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Auteur : Bernard Pautrat
Date de saisie : 31/08/2011
Genre : Philosophie
Editeur : Payot, Paris, France
Collection : Manuels Payot
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-228-90669-2
GENCOD : 9782228906692
Sorti le : 24/08/2011
Qu'est-ce que l'amour ? Qu'est-ce que faire l'amour ? Est-ce bon ou est-ce mauvais ? Pourquoi ? Comment régler sa sexualité ? Existe-t-il un bon objet d'amour ? Si oui, lequel ? Pourquoi ? A ces questions, qui s'imposent à toute réflexion éthique, le présent ouvrage cherche des réponses dans la monumentale Éthique de Spinoza. On y apprend, guidé par les «mathématiques sévères», ce que sont libido et coït, et en quoi consiste une histoire d'amour. La raison en démontre les risques, et enseigne comment passer de l'amour ordinaire au seul qui vaille vraiment, l'amour envers Dieu autrement dit la Nature. Et, chemin faisant, on comprend que la raison et Spinoza n'enseignent pas seulement à en finir avec les passions tristes, ce à quoi chacun applaudit, mais également et peut-être surtout, avec les passions joyeuses, avec toutes ces amours téméraires qui nourrissent nos existences et les illuminent d'une joie douteuse. Tout à la fois «géométrie de l'Amour» et «roman d'amour», ce livre n'est, en somme, que l'union légitime de l'Éthique et du courrier du coeur.
Bernard Pautrat a animé pendant vingt ans, à l'École normale supérieure, un séminaire consacré à l'Éthique de Spinoza.
On s'attendrait donc à trouver, chez Spinoza, une réponse claire à cette question : que faire de la sexualité ? Ou, si l'on préfère : qu'est-ce qu'une vie sexuelle raisonnable ? Question inévitable, non pas à cause des années 1960 et des machines désirantes, mais en fonction du projet même de l'Ethique. Quand il s'agit de savoir comment vivre, humainement, dans cette béatitude qui accompagne la sagesse, il est légitime que le désir sexuel soit pris en compte. Tout être humain sait d'expérience qu'il occupe, dans l'existence, une place centrale. Le problème... c'est que Spinoza n'en parle pas. Ou à peine, incidemment, de biais...
Si l'Ethique n'est pas un château de cartes ou une esquisse impressionniste, mais bien un édifice de pensée, il doit exister des réponses. Il suffit de prendre une loupe et, comme disait Rouletabille, le bon bout de sa raison. C'est ce que fait Bernard Pautrat, au long d'une enquête à la fois méticuleuse et par moments rocambolesque qui le conduit dans les moindres recoins de ce livre-monde qu'est l'Ethique. Tout ce qui, dans le texte, a trait à l'amour, comme affect et comme sexe, se trouve passé au crible, soupesé, comparé, mis à l'épreuve, confronté, reconstruit, consolidé... avec la ténacité et la minutie d'un connaisseur de première force.
Extrait de l'introduction
Chacune et chacun conviendra, je pense, que la sexualité n'est pas un détail dans la vie des humains. Sans aller nécessairement jusqu'à y voir le centre, ou même la clé, de notre existence, il nous faut avouer qu'elle occupe une part non négligeable de nos pensées, et commande même une large part de notre biographie. Le souci sexuel, j'entends, le désir sexuel et la recherche des conditions de son éventuelle satisfaction, est comme une note, plus ou moins discordante, plus ou moins obsédante, dans le concert mental, et chacune et chacun se trouve avoir ou avoir eu à faire avec, à la soutenir en s'inventant jour après jour les voies menant à la satisfaction, ou à trouver comment la faire s'éteindre. Papillonnage, séduction compulsive, mariage fidèle, mariage infidèle, chasteté voulue ou consentie, autant de manières de vivre ce qu'on appelle la sexualité. Et c'est ce vivre-là qui, d'une certaine façon, structure tout le reste de l'existence d'un homme (ou d'une femme).
Si ce qui précède est vrai, alors il est bien évident qu'une éthique, quelle qu'elle soit et dès lors qu'elle se revendique comme telle, se trouve dans l'obligation d'aborder directement cet objet, qui appartient de plein droit et peut-être prioritairement à son champ d'investigation. Si l'éthique a pour tâche de chercher la formule de la vie bonne, la droite règle de vie, et d'indiquer, par conseils ou commandements, les plus sûrs moyens d'y atteindre, alors aucune éthique ne peut faire l'impasse sur la sexualité. Et l'usager de toute éthique déjà historiquement constituée - stoïcisme, épicurisme, christianisme ou autre - est entièrement fondé à poser la question à chacune : qu'as-tu à me dire de la, de ma sexualité ? que dois-je en faire ? comment dois-je la vivre ? Fondé aussi, à supposer que l'éthique réponde, à exiger d'elle ses raisons.
Répondent-elles ? Certaines : Lucrèce est, sur ce point, l'un des plus diserts '. Dans son De rerum natura il dit ce que sont le désir, le coït et l'amour, il prône aux hommes la satisfaction simple et rapide avec les Vénus de carrefour pour éviter l'amour. Mais Thomas d'Aquin lui aussi est disert : l'éthique chrétienne, sous le nom de theologia moralis, a sa théorie de «l'acte de chair», trace strictement le cadre où il peut et doit s'exercer, par quelles voies, dans quel but, et invente son sacrement du mariage. D'autres éthiques, en revanche, sont presque muettes quant au sexe, et, laissant leur lecteur sur sa faim, le livreraient à la plus grande incertitude quant à la conduite de sa vie s'il décidait de se confier à elles.
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