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Auteur : Brina Svit
Date de saisie : 03/11/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 978-2-07-013464-9
GENCOD : 9782070134649
Sorti le : 01/09/2011
Lisbeth prépare 10 billets de 500 euros dans une enveloppe dans le but de passer une nuit à Reykjavik avec Eduardo Ros, un argentin amateur de tango. Une histoire banale en apparence.
Mais ce roman est beau et froid, sensuel et dur, dérangeant et envoûtant. Brina Svit joue sur le stéréotype de l'argentin ou sur celui de la femme d'affaire qu'incarne Lisbeth, sauf que le lien n'est pas approprié. L'Islande n'est pas d'un exotisme fou pour s'envoyer en l'air toute la nuit. Sensuel et froid...
Le personnage de Lisbeth cache de sombres pensées et le lecteur se demande si Eduardo va être son remède. Dérangeant et envoûtant...
Il n'y a pas d'amour à proprement parler, dans ce roman, mais on aimerait ! Brina Svit nous offre, par petites touches, les ingrédients d'une relation. Que l'on soit fleur bleue ou non, on espère. Beau et dur...
Coup de coeur de la rentrée littéraire.
Est-elle sûre de son coup ? Est-ce qu'elle veut vraiment payer un homme pour qu'il passe une nuit avec elle ? Un homme qu'elle connaît à peine, rencontré une semaine plus tôt, à Buenos Aires. Ici, sur cette terre de glace et de feu ? Au milieu de nulle part ?
Elle, c'est Lisbeth Sorel. Lui, Eduardo Ros. La terre de glace et de feu ne peut être que l'Islande, en plein hiver. La nuit qu'ils vont passer ensemble sera la plus longue, la plus folle, la plus intense, la plus sombre, la plus désespérée. Et puis, le lendemain, à sa sortie, la plus lumineuse. Presque un miracle.
Brina Svit est née à Ljubljana, en Slovénie. Ses premiers romans sont traduits du slovène aux Editions Gallimard dans la collection «Du monde entier». Une nuit à Reykjavik est son cinquième livre écrit en français.
Brina Svit dresse le portrait d'une femme cultivée et forte qui invite un danseur de tango à venir passer une nuit avec elle à Reykjavik...
Dans ce cinquième roman écrit en français, Brina Svit, née en Slovénie en 1954, impressionne par son art de brouiller les pistes grâce à une écriture très subtile.
Les chapitres sont courts et saisis, ils traversent le livre et foncent vers l'essentiel. L'action donne du tempérament et s'ose brutale. Ça "tabasse" comme on dit en danse pour aller vite et sans fioritures...
J'avoue qu'au début du livre j'étais quelque peu distant, voire détaché du récit, mais par le jeu subtil de sa construction et par la force de son écriture, je me suis retrouvé très vite impliqué, sonné et comme possédé par le secret originel de ses personnages. Brina Svit montre que l'on a beau s'enfermer dans des pseudo-plaisirs pour tenter d'échapper au réel, nos souvenirs les plus odieux, les plus enfouis, finissent toujours par rejaillir. Elle entremêle, aussi, la mystique et l'art, lorsque Lucie s'invente un dieu de la photographie. Après tout, Jésus, comme Van Gogh, cherche un désert, Mahomet, comme Andreï Roublev, une caverne, et le Bouddha, comme Gauguin, un arbre.
Avec un mélange inimitable de mélancolie et d'humour, de charme et de brio, Brina Svit brosse le portrait incarné d'une femme qui ne sait pas s'endormir "à côté d'un homme inconnu, même d'un homme tout court". Une Betty qui se révèle avant tout inconsolable de l'absence de sa soeur cadette Lucie.
Lisbeth, es-tu sûre de ton coup ? Est-ce que tu veux vraiment payer un homme pour qu'il passe une nuit avec toi ? Un homme que tu connais à peine ? Ici, sur cette terre de glace et de feu ? Au milieu de nulle part ?
Elle jette un autre coup d'oeil sur le paysage autour d'elle. Mais ce n'est pas un paysage. Il n'y a pas d'arbres, pas de champs, pas de maisons... Il n'y a rien. On dirait la lune, ce chaos volcanique à perte de vue, cette étendue noire recouverte çà et là d'une mince couche de neige. Pourtant c'est bien elle qui a voulu venir ici. Il fera froid et la nuit sera longue. Si déjà il faut qu'elle paie, autant que ça dure le plus longtemps possible. «Ce sera à Reykjavik», lui a-t-elle dit, il y a une semaine exactement, à Buenos Aires, sur le trottoir de l'avenue Scalabrini Ortiz, à quatre heures et demie du matin. Le jour commençait à se lever, et la canicule était toujours aussi humide et oppressante. Elle sentait une rigole de sueur couler sur son cou et entre ses seins. «C'est quel hôtel, Reykjavik ?» a-t-il demandé. Elle a détourné la tête pour qu'il ne voie pas le sourire moqueur au coin de sa bouche. «Ce n'est pas un hôtel, c'est une ville. Une ville loin d'ici. Je t'enverrai ton billet d'avion.»
Elle est arrivée vers une heure, midi, heure locale. L'hôtel, qu'elle avait réservé par Internet, avait l'air assez central. La chambre 47, au dernier étage, donnant sur la rue, le port au loin et beaucoup de ciel. Petite, carrée, austère, sans couleurs, mais tout à fait ce qu'il fallait : pas besoin de lithographies aux murs pour coucher avec un homme. Elle a tâté le matelas, posé la tête sur un oreiller : un peu trop mou, trop haut, mais ça allait. Elle a jeté un coup d'oeil dans la salle de bains, carrelée jusqu'au plafond, avec une vraie baignoire et un miroir sur toute la longueur du mur : ça allait aussi. Puis elle a défait ses bagages et a rangé ses affaires dans le placard à côté du lit. Il n'y avait pas grand-chose dans son sac : un pull, une paire de collants, une petite robe noire pour aller dîner, un collier d'ambre jaune... Il n'en fallait pas plus pour une nuit, même si elle allait être longue, très longue.
Elle avait faim et voulait manger un morceau avant de retourner à l'aéroport. Elle aurait pu commander un sandwich et un café au bar de l'hôtel. Mais elle avait envie de se dégourdir les jambes et d'aller voir cette ville qu'elle ne connaissait pas. Toi, Betty, qui connais le monde entier, tu n'es jamais venue à Reykjavik ? se serait exclamée Lucie, avec sa voix douce et ironique à la fois.
Non, elle ne connaissait pas Reykjavik et n'était jamais venue en Islande, pensait-elle en remontant la rue de l'hôtel qui débouchait sur une petite place. Il faut dire qu'elle ne raffolait pas de ces capitales provinciales qui se réduisent à trois rues principales, gentiment bordées de petites boutiques, de cafés et de restaurants. Ni de ces maisons basses, recouvertes de tôle ondulée et peintes en couleurs vives. Ni de ce froid humide avec des rafales de vent âpre et glacial. Et encore moins de cette lumière incertaine et hésitante, à se demander si c'était le matin ou le soir.
C'était le matin. Ou mieux : il était midi et le jour venait de s'installer pour quelques heures. Il ne lui restait plus qu'à attendre la nuit.
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