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Auteur : Lydie Salvayre
Date de saisie : 12/01/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Fiction & Cie
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-02-098555-0
GENCOD : 9782020985550
Sorti le : 18/08/2011
Pas besoin d'être fan de Hendrix, pour aimer cet «hymne» à la gloire du guitariste !
Plus qu'un roman sur le musicien de génie, ce livre parle de liberté, de la condition des noirs en Amérique, de musique, de manière passionnée et passionnante !
A lire et à écouter !
A travers ce récit, entre biographie, légende et histoire, Lydie Salvayre tient le stylo comme une guitare électrique. Elle nous parle de Jimi Hendrix, un écorché qui débutera sa vie dans un irréversible manque de mère, sa douce timidité, sa condition de sang mêlé et surtout, sa géniale interprétation de l'hymne américain «The star spangled banner» à Woodstock en 1969 dont les dissonances vibrèrent en écho de la société américaine.
Suivront le succès, l'épuisement, les failles d ?une vie en distorsion dans les griffes d'un cynique manager. Une écriture syncopée, nimbée de poésie, violente parfois mais pleine d'émotion pour ce génie des cordes et qui nous fait entendre une autre voix des Amériques, «les innommées, les humiliées, les Amériques obscures. Ce cri, il résonne encore aujourd'hui.»
Formidable.
Le matin du 18 août 1969, à Woodstock, Jimi Hendrix joua un hymne américain d'une puissance quasiment insoutenable.
Parce qu'il avait du sang noir et du sang cherokee mélangé de sang blanc, parce qu'il était donc toute l'Amérique, parce que la guerre au Vietnam soulevait en lui un violent mouvement de refus que toute une jeunesse partageait, parce que sa guitare était sa lady électrique, sa passion, sa maison, sa faim, sa force et qu'il en jouait avec génie, Jimi Hendrix fit de cette interprétation un événement.
Revenant sur ce moment inoubliable, Lydie Salvayre tire les fils de la biographie pour réécrire la légende de Jimi, sa beauté, sa démesure, mais aussi sa part sombre, ses failles et la brutalité du système dont il était captif et qui finirait un jour par le briser.
Lydie Salvayre a écrit une quinzaine ouvrages dont la plupart sont traduits à l'étranger dans une vingtaine de langues. Elle a obtenu le Prix Novembre pour La Compagnie des spectres.
On l'aura compris, Hymne n'est pas une biographie de rock star de plus, venant occuper son créneau dans un genre à la mode. Soyons clairs : Lydie Salvayre ne traite pas son sujet par-dessus la jambe. Elle accompagne le jeune musicien, noir et cherokee, tout au long de sa vie, avec sérieux, humilité et empathie, distinguant scrupuleusement ce qu'on sait, ce qu'on dit, ce qu'on imagine. Et elle le fait en grand écrivain, dans un texte ample et violent, poétique, inspiré et infiniment émouvant. « Hendrix leur fit entendre, à bout portant, une certaine vérité de l'Amérique » : Lydie Salvayre lui fait écho en nous faisant entendre une vérité sur nous.
Lydie Salvayre, dans cette ode poétique à Jimi, tourne et retourne ce temps magique, ce «choeur d'anges hurlants». Mais rien d'hagiographique, rien sur les chicaneurs qui se disputent sur les couleurs de sa première guitare ou les mensurations de ses nombreuses groupies. Parsemant son beau récit élégiaque d'extraits de chansons (traduites), de rappels de la jeunesse du rocker, élevé dans l'amour du blues du Mississippi et des premières chansons de Dylan ou de références culturelles, Salvayre a retrouvé là les talents qu'on lui connaissait depuis La Vie commune ou La Compagnie des spectres.
À travers l'histoire de Jimi Hendrix et de l'hymne national qu'il a détourné au concert de Woodstock, Lydie Salvayre raconte une histoire des noirs-américains. C'est un livre de colère empli d'une beauté sourde. Un roman qui n'en est pas un puisque, le titre l'indique, c'est un hymne. Un essai qui n'en est pas un puisqu'il ne démontre rien. C'est le livre qu'il faut lire si l'on veut comprendre un peu mieux l'Amérique d'hier et d'aujourd'hui...
On lit ce texte comme hypnotisé par sa force. On le lit deux fois : une première fois parce qu'il raconte une formidable histoire du xxe siècle ; une seconde fois parce qu'il est beau.
Ponctué par ces retours à Woodstock, se déploie le récit de l'existence d'Hendrix, moins à la manière d'une sage biographie que sous la forme d'une évocation furieuse. Lydie Salvayre parvient à rendre justice à cet homme au sang mêlé de tous les sangs américains, noir, blanc, cherokee, à son génie musical sans équivalent, et simultanément à le camper comme une figure symbolique de tout ce que ces années-là portaient d'espoirs et de contradictions. Puis, impitoyablement, elle dresse cette figure devant nous tel un spectre vengeur pour faire honte à notre tribu humaine, laquelle, parce qu'elle n'a pas su l'entendre, parce qu'elle ne sait jamais entendre les leçons qui ne lui sont pas assénées par des maîtres sinistres et castrateurs, est tombée si bas qu'elle semble avoir perdu jusqu'à la faculté de s'insurger, "car où entend-on aujourd'hui une conflagration de cette ampleur qui nous alarme aussi abruptement sur la démence du monde et qui nous interroge aussi abruptement sur notre maintenant ?" Eh bien, mais dans ce livre-là.
On dit qu'il était timide.
Qu'il avait le charme efféminé des timides.
Leur douceur.
On dit qu'il approuvait courtoisement les conneries qu'on lui expliquait plutôt que d'en débattre. Qu'il était incapable de dire non. Qu'il était incapable de soutenir un regard hostile. Que lorsqu'il parlait il mettait la main devant sa bouche, comme pour s'excuser de l'ouvrir.
On dit qu'il l'ouvrait peu.
Que sa réserve était son inclination naturelle, et sa morale.
On dit qu'il ne savait pas déchiffrer la musique. Qu'il était infoutu d'écrire et même de nommer les formes musicales inouïes qu'il inventait. Que le sentiment de cette incapacité aggravait considérablement sa timidité naturelle. Que lorsqu'il se vit contraint d'avouer à Miles Davis (lequel lui avait transmis une de ses compositions en signe d'amitié), lorsqu'il se vit contraint de lui avouer qu'il ne savait pas déchiffrer sa musique, il eut envie d'entrer sous terre. Et d'y rester.
On dit que le jour où il apprit l'assassinat de Martin Luther King (il se trouvait dans un bar fréquenté par les Blancs), il garda un silence mortel lorsqu'un type gueula Bon débarras ! Que son visage resta de marbre lorsqu'un autre se mit à rugir C'est une bonne leçon pour les nègres ! Qu'il versa très lentement le sucre dans son café lorsque le barman, avec une affreuse expression de joie sur la figure, commenta Bien fait, le bamboula l'a bien cherché ! Qu'il fit tourner très lentement sa cuillère dans la tasse (sa main tremblait-elle un peu ?) lorsque ce dernier, pour faire bonne mesure, vociféra On va quand même pas se laisser chier sur la tête par des macaques ! Qu'il avala très lentement sa boisson malgré les bonds que faisait son coeur, serré comme le poing, jusqu'à sa bouche. Qu'il refoula au fond de lui une colère vieille de plusieurs siècles, une colère héritée d'un peuple qui avait appris, pour sauver ses billes, à ne pas parler inconsidérément. Mais que le lendemain de ce drame, le 5 avril 1968, à Newark, sur la scène du Symphony Hall, il rendit un hommage inoubliable à l'homme assassiné, et fit jaillir en beauté sauvage la douleur concentrée, immobile et muette qu'il avait, la veille, au prix d'un effort inhumain, contenue. On dit qu'il ne s'aimait pas.
Que sa timidité incurable venait de ce qu'il ne s'aimait pas. Qu'il n'avait aucune assurance aucune. Qu'il demandait souvent à ses proches Est-ce qu'on me prend pour un pitre ? Est-ce que je ne suis pas ridicule avec ce chapeau ? On dit qu'il ne sortait de sa timidité que pour être, sur scène, l'audace même.
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