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Auteur : Delphine de Vigan
Date de saisie : 01/11/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Lattès, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7096-3579-0
GENCOD : 9782709635790
Sorti le : 17/08/2011
Le «roman» commence par une couleur, celle d'un bleu pâle mêlé de cendres. C'est ainsi que l'auteur découvre sa mère, seule et sans vie à l'âge de 61 ans. Il faudra du temps à Delphine de Vigan pour revenir vers Lucile, cette maman malade, si belle et si fragile. Lui offrir un hommage de papier retraçant une vie de blessures, d'inadéquation au monde et de joies partagées dans une famille nombreuse, tourmentée mais tellement vivante. En parallèle, une réflexion sur l'écriture d'une histoire si personnelle impliquant le cercle familial. Être écrivain «à quoi c'est dû ?» lui demande un chauffeur de taxi. Un élément de réponse procède peut être de ce récit, sincère et bouleversant. «Rien ne s'oppose à la nuit», une lumineuse réussite.
J'aime beaucoup les textes de Delphine de Vigan car ses personnages nous touchent toujours en plein coeur. Cela l'est encore plus avec son dernier livre, Rien ne s'oppose à la nuit. Cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un roman mais d'un récit racontant sa propre mère, Lucile. Alors que Delphine de Vigan reçoit le Prix des Libraires pour son livre No et moi, sa mère se suicide.
Ce livre est une manière de lui rendre hommage - et aussi un cheminement pour comprendre son geste - en la racontant à travers ses souvenirs et ceux de tous les membres de sa famille.
Tout au long du texte, Delphine de Vigan raconte ses doutes, ses angoisses concernant ce projet, et dans quelle situation difficile cela la met par rapport au reste de la famille, car de douloureux souvenirs, parfois tus et bien enfouis, vont être mis à nu.
Fille d'une fratrie de neuf enfants, Lucile est un personnage à fleur de peau. Elle a caché beaucoup de blessures, qui s'exprimeront entre autres par des troubles bipolaires, avec des crises assez intenses.
L'auteur nous parle de sa mère, de sa prime jeunesse jusqu'à son acte fatal, et c'est tout le portrait d'une famille qui apparaît, avec ses joies, ses fêlures et ses (horribles) secrets.
Certains pourraient croire que ce livre est une chose littéraire assez exhibitionniste, qui fleure bon la sensiblerie. Eh bien non, ce récit est tout sauf ça : par son écriture, Delphine de Vigan réussit à entretenir une certaine distance avec son récit, tout en écrivant un magnifique hommage à sa mère.
Ce roman, le plus personnel sans doute de l'auteur, ne laissera personne indifférent. Elle nous parle de sa mère, tourmentée, et fait l'autopsie de sa souffrance. C'est un roman intime, sensible et beau.
1) Qui êtes-vous ? !
La fille de Pierre Richard et Gaston La Gaffe.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La part d'ombre et de lumière qu'abritent toutes les familles.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«J'ai pensé qu'être adulte ne prémunissait pas de la peine vers laquelle j'avançais, que ce n'était pas plus facile qu'avant, quand nous étions enfants, qu'on avait beau grandir et faire son chemin et construire sa vie et sa propre famille, il n'y avait rien à faire, on venait de là, de cette femme ; sa douleur ne nous serait jamais étrangère».
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Osez Joséphine d'Alain Bashung
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
J'ai longtemps douté que mon histoire personnelle et familiale pourrait intéresser des lecteurs. Je suis heureuse qu'elle soit finalement plus universelle que je ne l'imaginais.
Une courte lecture de Delphine de Vigan
Delphine de Vigan, au micro de Jean Morzadec, parle de son amour de Paris
Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.
Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.
Après No et Moi et Les Heures souterraines (tous deux traduits dans vingt-cinq pays), Delphine de Vigan nous offre une plongée bouleversante au coeur de la mémoire familiale, où les souvenirs les plus lumineux côtoient les secrets les plus enfouis. Ce sont toutes nos vies, nos failles et nos blessures quelle déroule ici avec force.
Delphine de Vigan est notamment l'auteur du best seller No et moi, plus de 400 000 exemplaires vendus toutes éditions Prix des Libraires 2008, adapté au cinéma par Zabou Breitman, et des Heures souterraines (2009), près de 100 000 exemplaires vendus en édition première et traduit dans le monde entier. Elle faisait partie de la dernière sélection du Goncourt. Elle vit à Paris.
Comment écrire la biographie de la mère ? C'est la question que se pose Delphine de Vigan. La réponse est dans son livre. Il ne s'agit pas d'un projet prémédité de longue date. La romancière a d'abord tenté de tenir à distance l'idée d'écrire sur sa mère, quitte à « chasser les phrases qui lui venaient au petit matin ». Ce livre est donc le fruit d'une capitulation, dans la mesure où Delphine de Vigan s'engage sur un terrain miné d'avance qui s'apparente à de la biofiction. Elle parvient à éviter cet écueil. Son récit alterne avec beaucoup de constance les moments de pure évocation du passé et ceux où elle examine son statut d'écrivain au travail sur une matière explosive.
Exprimer les sentiments contrastés, les forces passionnelles et les tensions destructrices qui circulent à l'intérieur des familles est une gageure, surtout s'il s'agit de sa propre histoire, des moments intenses vécus par sa propre mère et auprès d'elle : les exemples sont innombrables et les modèles écrasants. Mais l'écriture authentique ne connaît qu'un seul impératif : l'exigence intérieure...
Delphine de Vigan parvient à ce que «rien ne s'oppose à la nuit», comme le promet le titre emprunté à une chanson de Bashung, à ce que l'ombre recouvre tout, à ce que le livre révèle tous les secrets de famille, y compris celui qui résonne comme un coup de tonnerre au mitan du livre et bouleverse les perspectives. Mais elle n'oublie aucune trouée de bonheur, elle montre la force des liens tissés entre tous les membres de cette famille qui se resserre autour de ses malades et de ses morts, et l'aptitude de la maison de Pierremont à demeurer le centre, le lieu où les générations persistent à se rassembler pour quelques heures...
Dans la dernière page, Delphine de Vigan revient sur la citation du peintre Soulages placée en exergue : «Mon instrument [n'est pas] le noir, mais cette lumière secrète venue du noir», qui confère au livre son singulier pouvoir d'attraction.
Avec tendresse et douleur, Delphine de Vigan évoque le suicide de sa mère. Sans doute son meilleur livre...
Avec ce nouveau livre, elle s'engage dans une voie plus risquée, certes, que ses précédentes fictions sociales, mais aussi plus poignante. Traversé de secrets enfouis, de rancoeurs rentrées et d'amours déçues, ce récit sensible de mémoire familiale témoigne avec pudeur des fêlures de l'existence. Au silence maternel, l'auteure oppose l'empathie pour sa destinée malmenée, le désir de conjurer par l'écrit les démons du passé. Et l'espoir que, désormais, ne durent, durent que les moments doux...
Intranquille et opiniâtre, affectif et âpre, empreint d'une vraie justesse, Rien ne s'oppose à la nuit s'est d'ores et déjà imposé comme un des livres importants de cette rentrée, présent dans les premières sélections des prix Goncourt, Médicis et Renaudot, récipiendaire du prix du roman Fnac.
Une famille française d'après-guerre, bourrelée de secrets et de violences tues qui ont fait de sa mère une femme fragile et mystérieuse. La phrase d'Osez Joséphine de Bashung, qui donne son titre au livre, éclaire tragiquement le destin de Lucile, qui choisira de se libérer de ses démons un mois après la mort de sa propre mère...
De ce livre qui ne triche pas émerge le visage d'un écrivain, d'une femme désarmante de sensibilité, et enfin d'une soeur, qui offre à la sienne un hymne discret à la sororité, comme un bouquet magnifique.
Seule certitude : Delphine de Vigan a un grand talent d'écrivain. Sa phrase ne paie pas de mine au premier abord. Pas de termes recherchés ni de vaines élégances. Mais l'émotion point à chaque page. N'allez pas croire qu'elle provient du sujet : des histoires de famille, de suicides, de maladies, d'incestes, d'amours ratées, il y en a plein les librairies. Ce qui fait sortir celle-ci du lot, c'est la sensibilité de l'auteur, alliage peu commun d'expansivité et de tendresse. Et surtout cet humour qui lui permet de déceler le comique caché dans les épisodes les plus dramatiques...
«Rien ne s'oppose à la nuit» n'est pas attristant, c'est un récit débordant de santé. Vivifiant. Lustral comme toute tragédie.
Ce roman intrigue, hypnotise, bouleverse. Il interroge, aussi...
À lire ces pages où l'écrivain tente pourtant de garder une certaine distance avec les faits, on ne peut s'empêcher de se demander comment elle et sa soeur ont pu bâtir une existence relativement normale, après tout ça... Un élément d'explication se trouve peut-être dans l'exergue signé Soulages, qui parle de «cette lumière secrète venue du noir». L'écriture, aussi, même si elle ne peut pas tout, permet au moins d'interroger la mémoire et de nommer l'indicible - la folie, l'inceste, les traumatismes.
L'accouchement fut douloureux, le résultat est magistral : avec Rien ne s'oppose à la nuit, beau titre emprunté à une chanson d'Alain Bashung, Osez Joséphine, Delphine de Vigan recompose pas à pas la trajectoire heurtée de Lucile : son enfance solitaire, ses égarements, au sein d'une "tribu" qui laisse s'épanouir le caractère de chacun...
Une histoire à la fois solaire et infernale, lourd héritage dont semble enfin s'alléger Delphine de Vigan, à 45 ans, en le livrant avec sincérité et simplicité. Bon sang, quel bouquin.
Suicides, morts accidentelles, inceste... A mesure que l'auteur de No et moi (Lattès, 2007) avance dans les eaux troubles de ce roman dense et sidérant se dessine, peu à peu, un long chemin d'écriture, empli de doutes, d'hésitations et d'errances narratives. Un chemin sinueux mais tendu par la force d'un amour, d'un élan vital.
Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tachées d'encre, au pli des phalanges.
Ma mère était morte depuis plusieurs jours.
J'ignore combien de secondes voire de minutes il me fallut pour le comprendre, malgré l'évidence de la situation (ma mère était allongée sur son lit et ne répondait à aucune sollicitation), un temps très long, maladroit et fébrile, jusqu'au cri qui est sorti de mes poumons, comme après plusieurs minutes d'apnée. Encore aujourd'hui, plus de deux ans après, cela reste pour moi un mystère, par quel mécanisme mon cerveau a-t-il pu tenir si loin de lui la perception du corps de ma mère, et surtout de son odeur, comment a-t-il pu mettre tant de temps à accepter l'information qui gisait devant lui ? Ce n'est pas la seule interrogation que sa mort m'a laissée.
Quatre ou cinq semaines plus tard, dans un état d'hébétude d'une rare opacité, je recevais le prix des Libraires pour un roman dont l'un des personnages était une mère murée et retirée de tout qui, après des années de silence, retrouvait l'usage des mots. À la mienne j'avais donné le livre avant sa parution, fière sans doute d'être venue à bout d'un nouveau roman, consciente cependant, même à travers la fiction, d'agiter le couteau dans la plaie.
Je n'ai aucun souvenir du lieu où se passait la remise du prix, ni de la cérémonie elle-même. La terreur je crois ne m'avait pas quittée ; je souriais pourtant. Quelques années plus tôt, au père de mes enfants qui me reprochait d'être dans la fuite en avant (il évoquait cette capacité exaspérante à faire bonne figure en toute circonstance), j'avais répondu pompeusement que j'étais dans la vie.
Je souriais aussi au dîner qui fut donné en mon honneur, ma seule préoccupation étant de tenir debout, puis assise, de ne pas m'effondrer d'un seul coup dans mon assiette, dans un mouvement de plongeon similaire à celui qui m'avait projetée, à l'âge de douze ans, la tête la première dans une piscine vide. Je me souviens de la dimension physique, voire athlétique, que revêtait cet effort, tenir, oui, même si personne n'était dupe. Il me semblait qu'il valait mieux contenir le chagrin, le ficeler, l'étouffer, le faire taire, jusqu'au moment où enfin je me retrouverais seule, plutôt que me laisser aller à ce qui n'aurait pu être qu'un long hurlement ou, pire encore, un râle, et m'eût sans aucun doute plaquée au sol.
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