette mère anxieuse qui n'arrête pas de tourner en rond en un espace sans cesse menacé, David Grossman réussit le tour de force de brasser une foule de péripéties nées d'une histoire contradictoirement millénaire. Ne peint-il pas surtout, en creux, le tableau d'une guerre moderne de cinquante ans quasi ininterrompue  ? Il plaide également pour une vision de l'histoire à partir de l'être de chair et de sang jusque dans les conséquences les plus quotidiennes. « J'aime penser, a-t-il déclaré dans un entretien, que les moments les plus importants de l'histoire ne se produisent pas sur les champs de bataille ou dans les palais, mais dans les cuisines et les chambres d'enfant. »


  • La revue de presse Michel Schneider - Le Point du 25 août 2011

Un immense roman d'amour et de guerre. Aussi juste et visionnaire dans un registre que dans l'autre, Grossman tisse ensemble les deux fils de ses précédents romans : l'érotisme et l'existence d'un État juif. Jules et Jim traversant les six guerres israélo-arabes. Torture et missiles d'un côté, petites angoisses et menus chagrins de la vie sexuelle bourgeoise de l'autre. Un grand livre noir et sang : l'amour est difficile, la fidélité impossible, la guerre toujours perdue...
Par cercles, le roman reparcourt toutes les guerres d'Israël depuis 1948. Mais l'histoire s'arrête en 2000 et n'aborde pas la deuxième guerre du Liban. Ce roman a un destin. Commencé en 2003 par Grossman, hanté par la peur de perdre un enfant et avec le sentiment qu'écrire ce livre protégerait ses fils de la mort, il a été achevé après que l'un d'eux, Uri, fut tué en août 2006, le dernier jour de la guerre perdue d'Israël contre le Hezbollah.


  • La revue de presse Florence Noiville - Le Monde du 25 août 2011

Depuis plusieurs années, pour "accompagner" Uri, David Grossman s'était plongé dans l'écriture d'un roman. Mais pas n'importe quel roman : celui d'un fils enrôlé dans la guerre. Une histoire... conjuratoire, en somme. "A l'époque, dit-il, j'avais le sentiment - je formais le voeu, plutôt - que mes pages le protégeraient..."...
Aujourd'hui, le voici. Et il y a quelque chose de troublant à ouvrir cet ouvrage-là. Celui qui a sauvé sans sauver, 600 pages serrées, magnifiquement traduites, tout à la fois hommage et tombeau, hymne à la vie et oratorio de la douleur. Une femme fuyant l'annonce est un roman grave, profond, éminemment bouleversant. On y trouve, tricotés comme les brins d'un tapis, l'histoire d'Israël et celle d'une mère. Une réflexion unique sur la façon dont la guerre "déforme les familles, la pensée, le langage". On y trouve surtout une humanité bienveillante, une tendresse et une intelligence de l'existence qui vous réchauffent et vous pincent le coeur en même temps.


  • La revue de presse Bruno Corty - Le Figaro du 25 août 2011

Commencé en 2004 lors d'un périple dans le nord du pays, alors que son fils cadet, Uri, était dans l'armée, il a failli être abandonné en 2006 lorsque Grossman apprit sa mort, suite à une attaque du Hezbollah. Comme si cette histoire qui n'avait pas réussi à conjurer le mauvais sort, à protéger son fils, n'avait plus de raison d'être. En pleine semaine de deuil, Grossman confia à Amos Oz qu'il ne pourrait sauver son livre. Ce à quoi Oz répondit : «C'est le livre qui va te sauver.» L'écrivain israélien écouta son ami et termina son roman qui est tout sauf un livre de deuil. C'est le chant d'amour d'une femme aux hommes de sa vie et à Avram qui fut le premier, lui dont les sentiments l'étouffaient et l'effrayaient à l'époque. Un chant d'amour à sa terre dont l'écrivain exalte la beauté de paysages où «les chemins parlent hébreu», la richesse de la flore. Et un formidable portrait de femme à la mesure de son pays : impossible à vivre mais impossible à quitter.


  • La revue de presse André Clavel - L'Express, août 2011

David Grossman a écrit un livre magistral sur le quotidien des Israéliens et la mort annoncée de son fils. Du roman comme exorcisme...
C'est un merveilleux éloge du Verbe que nous découvrons dans ce roman aux allures de parabole biblique. "Je pense qu'on peut changer la réalité avec les mots", a expliqué l'auteur du Vent jaune. Quant au monde qu'il décrit - de la guerre des Six-Jours à celle du Liban -, il est l'otage d'une barbarie quotidienne qui mutile les êtres au plus profond de leur âme. C'est aussi cette histoire-là que raconte Grossman à travers les confessions d'Ora, la mère suppliciée. Mais elle ne cédera pas devant la fatalité : d'une mort annoncée, elle fera une mort sans cesse différée, une promesse de résurrection, même si de funestes présages rôdent dans ce roman magistral. Où la voix d'une femme s'agrippe à la plus fragile des espérances, comme "le pépiement ténu d'un oiseau".


  • La revue de presse Didier Jacob - Le Nouvel Observateur du 17 août 2011

Même si Grossman nie qu'un livre puisse changer les mentalités à grande échelle, il est indéniable que son livre, paru en Israël en 2008, a eu un extraordinaire écho...
Ce roman brasse en effet, au-delà de cette tragédie personnelle, plus de trente ans de guerres pour la survie et de paix parcimonieuse en Israël. Deux hommes, Avram et Ilan, aiment la même fille, Ora, une héroïne de lumière. Si Ilan épouse finalement Ora, qui met au monde Adam, c'est avec Avram qu'elle enfante Ofer, jeune garçon dont le père s'éloigne aussitôt. Au cours de la guerre de 1973, Avram est en effet capturé par l'ennemi, et torturé. Brisé, il se détourne de son fils et de son plus grand amour. Mais en partant retrouver Avram en Galilée, pour fuir le coup de sonnette, annonciateur de la mauvaise nouvelle, des officiers de Tsahal, Ora raconte Ofer à Avram. Moments d'émotion pure.


  • Les courts extraits de livres : 06/09/2011

Prologue, 1967

Hé toi la fille, tu vas te taire !
Qui es-tu ?
Tais-toi, je te dis ! Tu as réveillé tout le monde !
Mais je la tenais
Qui ?
Nous étions assises sur le rocher
De quel rocher parles-tu ? Tu vas nous laisser dormir, oui ?
Et puis elle est tombée
Tout ce grabuge, ces hurlements...
Je dormais...
En plus tu as crié !
Elle m'a lâché la main et elle a basculé
Ça suffit ! Rendors-toi !
Allume la lumière
Tu es folle ! Ils vont nous tuer si on le fait
Attends...
Quoi encore ?
J'ai chanté ?
Oui, et tu as braillé aussi, la totale, quoi. Ça suffit maintenant, mets une sourdine
J'ai chanté quoi ?
Ce que tu as chanté ? !
Pendant que je dormais, qu'est-ce que j'ai chanté ?
Est-ce que je sais ? Dis plutôt que tu beuglais. Elle me demande ce qu'elle chantait, celle-là... Tu ne te rappelles vraiment pas les paroles ?
Tu es tombée sur la tête ?
Je suis à moitié mort
Qui es-tu, au fait ?
La chambre numéro 3
Tu es en quarantaine, toi aussi ?
Je dois y aller
Non, ne pars pas... Tu es encore là ? Attends... hé toi... il est parti... J'ai chanté quoi, à la fin ?

Il revint la nuit suivante, furieux parce qu'elle avait encore chanté à pleins poumons et réveillé l'hôpital. Elle insista pour savoir si c'était la même chose que la veille. Elle y tenait désespérément, à cause du rêve qui la hantait depuis des années. C'était un rêve entièrement blanc. Tout y était immaculé - les rues, les maisons, les arbres, les chats, les chiens, même le rocher au bord de la falaise. Ada, son amie rousse, était livide elle aussi, comme si le sang avait déserté son visage, ses membres et jusqu'à la racine de ses cheveux. Impossible de se rappeler ce qu'elle avait chanté. Il tremblait de partout, et elle grelottait de concert, allongée sur son lit. On dirait des castagnettes ! s'exclama-t-il. À sa grande surprise, elle éclata d'un rire qui le chatouilla à l'intérieur. Le trajet de sa chambre à la sienne, distante de trente-cinq pas, l'avait épuisé - il avait fait halte à chaque enjambée pour souffler en se tenant au mur, aux portes, aux chariots vides. Il s'effondra sur le linoléum gluant devant sa porte. Tous deux respiraient fort. Il aurait voulu la faire rire encore, mais il était incapable de parler. La voix de la jeune fille le réveilla en sursaut. Il avait dû s'assoupir.

(...)


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