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Auteur : Sylvain Tesson
Date de saisie : 17/11/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 978-2-07-012925-6
GENCOD : 9782070129256
Sorti le : 01/09/2011
Sylvain Tesson tombe à pic et comme toujours il écrit juste : son ermitage de six mois au bord du lac Baïkal fait envie à tous ou presque : ce dont on rêve - fuir les tracas et absurdités de la vie quotidienne pour retrouver une vie où l'on subit les affres de l'hiver sibérien, patauge dans la boue du dégel et s'émerveille du puissant retour à la vie du printemps - lui le fait et plus encore, il le raconte ! Il n'est jamais aussi bon que lorsque sa formation et son expérience de géographe permettent au lecteur de vivre et ressentir cette terre de Sibérie, les montagnes qui bordent le lac et la glace qui recouvre ce dernier au coeur de l'hiver. La sincérité de sa démarche et de son écriture nous touche. Il ne nous donne pas de leçon. Chez lui, pas de posture, mais une belle attitude.
Sylvain TESSON, l'homme qui va à pied, à cheval ou à vélo, l'homme qui ne s'arrête jamais, s'est un jour promis, au détour du lac Baîkal de venir s'y poser pendant six mois avant ses quarante ans. L'homme est attachant et nous prend doucement par la main pour nous faire vivre ses aspirations, ses pensées profondes que le froid et l'engourdissement lui inspirent.
La vie se ralentit, prend une autre saveur, un tel paysage et ses lecture, tout y passe. Mais attention, le bonhomme n'est pas ego centré. N'est pas Mike HORN qui veut. Il se livre à petites gouttes, se pose les questions de l'homme qui hiberne, peuple de ses rencontres son périple immobile et, au final, nous inspire paix et sérénité, ce dont nos vies urbaines manquent cruellement.
Délicieux...
Au commencement, Tesson était un marcheur nomadisant au gré de ses envies. Son territoire avait pour nom l'Eurasie. Touché par la grâce des lieux, il devint un auteur. Avec le temps, émergea un modeste penseur, magnant l'aphorisme avec une joyeuse dextérité. Inutile de vous dire que sa dernière expérience d'ermite au coeur de la Taïga fait désormais de lui un sage. De longues journées faites de coupes de bois, de randonnées sur le lac Baïkal gelé, de lectures, d'écriture et de solitude contemplative, l'ont complètement refaçonné. Sylvain Tesson a survécu au froid sibérien, aux ours affamés, aux moujiks imbibés de vodka, et surtout à lui-même ! Cette version heureuse d'Into the wild nous invite à remettre en cause fondamentalement les bases d'un monde devenu orphelin de repères essentiels. Avertissement aux lecteurs : ce livre est terriblement contagieux !
Sylvain Tesson a passé 6 mois sur les bords du lac Baïkal dans sa «cabane» en bois, isolé de tout, en pleine nature. Moins 30°, le silence, une caisse de livres, de la vodka... il se retrouve face à lui-même. Avec une très belle écriture et beaucoup d'humour, il évoque son rapport à la nature, nous livre ses réflexions et nous raconte son «séjour» peu ordinaire. Retour au calme et à la lenteur. Place à la nature dans toute sa simplicité et sa beauté... Un livre qui fait du bien !
Nous suivons l'auteur, parti vivre en ermite pour six mois, dans une cabane en bois au bord du lac Baïkal. Cette solitude, à la fois souhaitée et redoutée, lui permet de s'émerveiller de la nature qu'on ignore habituellement, de découvrir le mode de vie russe, à travers les rencontres qu'il fait avec d'autres «ermites». Et surtout, cette solitude lui permet de réfléchir à la société dans laquelle nous vivons, toujours pressée, frénétique, oublieuse de certaines valeurs telles que le respect, le temps de prendre le temps, etc.
Les nombreux litres de vodka et les différents livres qu'il a amenés lui inspirent bien des réflexions.
L'auteur nous entraîne dans une parenthèse hors du monde et hors du temps, pour une pause apaisante et ressourçante. Un grand moment de quiétude.
1) Qui êtes-vous ? !
Un agité du Baïkal
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le temps. Comment l'apprivoiser en vivant seul dans les bois, entouré de silence, de vide et de splendeur ?
Comment découvrir que le bonheur se tient dans la simplicité d'une existence solitaire, en pleine taïga.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Quinze sortes de ketchup. C'est à cause de choses pareilles que j'ai eu envie de quitter ce monde.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Un mouvement mélancolique : le deuxième mouvement du triple concert de Beethoven en toute simplicité.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La répartition des tâches.
«Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.»
Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson est né en 1972. Après un tour du monde à vélo, il se passionne pour l'Asie centrale, qu'il parcourt inlassablement depuis 1997. Il s'est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L'axe du loup (Robert Laffont). De lui, les Éditions Gallimard ont déjà publié Une vie à coucher dehors (collection blanche, 2009, Folio n° 5142) et, avec Thomas Goisque et Bertrand de Miollis, Haute tension (Hors série Connaissance, 2009).
Sylvain Tesson a choisi l'âpre et ample espace russe pour Thébaïde, lieu d'une expérience subversive qui n'est pas une fuite - d'ailleurs, écrit-il, «la fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l'habitude donnent à l'élan vital». Ce choix de la solitude est certes une façon de tourner le dos à la société, mais il s'agit surtout, peut-être, pour Sylvain Tesson, d'appréhender une autre façon d'être dans le temps...
Son "journal d'ermitage" raconte sa vie de bûcheron, de pêcheur... Il n'a pas un poil dans la main. Seulement un poêle à bois, préférable à tous les écrans plasma. L'anachorète mène une vie de prophète : le silence et la solitude "se négocieront demain plus cher que l'or". Il cherche à apprivoiser le temps. Véritable écrivain, Tesson se distingue des aventuriers de librairie (...) par l'élégance de la plume, la profondeur de la réflexion, la concision des aphorismes. "La paupière est l'écran le plus efficace entre soi et le monde."
Cette réclusion parmi les glaces et les ours lui a-t-elle procuré la félicité ? Pas sûr, mais son âme tourmentée, si lucidement traversée par un regard d'une implacable justesse sur les richesses cachées et les faux-semblants de la nature humaine, pourrait-elle se contenter d'un bonheur tiède et sans aspérité ? Ce qui est sûr, et le lecteur bien au chaud ne saurait trop l'en remercier, c'est que Sylvain Tesson livre ici son meilleur livre. Parce que la saveur de son érudition, la richesse de ses références affichées avec l'envie d'en faire partager le suc se doublent d'une vérité humaine d'une rare authenticité.
Dans les forêts de Sibérie, écrit en pointillé et en précisions, est une leçon d'humilité. Qu'est-ce que Sylvain Tesson aura appris durant ses six mois, dans une cabane sibérienne, à cinq heures de marche de la plus proche présence humaine ? Le courage des mésanges, la beauté du printemps, le réconfort de la littérature. La paix est incontestablement ce qu'il y a de plus dur à trouver sur terre. Sylvain Tesson avance pour savoir ce qu'il a dans le ventre. Il s'est éreinté puis enraciné. Il a parcouru le monde jusqu'à l'épuisement et a revêtu les habits de l'ermite jusqu'à l'amenuisement. De la conquête à la quête. Dans les forêts de Sibérie reste un acte de foi en la liberté intérieure. Il ne s'agit plus de partir au bout du monde ; il s'agit de partir au bout de soi. Sylvain Tesson aura appris en une poignée de mois, dans une cabane plantée en Sibérie, à vivre non plus contre lui-même mais avec lui-même.
Sylvain Tesson a passé six mois seul au coeur de la taïga. Une leçon de vie, un livre unique...
Car Dans une forêt de Sibérie n'est pas seulement le récit d'une expérience radicale : c'est un texte magnifique, affûté, d'une poésie à faire éclater le cristal et parfois hallucinée : "Le ciel est fou, ébouriffé d'air pur, affolé de lumière. Est-ce cela l'apparition d'un dieu ?"...
Ce n'est pas seulement un livre, c'est une proposition de vie, en même temps qu'une métaphore de l'écriture : tout raréfier autour de soi pour ne plus se concentrer que sur l'essentiel. On sort de cette lecture avec le besoin urgent de se laver de tout. "Empêche-les de t'approcher de trop près", disait un célèbre dresseur de molosses.
Sylvain Tesson est parti s'isoler six mois en Sibérie. Il en ressort un récit sur la condition humaine et la civilisation...
Au-delà de l'expérience, c'est aussi par le style que Dans les forêts de Sibérie se distingue. Rien d'incongru à ce que ce récit paraisse sous la couverture blanche de Gallimard. Géographe littéraire, Sylvain Tesson excelle à restituer l'intensité de son voyage immobile à coups de formules : "La fuite est le nom que les gens ensablés dans les fondrières de l'habitude donnent à l'élan vital", etc. Au risque, peut-être, d'abuser de ce qu'il appelle lui-même ses "aphorismes de sous-préfecture". On a parfois l'impression qu'à vouloir enfermer le Baïkal dans le carcan oraculaire, il laisse en chemin un peu de la liberté déliée qui, parfois, sied à la rêverie du promeneur solitaire. Il n'empêche : on se régale à lire ce croisement entre Jean-Jacques Rousseau et Bear Grylls, le héros survivaliste de la série télé culte Man versus Wild. Un croisement détonant comme une vodka par - 32 °C.
La marque Heinz commercialise une quinzaine de variétés de sauces. Le supermarché d'Irkoutsk les propose toutes et je ne sais quoi choisir. J'ai déjà rempli six caddies de pâtes et de Tabasco. Le camion bleu m'attend. Micha, le chauffeur, n'a pas éteint le moteur, et dehors, il fait -32. Demain, nous quittons Irkoutsk. En trois jours, nous atteindrons la cabane, sur la rive ouest du lac. Je dois terminer les courses aujourd'hui. Je choisis le «super hot tapas» de la gamme Heinz. J'en prends dix-huit bouteilles : trois par mois.
Quinze sortes de ketchup. À cause de choses pareilles, j'ai eu envie de quitter ce monde.
9 février
Je suis allongé sur mon lit dans la maison de Nina, rue des Prolétaires. J'aime les noms de rues en Russie. Dans les villages, on trouve la «rue du Travail», la «rue de la révolution d'Octobre», la «rue des Partisans» et, parfois, la «rue de l'Enthousiasme» où marchent mollement de vieilles Slaves grises.
Nina est la meilleure logeuse d'Irkoutsk. Autrefois, pianiste, elle se produisait dans les salles de concerts de l'Union soviétique. À présent, elle tient une maison d'hôte. Hier elle m'a dit : «Qui eût cru que je me transformerais un jour en usine à crêpes ?» Le chat de Nina ronronne sur mon ventre. Si j'étais un chat, je sais le ventre où je me réchaufferais.
Je suis au seuil d'un rêve vieux de sept ans. En 2003, je séjournai pour la première fois au bord du Baïkal. Marchant sur la grève, je découvris des cabanes régulièrement espacées, peuplées d'ermites étrangement heureux. L'idée de m'enfouir sous le couvert des futaies, seul, dans le silence, chemina en moi. Sept ans plus tard, m'y voilà.
Il faut que je trouve la force de repousser le chat. Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu'on est au bord de saisir ce que l'on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J'ai peur d'appartenir à cette espèce.
Le camion de Micha est chargé ras la gueule. Pour atteindre le lac, cinq heures de route à travers des steppes englacées : une navigation, par les sommets et les creux d'une houle pétrifiée. Des villages fument au pied des collines, vapeurs échoués sur des hauts-fonds. Devant pareilles visions, Malevitch écrivit : «Quiconque a traversé la Sibérie ne pourra plus jamais prétendre au bonheur.» Au sommet d'une croupe, le lac apparaît. On s'arrête pour boire. Cette question après quatre rasades de vodka : par quel miracle la ligne du littoral épouse-t-elle aussi parfaitement les contours de l'eau ?
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