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Auteur : Noëlle Châtelet
Date de saisie : 23/10/2011
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : L'entretien
Prix : 13.00 € / 85.27 F
ISBN : 9782259213004
GENCOD : 9782259213004
Sorti le : 25/08/2011
Marc Lecarpentier au micro de Jean Morzadec
De Sade on connaît surtout... le sadisme, et la démesure d'une oeuvre considérée parmi les plus noires de la littérature.
Cet entretien fictif entre Noëlle Châtelet et le marquis de Sade (questions inventées et réponses puisées dans les écrits du marquis) permet de dépasser les a priori, les procès hâtifs que Sade a lui-même entretenus par ses provocations et sa complaisance dans la cruauté, et de faire la part entre la complexité de sa personne et l'outrance de ses personnages.
Grâce aux questions stimulantes de Noëlle Châtelet, on découvre comment Sade s'inscrit, à sa façon, dans l'aventure intellectuelle des Lumières, et le rôle théorique qu'il joue pendant la Révolution française et lors des premiers pas de la République.
Avec le pessimisme d'un homme le plus souvent privé de liberté, il se plaît notamment à disserter sur les grands débats du siècle : le despotisme, la religion, la place de l'homme dans la nature, la toute-puissance de l'instinct sur la civilisation, la relativité des lois, la liberté sexuelle des femmes, la suppression de la peine de mort, le principe de laïcité, etc. Autant de sujets qui interrogent encore notre époque.
Converser avec Sade aujourd'hui, deux siècles après sa mort : une manière nouvelle et originale d'approcher l'homme et sa pensée.
Universitaire et écrivain, Noëlle Châtelet poursuit à travers essais, nouvelles, romans et récits, parmi lesquels Histoires de bouches, La Femme coquelicot et La Dernière Leçon, une réflexion sur le corps et ses métamorphoses.
L'idée est simple et très efficace : demander à une femme d'interviewer le Marquis de Sade, enfermé à Charenton à la fin de sa vie. On est heureux d'apprendre que cette personne d'aujourd'hui, de sexe féminin, Noëlle Châtelet, a lu tous les livres du Marquis, sa Correspondance et des documents divers, sans trembler, vomir, refermer les volumes ou les oublier aussitôt. Elle est philosophe, et elle ose vous dire : «Je mesure, malgré mon aversion naturelle pour toutes les formes possibles de violence, combien la démarche de Sade m'a éclairée.»...
Le monstre est donc là, en direct, il répond à toutes les questions par des extraits de ses oeuvres. La forme de l'entretien évite l'écueil des «morceaux choisis», les mots rebondissent dans l'interlocution supposée, ils résonnent au présent, on les écoute...
La délicate Noëlle a raison d'évoquer les figures féminines aimées de Sade. Sa compagne de la fin, Constance, qu'il appelle «Sensible», et qui l'a tiré du couloir de la mort du Comité de Salut public.
Extrait du préambule
N'en doutez pas : ces quelques pages dites de présentation n'ont rien, en fait, d'une préface au sens classique du terme car, on l'a compris déjà, rien n'étant moins conventionnel que ce dialogue supposé, je souhaiterais, sur un ton volontiers personnel, insister sur la particularité de cette rencontre fictive et surtout sur l'intérêt qu'elle espère apporter à la connaissance de ce personnage encore si énigmatique qu'est le marquis de Sade.
Voilà que, pour la troisième fois dans ma vie, Sade me «rattrape», si je puis dire, et chaque fois pour une mission précise, une commande, disons le mot. Peut-être n'y serais-je pas allée de moi-même, rebutée par l'énormité - à tous les points de vue - du personnage et de son oeuvre.
La première fois, donc, c'était en 1971.
François Châtelet, à qui l'on avait demandé de présenter les textes philosophiques de Sade, me confia alors, faute de temps, la tâche d'accomplir ce travail à sa place.
La très jeune femme que j'étais - pour ne pas dire la toute jeune mère, un enfant au sein et l'angélisme au coeur, ne connaissant de Sade que Justine, un livre qui m'avait paru fort déroutant - dut s'astreindre donc à plonger, sans préparation, dans les oeuvres complètes du divin marquis...
Cette porte singulière - celle de la philosophie - a-t-elle rendu le plongeon moins rébarbatif et moins traumatisant le «baptême» ? Je le pense.
La contrainte où j'étais d'un recul didactique, le besoin de privilégier les démonstrations théoriques plutôt que les extravagances érotiques m'ont, sans nul doute, permis de mieux accepter l'âpreté de l'oeuvre et de me vacciner, en quelque sorte, contre sa démesure.
Je m'étais, je m'en souviens, contrainte aussi à la sérénité, à l'impassibilité, quelque effrayantes que puissent être les lectures, mais surtout, j'avais découvert en même temps la très surprenante correspondance de Sade qui allait changer mon regard sur le personnage. Je n'avais évidemment pas la prétention - je ne l'ai pas plus aujourd'hui - de me mesurer aux commentateurs et spécialistes, parmi les plus illustres et les plus légitimes.
Bref, avec une distance qui m'avait moi-même surprise, j'ai accompli ma mission à travers un ouvrage publié l'année suivante.
Une dizaine d'années plus tard, c'est autour de Justine ou les Malheurs de la vertu pour une présentation accompagnée de notes sur les trois versions du roman*, que je revins à Sade, un peu moins distante puisqu'il s'agissait d'aborder la question polémique de la place faite aux femmes dans son système philosophique et érotique...
Aujourd'hui, la tâche est autrement plus risquée, car plus impliquante.
Elle m'oblige à faire le point sur le sens de ces approches successives, quarante ans précisément après ma première «rencontre» avec Sade.
Pour moi qui crois à la dimension symbolique de l'entrée en écriture, je me pose cette question : et si Sade avait joué un rôle dans mon propre parcours d'écrivain ?
Même si je continue de penser que lire Sade, dans son intégralité, tient d'une épreuve, d'un effort, je reste persuadée que cet effort n'est pas sans bénéfice. Je mesure, malgré mon aversion naturelle pour toutes les formes possibles de violence, combien la démarche de Sade m'a éclairée.
Je n'exclus pas qu'elle puisse avoir été pour quelque chose dans le choix d'un travail d'écriture où le corps et ses métamorphoses se déclinent à travers les méandres heureux ou inquiets de l'âme.
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