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Auteur : Alexandre de Vitry
Date de saisie : 25/10/2011
Genre : Littérature, essais
Editeur : Carnets nord, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 9782355360527
GENCOD : 9782355360527
Sorti le : 15/09/2011
Mars 2010, Fabrice Luchini lit Philippe Muray. Ou comment passer du statut d'artiste confidentiel à celui d'écrivain en vogue qu'on cite dans les dîners parisiens. Mais le Philippe Muray qu'on décrit comme un pamphlétaire ne donne qu'une image grossièrement simplifiée de cet écrivain : au-delà des «billets d'humeur» les plus connus, il a en effet légué une oeuvre complexe, marquée par sa vision grinçante - mais libératrice - de l'individu et de la société.
En s'appuyant sur le grand-oeuvre de Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges, cette véritable petite encyclopédie plonge le lecteur dans les coulisses de son écriture, pour découvrir comment il invente une nouvelle manière de dépeindre l'homme moderne - et comment l'écrivain Muray s'invente à travers la lecture de ses prédécesseurs.
Entre rire et désillusion, comique et tragique, c'est un personnage riche d'infinies contradictions dont on découvre ici le portrait.
Philippe Muray, né en 1945, est mort en 2006.
Alexandre de Vitry a travaillé sur les oeuvres de Philippe Muray et de Charles Péguy. L'invention de Philippe Muray est son premier ouvrage.
Pamphlétaire talentueux, Philippe Muray est aussi un écrivain qu'Alexandre de Vitry s'attache à révéler...
On sait, depuis Luchini, que Muray est rigolo. Il ne faut pas gâcher son plaisir et renoncer à savourer ses moqueries assassines sur les bobos idiots, les écolos navrants et les socialos sans cervelle. La qualité de ses calembours reste inestimable et l'on attendra longtemps avant que les sociologies contemporaines de la vie quotidienne forgent des concepts aussi puissants que "les mutins de Panurge", "l'envie du pénal" ou encore cette forte remarque que "nuit blanche gravement à la santé"...
Il était temps de faire savoir que Muray n'est pas drôle tous les jours et que c'est une raison supplémentaire pour le lire.
Vies parallèles de Philippe Muray
Aussitôt après nous commence le monde que nous avons nommé, que nous ne cesserons pas de nommer le monde moderne. Le monde qui fait le malin. [...] Le monde de ceux qui font le malin. Le monde de ceux qui ne sont pas des dupes, des imbéciles. Comme nous.
Charles Péguy, Notre Jeunesse
Le 9 novembre 1989, le Mur de Berlin s'écroule, dans une liesse planétaire. Serait-elle enfin advenue, la «fin de l'Histoire», cette dissolution radieuse du dernier grand antagonisme idéologique, telle que l'a décrite le philosophe Francis Fukuyama, dès l'été précédent, dans un article resté célèbre ? Plus de guerre froide, place à la démocratie libérale pour tous ? Plus d'éreintante dialectique, place à la plénitude ?
Mais de quoi peut bien parler Philippe Muray, quand il écrit, en 1991 : «Ce monde est plein de réunifications moins commentées, plus discrètes que celle de RFA-RDA, mais tout aussi chargées d'avenir» ? Nous serions-nous trompés de réunification ? Aurions-nous visé à côté ? Braquons donc le projecteur sur un autre événement, survenu quelques mois auparavant, toujours en 1989. Un événement aux apparences infiniment plus anodines, dérisoires, un non-événement. Une ère s'y inaugure, pourtant, dans un registre tout à fait différent. Une «fin de l'Histoire» d'un autre genre s'y amorce. Cette scène se joue, elle aussi, à Berlin. Première d'une longue série répétitive, se prolongeant jusqu'à nous dans son rythme annuel obsédant. Le premier «nymphéa» de Monet, répétant à l'avance tous les nymphéas à venir, comme disait Péguy dans Clio. Le premier nymphéa qui est aussi le dernier, parce que lui seul compte, lui seul contient en lui-même chacun des nymphéas suivants. En 1989, à Berlin, se tient la première Love Parade. L'Histoire est terminée, la fin de l'Histoire peut commencer, et continuer indéfiniment de se répéter elle-même. Place à la fête perpétuelle de l'itératif.
Bien sûr, le Mur est tombé, cela n'a échappé à personne. Et tout le communisme européen avec lui. Mais sur ces décombres fumants, autre chose s'est joué que la seule réunification des deux Allemagne. Un autre roman se nouait. Muray a la fâcheuse manie de changer de focale, d'attirer l'attention sur des phénomènes dont personne n'aurait considéré, avant lui, sans lui, qu'ils importaient autrement qu'au titre de divertissantes anecdotes. 1989, chute du Mur ? Première Love Parade. Échec de la dictature, triomphe de la démocratie ? Certes, mais que dire des embrassades sur le Mur effondré, de l'effusion générale et vibrante, de tous ces inconnus tombant dans les bras d'autres inconnus, encouragés par la musique de Rostropovitch, venu les soutenir de son violoncelle, devant les caméras du monde entier ? N'assisterait-on pas déjà, ce 9 novembre 1989, à une deuxième Love Parade ? «Ce qui m'a le plus frappé, quand s'effondra le Mur de Berlin, ce fut cette jeune femme accourue pour sanctifier l'événement en accouchant, là, sur place, au milieu de la foule en liesse», écrit encore Muray. L'événement historique supplanté par une fête de la procréation ? La fin du communisme diluée dans l'avènement de l'ère hyper-festive ? Et même reléguée à la seconde place, réduite à n'être qu'une ré-inauguration, un duplicata du véritable «événement» survenu quelques mois auparavant ?
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