Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Charles Dantzig
Date de saisie : 01/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Roman
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-246-78898-0
GENCOD : 9782246788980
Sorti le : 17/08/2011
«La vie, c'est un voyage dans le ventre d'un avion où, pour se distraire de ses douleurs, on regarde par les hublots. Ce roman commence quand un Boeing décolle pour Caracas et s'achève au moment où il va atterrir. Entre les deux, le narrateur, parti chercher son meilleur ami qui a disparu au Venezuela, regarde par les hublots de sa vie.
Il est question d'amitié. Son ami lui en a dit des choses violentes.
Il est question de sexe. Son ami a été abandonné par sa compagne.
Il est question de politique. Son ami est allé enquêter sur Hugo Chávez.
Il est question de noms, de rire, d'amour, de petits bruns, d'océans, du populisme qui submerge le monde comme une marée, de tout ce qui se passe durant un long trajet en avion.
Il est question de nous.»
Ch.D.
Charles Dantzig est l'auteur, chez Grasset, d'essais comme le Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005) et Pourquoi lire ? (2010), et de romans comme Un film d'amour (2003) et Je m'appelle François (2007).
Charles Dantzig est un excellent poète (voir : En souvenir des long-courriers, 2003), c'est-à-dire qu'il est intelligible tout en étant moderne, connaissant les plus subtils secrets de la vieille prosodie et les effets de langage les plus chatoyants de la Babel contemporaine...
Dantzig reste un poète charmeur. Il devrait persévérer, tout le monde n'a pas de telles cartes dans sa main. Il a une jolie invention : le «parler stretch». Ce doit être stendhalien.
Le narrateur, un journaliste parisien, part à la recherche d'un écrivain de ses amis, philologue de spécialité, qui s'est pris de passion pour le Venezuela de Hugo Chavez et a disparu là-bas, tandis qu'il travaillait à un portrait du bouillant messie bolivarien. Enlevé ? Fugue après un dépit sentimental ? Comment un intellectuel peut-il se laisser ensorceler par les convulsions d'«un clown» ?...
Déjà qu'on pense beaucoup en avion, si vous avez Dantzig pour voisin, vous êtes sûr de ne jamais vous ennuyer. Voilà un roman qui décolle dès la première ligne et ne se pose qu'à la toute dernière. Entre les deux, il est question du césarisme, de l'amour, de qui nous sommes, de la vie. Un roman de haut vol.
Comme toujours chez Dantzig, où les filles ne rient pas, mais "giclent du citron", c'est affûté, spirituel, varié. On y trouve un peu de tout : une lettre de Greta Garbo, des SMS d'amour fou, une évocation du vice altruiste de Gala Dali (branlant dans sa voiture les adolescents de Cadaqués, qui, du coup, se postaient chaque matin au bord de la route à sa rencontre), des analyses au couteau sur les tyrans (antiques et contemporains), des scènes d'avion d'une belle méchanceté, des indignations (mais pas à la Hessel) et des citations de Shakespeare, de Virginia Woolf et surtout de Xabi Puig, qui avait décidément de l'esprit à revendre. Ah, Xabi ! On en viendrait à remercier ce Chávez de fiction d'avoir fait enlever ce garçon, que sans lui nous n'aurions jamais eu le plaisir de connaître à travers ce qu'il faut bien appeler, dans une époque qui surestime l'amour, une splendide déclaration d'ami.
Dans un avion pour Caracas est le roman des mots et des noms. Sur la tombe de Xabi, on pourrait graver cette épitaphe : "Il a tenté de libérer l'homme du pouvoir abusif qu'il concédait aux mots." Dantzig, comme son héros, les retourne et les renifle - et certains paragraphes, c'est le défaut, confinent à l'exercice de style. Qu'à cela ne tienne : il y a de la désinvolture dans l'érudition de Dantzig, et c'est rare. Son roman (sans nul doute le plus personnel) est un kaléidoscope d'impressions, de sensations. L'auteur laisse des trous dans la narration pour que le lecteur y tombe à pieds joints et s'en délecte : "Nous voulons croire que notre vie est prévue dans un -projet supérieur, et, si possible, pour l'élégance du falbala, dramatique. Comme s'il était impossible qu'il y ait une fatalité du bonheur."
Au-dessus de l'Atlantique
Caracas est moins belle que son nom. Pour s'y rendre, le voyage en avion est long, mais paisible, donnant une assez bonne idée du bien-être qu'a dû éprouver Jonas à l'intérieur de sa baleine. Descendant une travée en direction des toilettes, je cherche du regard la femme que, il y a moins d'une heure, dans la salle d'attente de l'aéroport, j'ai vu repousser d'un index vif et dédaigneux les applications de son iPhone. Filez, horreurs ! Trente ans auparavant, au même endroit, sa mère a sans doute tenu entre deux doigts lents et dédaigneux une cigarette allumée. L'élégance des femmes invente toujours un geste pour en remplacer un autre. Reprenant ma place, j'en retrouve une d'une autre sorte. Sud-Américaine. La peau caramel. Replète. Grasse, dirait-on. Comment savoir ? Elle est voilée. Lit le Coran. Les caractères dorés sur le papier ivoire donnent une impression d'émail. Un livre fait pour être admiré, pas annoté.
Où on ne cherche pas à penser, dont on reçoit la Vérité. Une Sud-Américaine lisant le Coran... Le prosélytisme des musulmans est inouï ! Je ne lui vois d'égal que celui des catholiques et des protestants. Au demeurant, je me fiche des religions, je vais vers un pays sans foi que gouverne un militaire populiste et télévisuel. Quand je pense que, au lieu d'en rapporter un grand reportage qui me vaudrait l'admiration de mes confrères, je vais chercher Xabi !
Photo de Xabi : un grand homme mince fume sous la neige, épaules serrées, col du manteau relevé. La fumée blanche qui monte d'entre ses doigts a l'air de contredire les flocons qui tombent. Photo très peu représentative. Il a cessé de fumer depuis longtemps et déteste la neige. «Tout ce que la neige a de sympathique, ce sont les coeurs qu'on dessine sur les pare-brise» (lui, un jour d'hiver, rue du Mont-Thabor, 1er arrondissement de Paris).
À 10 000 mètres, l'Océan est gris et ridé comme un hippopotame. Que le vol est paisible, à l'intérieur de ce gros Boeing blanc qui digère ses passagers en ronronnant ! Cela permet de supporter la patience que les long-courriers réclament. À la couverture d'un magazine people, Sharon Stone déclare «J'ai 51 ans» sur une photo d'un style ni agressif, ni vulgaire, où elle exhibe ses seins refaits en souriant comme une panthère. Je me demande ce qu'en pense ma voisine voilée.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia