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Auteur : Xabi Molia
Date de saisie : 31/12/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Fiction & Cie
Prix : 19.80 € / 129.88 F
ISBN : 978-2-02-105419-4
GENCOD : 9782021054194
Sorti le : 18/08/2011
Molia lâche ses chiens dans toutes les directions, Avant de disparaitre est un roman d'anticipation qui interroge la capacité de réaction de notre société face aux cataclysmes, mais c'est aussi une réflexion élégiaque sur l'amour et une enquête presque policière à la recherche de la disparue.
Ce Kaplan qui recherche les êtres qu'il aime dans un monde ravagé fait d'Avant de disparaître un roman qui embrasse l'infini et l'infime ; il capte l'humanité aux prises avec son destin collectif et ses aventures les plus privées et les plus fragiles.
A mi-chemin entre thriller et récit d'anticipation, Xabi Molia nous entraîne dans un monde post-apocalyptique dans un futur proche où un terrible virus transforme les hommes en bêtes enragées. C'est dans un Paris assiégé, qu'officie Antoine Kaplan, médecin au passé trouble, chargé de détecter les personnes potentiellement infectées par le virus. Lorsque sa femme Hélène disparaît, il se lance à sa recherche, s'enfonçant de plus en plus dans les entrailles de la citée et découvre médusé que certains hommes collaborent volontairement avec les "infectés". En plus d'être un roman très prenant, Avant de disparaître, s'offre aussi le luxe de permettre au lecteur de s'interroger sur la nature humaine et de réfléchir aux conditions de vie en cas de crise majeure.
1) Qui êtes-vous ? !
Un écrivain qui fait des films. Un réalisateur qui écrit des livres.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'amour après la fin du monde.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Je me trouve inquiétant."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une chanson de Bon Iver remixée par Aphex Twin.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
De bonnes histoires
Paris, dans quelques années. Antoine Kaplan est un médecin chargé de traquer les premiers signes d'une maladie qui transforme certains de ses concitoyens en êtres bestiaux et assoiffés de violence. L'épidémie gagne du terrain. Assiégés par les «infectés» et retranchés derrière des fortifications de fortune, les survivants affrontent au quotidien les conséquences du désastre : chaos, pénuries, soupçons.
Brusquement, la femme de Kaplan disparaît. Lancé à sa recherche, il dérive de plus en plus vers les zones clandestines de la citadelle.
À la fois roman noir visionnaire et magnifique récit d'un amour perdu, Avant de disparaître plonge le lecteur au coeur d'une guerre civile dans la France d'aujourd'hui. Précise et singulière, l'écriture de Xabi Molia s'interroge sur ce qui nous fait hommes et sur la vie au temps des catastrophes.
Xabi Molia est né à Bayonne en 1977. Il est cinéaste et romancier. Son premier long métrage, Huit fois debout, est sorti en salle en 2009. Avant de disparaître est sont cinquième livre.
Le narrateur, Antoine Kaplan, recherche sa femme qui a disparu au début du récit, à travers la citadelle assiégée qu'est devenu Paris. Les rencontres que sa quête occasionne, dans les quartiers les plus reculés de la ville, puis dans ses souterrains, permettent à Molia de se livrer à un inventaire passionnant des formes de résistance opposées par les hommes à ce qui veut les détruire. Elles composent surtout un portrait diffracté, errant, d'Antoine Kaplan en homme sans qualités, enfoncé dans son désespoir comme dans un manteau trop large, d'autant plus proche de nous que rien ne le distingue : l'homme lui-même, dans son dénuement et sa dérisoire grandeur, à qui ne reste que des souvenirs, et la volonté indéracinable de continuer, alors que tout sera bientôt perdu, à vivre une vie humaine.
Descente aux enfers ou exploration des tréfonds de notre civilisation, la métaphore du souterrain, qu'on aurait pu croire fatiguée, s'avère opérante. Le récit échappe alors au résumé réducteur du conte philosophique ou de l'uchronie. Pas de satire ni de propos à démontrer, Xabi Molia ne se prend ni pour Voltaire ni pour Orwell, même si le roman peut renvoyer à d'illustres devanciers, par un pessimisme allègre ou une critique d'une société où l'imaginaire de guerre finit par tenir lieu de code de conduite. Avant de disparaître est avant tout la construction d'un monde possible à quoi nous renvoie un cauchemar qui consisterait à extrapoler dans le même sens toutes les tendances actuelles. Mais, et c'est ce qui fait la force du roman, ce n'est pas une fable politique : il résiste à toute tentative réductrice d'interprétation, et ouvre la voie à de multiples lectures...
L'auteur, malicieusement, tire les ficelles. La réussite
de Xabi Molia serait ainsi
de prendre l'imagination comme personnage, l'écrivain comme marionnette et le lecteur pour héros.
Car dans ce polar futuriste habilement ficelé, Molia ne se contente pas de planter son décor avec une redoutable maîtrise, de nous embarquer dans l'enquête d'un médecin bouleversé par la perte de sa femme, ou de faire dialoguer ses personnages au milieu du chaos, un peu comme Malraux faisait réfléchir les siens sur fond de révolution...
Le livre s'appelle «Avant de disparaître». La prudence la plus élémentaire invite à ne pas trop attendre pour l'ouvrir.
Devant la porte de l'immeuble, un homme est allongé, un sans-abri. Son manteau couvre son visage. Habituellement, je les chasse en leur disant quelque chose comme «Il ne faut pas rester ici, monsieur», ou en les secouant du bout du pied. Je me penche vers lui. Il sent le chien, les vêtements humides. Son visage est couvert de poils blancs. Il ressemble à Vidal, un chroniqueur judiciaire que j'ai connu à une époque. Est-ce que ce pourrait être Vidal ? Vidal, qui serait venu dormir là, avant de frapper à ma porte ce matin pour me demander quelque chose ? Je ne crois pas que Vidal se souviendrait de moi.
Quand je reviens de la distribution, l'homme se tient assis par terre, les mains bien à plat sur le sol, les jambes écartées devant lui, le regard fixé avec étonnement sur ses pieds qui pointent vers le ciel. Je ne crois pas que ce soit Vidal. Il porte des chaussures en cuir bordeaux, aux semelles craquelées. Je lui dis bonjour en cherchant ma clé. Il lève les yeux sur moi, puis sourit et répond : «Et vous, ça va bien aujourd'hui ?», en articulant chaque syllabe comme s'il y prenait un plaisir particulier. Si c'était Vidal, il m'aurait reconnu.
Je lui propose du pain, sans trop savoir pourquoi. Il tend sa main sale et j'y dépose un morceau, qu'il fourre aussitôt dans un grand sac en toile. Ce doit être un ancien combattant.
Je lui demande :
- Vous n'avez pas vu quelqu'un rentrer ? Une femme ?
Il se met lentement sur ses pieds, en époussetant les jambes de son pantalon, et me considère d'un oeil attentif, comme si j'avais formulé une question mystérieuse. Je pousse la porte de l'immeuble avant qu'il réclame un peu d'argent ou une cigarette.
Sélim dort encore. Un instant, je reste là, à le regarder respirer, dans sa chambre malodorante où je ne suis pas entré depuis plusieurs semaines. Sur le bureau, il a installé un écran d'ordinateur, trouvé dans une décharge ou troqué contre un de nos livres, et qui se révélera très probablement hors d'usage si un jour l'électricité revient.
Je rallume le poêle dans la cuisine et réchauffe le café de la veille. Je pense aller en porter un bol au sans-abri devant la porte et me penche à la fenêtre pour l'observer encore une fois, pour voir peut-être si quelque chose dans sa physionomie m'encourage à ce geste, mais il a disparu.
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