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Auteur : Joseph O'Connor
Traducteur : Carine Chichereau
Date de saisie : 27/11/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Phébus, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7529-0460-7
GENCOD : 9782752904607
Sorti le : 25/08/2011
Un roman biographique qui retrace la vie de l'auteur dramatique irlandais John Millington Synge. A travers les yeux de sa Muse, Molly Allgood, on parcourt Dublin et son microcosme théâtral. On ne peut que s'émouvoir de ces personnages dont l'errance côtoie la célébrité. Pour les néophytes de l'oeuvre de Synge, une découverte nécessaire... Pour ses connaisseurs une vision romanesque qui ne pourra déplaire (on prend plaisir à retrouver des scènes de ses pièces subtilement intégrées à la vie des personnages du roman). Fin et pénétrant.
John Millington Synge fut un grand dramaturge irlandais du début du XXème. Âgé de 37 ans, éperdument amoureux, il fréquente la jeune et prometteuse comédienne Molly Allgood. Sa passion pour cette muse est difficilement acceptée, différence d'âge, différence de classe... Elle s'achèvera avec la mort prématurée de Synge. Cinquante ans plus tard, Molly revient dans un dialogue avec elle-même sur cette aventure dans l'Irlande des années 1900. Actrice déchue et délaissée, elle est pauvre, seule et boit mais n'a rien oublié de ces années. Les souvenirs resurgissent, l'interpellent, son refus des conventions, leur passion partagée, leurs différences... Triste fin de vie de cette actrice qui a endossé merveilleusement les rôles créés par l'auteur qu'elle adulait et l'homme qu'elle aimait. Elle fut reconnue, admirée puis oubliée. «Professionnelle de la mémoire», elle se souvient de tout, de leurs échanges, des lettres, de leurs querelles, de leurs différences marquées (même leurs parlers s'opposaient) qui pourtant les rapprochaient. Muse nous offre deux portraits exceptionnels de deux personnages hors du commun avec comme toile de fond une Irlande puritaine au quotidien âpre et d'une passion partagée par deux caractères différents.
Dans le Londres des années 50 une vieille irlandaise solitaire et alcoolique se remémore son amour de jeunesse, un célèbre auteur dramatique qui fit d'elle une comédienne de renom. Sortie de son milieu ouvrier, il en fit sa muse, avant de disparaître et de l'abandonner aux jours incertains promis aux artistes de scène. Ce roman lumineux sur la fuite du temps autant que sur la séparation est inspiré d'une histoire vraie.
Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l'amour. Elle s'appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne aussi prometteuse que courtisée, et eut pour amant l'un des plus grands dramaturges irlandais, John Millington Synge. C'était en 1907, l'année de la création du Baladin du monde occidental au théâtre de l'Abbaye, dans un Dublin bruissant de rumeurs. Molly avait dix-neuf ans, John trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Leur passion aurait-elle pu résister au poids des conventions et à l'hostilité de leurs proches ?
A Londres, près de cinquante ans plus tard, l'actrice déchue hante les rues noyées dans le brouillard. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme le désir pour celui qu'elle n'a jamais réussi à oublier...
Joseph O'Connor fait revivre deux êtres d'exception dans ce roman forgé de lumière et d'airain.
Né en 1963 à Dublin, Joseph O'Connor est considéré comme l'un des écrivains les plus importants de sa génération. Son oeuvre est traduite en trente-cinq langues. Découvert en France en 1996 avec Les Bons Chrétiens (Libretto, 2010), il est primé des deux côtés de l'Atlantique lorsque paraissent L'Étoile des mers (Phébus, 2003) puis Rédemption Falls (Phébus, 2007).
«Un livre exceptionnel et admirable.»
MICHAEL CUNNINGHAM
«Muse déploie une voix maîtrisée à la perfection, aux tonalités à la fois tendres et bouleversantes.»
COLM TOIBIN
S'il n'était que l'histoire d'un amour, si bouleversante soit-elle, ce roman n'aurait pas la même force. C'est aussi un hommage au monde du théâtre et une évocation de la littérature irlandaise où passent, très discrètes, les ombres de Joyce et de Samuel Beckett. On vous fait grâce des remarquables tableaux de moeurs dublinoises et londoniennes et l'on résume : cette muse est inoubliable.
À chacun de ses romans, Joseph O'Connor aime extirper les fantômes de l'oubli des temps. John Synge, auteur entre autres du Baladin du monde occidental, et sa jeune maîtresse lui sont des figures familières. Il a grandi à quelques centaines de mètres de la maison du dramaturge et distille à travers Muse sa fascination pour ces deux personnages. L'écriture, forgée de mille méandres, donne corps à la richesse de leurs sentiments. Traduit de l'anglais avec une remarquable finesse par Carine Chichereau, le récit est marqué par un lyrisme parfaitement maîtrisé. Au fil des chapitres, le lecteur se laisse envelopper par l'atmosphère sombre et humide d'un Dublin illuminé en son coeur par les théâtres où s'écrivent des mondes infinis.
Muse est tour à tour un poème épique, un échange de correspondance, un roman d'amour impossible. En choisissant une temporalité théâtrale - une journée dans la vie de la vieille Molly Allgood -, O'Connor y ajoute la puissance de la tragédie qui s'achève sur la mort prématurée de l'un, la déchéance de l'autre.
La tragique passion amoureuse entre une comédienne et le dramaturge irlandais John Millington Synge...
Et c'est aussi le travail acharné du dramaturge, son combat "pour calmer ses démons", que décrit l'auteur de Desperados dans ce roman magnifique qui n'a rien d'une pâle biographie. Parce qu'il s'embrase d'un bout à l'autre, comme le bûcher sur lequel s'immolèrent une muse éternellement rebelle et son Pygmalion.
Dans Muse, l'auteur de Redemption Falls rend un hommage amoureux, rêveur et poétique aux deux Molly : la jeune, lumineuse, et la vieille, toujours drôle et spirituelle on gage qu'il en pince surtout pour celle-là...
Muse n'est pas un roman historique, on n'apprend quasiment rien sur le Théâtre de l'Abbaye, et ses «célébrités», Synge, Yeats, Lady Gregory, sont reléguées au deuxième plan. Mais si Joseph O'Connor s'est débarrassé des faits, des dates, des lieux, c'est pour pouvoir approcher, léger, le mystère et la beauté qui nimbent les histoires d'amour.
Un garni, à Londres
27 octobre 1952
6 h 43
Au dernier étage de la demeure délabrée, de l'autre côté de la petite rue, la lumière a brillé toute la nuit. Tu la voyais depuis ton lit chaque fois que tu te retournais vers la fenêtre pour prendre la bouteille, par terre. Il en va presque toujours ainsi. L'ampoule s'allume au crépuscule. Au matin, peu après l'extinction des réverbères, elle s'éteint et le rideau en lambeaux tombe.
Tu as soixante-cinq ans maintenant, à peu près comme les murs, peut-être un peu plus - mais enfin quelle idée. Tu t'approches de la seule fenêtre : elle est d'un froid ahurissant. L'hiver arrive en Angleterre. Le temps se dégrade. La nuit dernière une tornade a frappé Londres.
Tu n'as jamais vu personne entrer ni sortir de la grande maison d'en face qui semble à l'abandon, pourtant le facteur continue d'y porter le courrier, introduisant les enveloppes par un trou dans le panneau de verre brisé - la boîte aux lettres a été clouée pour de bon il y a des années de cela. Les hommes viennent uriner sous le porche. Une filles des rues y fait commerce et depuis longtemps la grille est couverte d'obscénités. La plupart des fenêtres sont murées. Des buddleias croissent sur la façade.
Tu es persuadée que l'occupant de cette pièce est un homme. Une fois, vers minuit, tu as vu une ombre fugitive passer derrière la vitre - enfin tu as cru la voir - et il y avait quelque chose de masculin dans sa façon de se mouvoir. À une époque tu songeais même à lui - comment peut-il vivre seul dans cette vieille demeure éventrée par les bombes ? qui envoie ces lettres ? à quel propos ? - car cela t'aidait à surmonter les heures les plus difficiles, juste avant l'aube. Cependant ce matin quelqu'un d'autre t'est revenu à l'esprit, sortant plus ou moins de la même lumière, d'une chambre invisible, d'une ville où tu vis depuis treize ans mais que tu n'as jamais faite tienne. Cela arrive à tout le monde : l'irruption d'une personne que nous croyions oubliée ou avions délibérément reniée. Aujourd'hui il s'avérera un vagabond réticent à l'exil, un migrant tentant encore de rentrer chez lui.
Il était difficile parfois. A quoi bon le nier ? Irritable, impitoyable même, pour un homme pas si âgé. Parce que c'est vrai, les commères, les curieuses, les fouineuses en ont toujours fait toute une histoire de votre différence d'âge. Vipères envieuses. Hypocrites au triple menton, trop chafouines pour avouer leurs vraies raisons. Que sont les années ? Fiction. Taches d'encre sur le calendrier. Ces temps derniers, quelquefois, hier paraît à des années-lumière, et demain, un siècle à venir, tant il semble lointain. S'il avait vécu plus longtemps, les années se seraient contractées car un couple marié finit par n'avoir qu'un seul âge, les deux parties se ressemblant de plus en plus avec le temps, comme des serre-livres, leurs souvenirs reliés en grisaille entre eux, ni l'un ni l'autre ne se préoccupant plus de ce qui autrefois les divisait. Quel âge aurait-il à présent ? Quatre-vingts et quelques ? Un pépé. Un vieux croûton en chaussons. Ridé comme une reinette. Difficile de calculer dans le brouillard de la gueule de bois. Tu as du mal à garder le fil, à ne pas sauter de décennie. Après quelques tentatives avortées, tu abandonnes.
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