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.. De la culture rock

Couverture du livre De la culture rock

Auteur : Claude Chastagner

Date de saisie : 26/08/2011

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : PUF, Paris, France

Collection : Perspectives critiques

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-13-058927-3

GENCOD : 9782130589273

Sorti le : 14/09/2011

Monique Labrune, directrice éditoriale des PUF, au micro de Jean Morzadec


  • Les présentations des éditeurs : 30/08/2011

La jeunesse occidentale des années 1950 et 1960 s'est construit un univers propre, avec ses lois, ses codes, ses valeurs, et l'a organisé autour d'une musique neuve et forte : une culture rock. Au coeur de cette culture, il y avait la volonté de se différencier du monde adulte, de s'opposer à ses compromissions et à ses censures.
La rébellion s'est avérée le mode de fonctionnement privilégié de la culture rock. Très vite, pourtant, l'utopie a fait place à l'amertume.
On a dénoncé la naïveté de la révolte rock, la récupération commerciale dont elle aurait fait l'objet. Mais est-ce bien de cela qu'il s'agit ?

Cet ouvrage explore une autre hypothèse : celle d'une identité structurelle entre les objectifs de la culture rock et l'organisation capitaliste de nos sociétés, une convergence fondée sur la stratégie du slogan et du star-system, sur la provocation et l'outrance. Peut-on alors encore parler de rébellion rock ? Quelles voix reste-t-il pour porter le refus de l'autorité, du conformisme et du statu quo ?

Claude Chastagner, professeur de civilisation américaine à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, est spécialiste de musique populaire anglo-américaine. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé La Loi du rock.


  • Les courts extraits de livres : 30/08/2011

LE NOUVEAU MONDE

Keep on rockin' in the free world Neil Young

En octobre 1967, les Doors sortent leur deuxième album, Strange Days. Sur l'ultime morceau de l'album, «When the Music's Over», Jim Morrison clame avec autorité «We want the world and we want it NOW» ! Nous voulons tout, et tout de suite. La jeunesse américaine, et quelques mois plus tard, celle de la plupart des pays occidentaux, a décidé de prendre le monde. Quel monde, et pour en faire quoi ?
C'est un rude renversement de l'ordre des choses qui se profile dans cette exigence, un renversement de l'ordre biologique et chronologique. Jusqu'aux années cinquante, la jeunesse attendait son tour, sagement, attendait que les aînés lui laissent une place au banquet du monde. Pour patienter, elle grignotait des miettes, quelques bribes de jazz, de brèves excursions dadaïstes. Mais tout cela restait marginal et ne concernait qu'une petite frange d'intellectuels, d'artistes ou de mondains. La jeunesse occidentale, dans son ensemble, ne remettait guère en question sa place subalterne au sein de la famille comme de la société. Les crises économiques des années trente et les violences militaires qui suivirent se chargèrent de calmer les dernières ardeurs. Le monde, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, appartient aux adultes. L'économie, la politique sont l'affaire des grands. Les goûts et les couleurs, ce sont les aînés qui en décident.
Mais dès les années cinquante, le vent tourne. Quelque chose d'imprévu se produit : la jeunesse occidentale se met à exister en tant que telle, elle s'autonomise, commence à prendre ses aises. Elle n'en est pas encore à réclamer le monde. Elle se contente d'exiger le droit d'aller au concert, au milk-bar, au drive-in. Effectivement, sur les photographies incertaines, les films tremblotants des premiers concerts de rock'n'roll, ce qui frappe, c'est l'extrême jeunesse des visages, féminins souvent. 12-14 ans, pas plus, des adolescents nés à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ceux que François Ricard appelle la génération lyrique, la première vague du baby-boom. Des adolescents qui dorénavant s'appellent teenagers. Même chose avec la musique pop du début des années soixante. Regardez les photos des concerts des Beatles ou des Rolling Stones : des bébés presque, découvrant leur pouvoir, leur sexualité, s'excitant mutuellement comme dans une cour d'école.
Il faut dire que la jeunesse de l'après-guerre a quelques atouts. A commencer par sa masse numérique. Le baby-boom marque une nette rupture avec le déficit démographique qu'avait entraîné la crise des années trente. Dès 1944, alors même que l'issue du conflit reste incertaine, de nombreux Américains et à leur suite autant d'Européens, convaincus que le monde qui allait émerger n'aurait plus rien à voir, en bien ou en mal, avec le précédent, se mettent à engendrer à un rythme spectaculaire. Le poids démographique de cette tranche d'âge lui donnera quelques années plus tard un pouvoir économique, politique et culturel décisif.
(...)


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