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.. Des garçons d'avenir

Couverture du livre Des garçons d'avenir

Auteur : Nathalie Bauer

Date de saisie : 08/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Philippe Rey, Paris, France

Collection : Roman français

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-84876-188-6

GENCOD : 9782848761886

Sorti le : 19/08/2011

Nathalie Bauer reconstitue avec brio le quotidien de son grand-père lors de la Grande guerre à partir notamment de documents conservés dans les archives familiales. S'immisçant dans les interstices laissés vacants par l'absence de témoignage, elle déroule le fil d'un récit à la manière d'un Truman Capote composant son fameux De sang froid. S'attachant aux moments de grâce, aux menus plaisirs d'une existence bouleversée, ce roman documentaire, émaillé d'authentiques photographies prises par le poilu, est une magnifique ode à la jeunesse.


  • Le courrier des auteurs : 05/10/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Auteur de romans, traductrice littéraire d'italien, docteur en histoire.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'amitié au-delà des préjugés et de l'horreur.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Car en fermant les paupières, je pouvais tout revoir, non plus les arbres, les champs, les sentiers familiers auxquels je m'étais raccroché dans les moments d'effroi, ni même les labyrinthes qui avaient hanté mon sommeil, mais le reste maintenant, et en premier lieu le compartiment d'un autre train le jour où tout avait commencé, d'autres compagnons de voyage, trois Montpelliérains rencontrés à la caserne de Perpignan, les fleurs que des mains de femmes ou d'enfants nous tendaient à chaque gare, dahlias, marguerites, soucis, pois de senteur, leurs couleurs vives s'ajoutant au bleu horizon de nos tenues, aux teintes des uniformes étrangers, anglais, marocains et même hindous, entrevus sur les quais - par exemple à Amiens où, à la faveur de l'arrêt, je remplis à l'intention de ma famille une carte postale des armées, notant la date, 5 juillet 1915, inscrivant par mégarde mon titre, médecin auxiliaire, sur la ligne de l'adresse, ce qui m'obligea à raturer. (p. 14)»

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un Nocturne de Chopin.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'amour que je ressens pour les personnages du roman.


  • Les présentations des éditeurs : 05/10/2011

En 1915, Raymond Bonnefous, étudiant en médecine, part pour la guerre, où il passera près de quatre ans dans l'enfer des tranchées, aux postes de secours où défile l'effarant cortège de blessés et de mutilés. Avec les autres médecins, dont ses amis Morin et Declercq, souvent au péril de leur propre vie, ils tentent de soulager la souffrance qui afflue vers eux. Mais aussi de l'oublier...

Car ces «garçons d'avenir» ont envie de vivre. Employant leurs moments de liberté à monter à cheval, à s'amuser à Paris, à revoir leurs proches, à aimer aussi, ils s'acharnent à renouer les fils de leur existence d'avant-guerre sans cesser de s'ouvrir à de nouvelles expériences. Ainsi, au mépris de tout, Bonnefous et Declercq se lancent dans une singulière relation avec la fraîche et lucide Zouzou : derniers instants d'insouciance d'une génération qui voudrait prolonger un monde en train de disparaître.

De l'horreur des combats quotidiens surgissent des êtres capables de trouver néanmoins une forme de bonheur. Paradoxe qui fait de ce texte magistralement écrit, solidement documenté, un des plus beaux romans consacrés à la Grande Guerre et à ceux qui tentèrent malgré tout d'y demeurer des hommes.

Traductrice de l'italien, docteur en histoire, Nathalie Bauer publie ici son troisième roman après Zena (JC Lattès, 2000) et Le feu, la vie (Philippe Rey, 2007). Se fondant sur de nombreux documents intimes (carnets, photos, agendas) de son grand-père, dont certains sont reproduits dans ce livre, elle en a conservé la toile de fond historique, tout en transformant les protagonistes en héros de roman.



  • La revue de presse Gilles Heuré - Télérama du 7 septembre 2011

Traductrice de son état, Nathalie Bauer sait comment se fondre dans la pensée de celui qui écrit. Avec ce troisième roman, elle se révèle une grande romancière, préservant la pudeur d'un jeune homme qui cherche à le rester, au milieu du monstrueux carnage.


  • Les courts extraits de livres : 05/10/2011

Traverser la gare d'Orsay en ce 31 décembre n'avait pas été une mince affaire, tant elle était encombrée de voyageurs et de porteurs, de sacs, de valises, de paquets en tout genre ; je trouvai à grand-peine une place et, une fois installé, tirai de ma poche mon mouchoir dont je caressai machinalement les trois initiales brodées ; enfin, le train s'ébranla et des exclamations retentirent dans le compartiment, dans la voiture entière, accompagnées de rires, de plaisanteries, çà et là de la détonation sèche d'un bouchon de Champagne, du cliquetis de quarts. Ne pouvant refuser, j'exhibai le mien et avalai une gorgée tiède, répondis A la nouvelle année !, répondis A une nouvelle ère ! sans grande conviction parce que l'ancienne me retenait encore de ses doigts tour à tour doux et crochus, refusait de me laisser aller. Et pourtant je l'avais désirée, désirée ainsi qu'on désire un prodige, un de ces événements qui n'arrivent jamais ou auxquels on n'ose pas vraiment croire, et maintenant qu'elle se présentait je la repoussais tout en sachant qu'il me faudrait l'accepter, peut-être pas tout de suite, dans ce compartiment de première classe, peut-être pas à la descente du train, ou dans la voiture de mon père, mais certainement au cours des jours qui viendraient, des jours, tout au plus des semaines, puisqu'elle était la vie même. Dans l'ancienne ère, dans l'ancien monde, demeuraient des principes, plus encore des êtres, qui me manqueraient, et il importait qu'ils vivent au fond de moi ce jour-là, le lendemain, les mois suivants, le plus longtemps possible, aussi nettement qu'à présent.
Car, en fermant les paupières, je pouvais tout revoir, non plus les arbres, les champs, les sentiers familiers auxquels je m'étais raccroché dans mes moments d'effroi, ni même les labyrinthes qui avaient hanté mon sommeil, mais le reste maintenant, et en premier lieu le compartiment d'un autre train le jour où tout avait commencé, d'autres compagnons de voyage, trois Montpelliérains rencontrés à la caserne de Perpignan, les fleurs que des mains de femmes ou d'enfants nous tendaient à chaque gare, dahlias, marguerites, soucis, pois de senteur, leurs couleurs vives s'ajoutant au bleu horizon de nos tenues, aux teintes des uniformes étrangers, anglais, marocains et même hindous, entrevus sur les quais - par exemple à Amiens où, à la faveur de l'arrêt, je remplis à l'intention de ma famille une carte postale des armées, notant la date, 5 juillet 1915, inscrivant par mégarde mon titre, médecin auxiliaire, sur la ligne de l'adresse, ce qui m'obligea à raturer. Et encore l'officier d'administration qui nous indiqua le lendemain à l'aube, à la gare terminus de Barlin, comment rejoindre, à quarante kilomètres de là, la ville de Noeux-les-Mines où était installée la direction du service sanitaire du 21e corps d'armée, la campagne environnante à larges ondulations, les rues sales des patelins traversés, les maisons en briques construites sur le même modèle et souvent précédées d'un jardinet : nous étions tous quatre de la classe 13, nous avions auparavant peu voyagé, visité Paris pour la première fois quelques jours plus tôt, nous échappant de la caserne d'Aubervilliers où nous attendions notre feuille de route, et le silence qui s'était abattu sur nous en disait long sur notre stupeur, sur notre curiosité.


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