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.. Le silence ne sera qu'un souvenir

Couverture du livre Le silence ne sera qu'un souvenir

Auteur : Laurence Vilaine

Date de saisie : 29/12/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gaïa, Monfort-en-Chalosse, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 9782847202038

GENCOD : 9782847202038

Sorti le : 17/08/2011

Rongé par le remord, le vieux Miklaus ne parvient pas à trouver le repos; alors du fond de sa tombe il prend le lecteur à témoin et livre sa confession en racontant la vie quotidienne du camp tsigane de Suppava en Tchécoslovaquie entre la seconde guerre mondiale et la chute du Mur de Berlin.
Dans son testament, il évoque la belle Chnepki, anéantie par le viol commis par les nazis avant que sa rencontre avec Lubko, le gadjo blond accepté par les roms ne lui redonne le sourire avant que le malheur ne les rattrape. Il raconte les relations dramatiques entre Lubko et sa fille et avoue sa lâcheté lorsqu'il se refuse à divulguer la vérité sur les origines du petit Dilino, l'enfant blond du camp souffre-douleur de ses pairs.
A travers les aveux de Miklaus, c'est l'histoire de toute une communauté, celles des Tsiganes, qui se déroule sur tout le vingtième siècle, dans un récit poignant


Le vieux Miklus, sorte de patriarche, est respecté du clan rom installé sur une rive du beau Danube. Il choisit le prétexte d'une rencontre avec un journaliste à l'occasion des vingt ans de la chute du Mur pour enfin parler, hurler, prendre à témoins, confesser un lourd secret qu'il a toujours tu, qui pèse sur sa conscience comme sur sa communauté. A travers une série de portraits, Chnepki la Vieille à la voix d'ange qu'elle a maintenant perdue pour s'isoler et sombrer dans une folie dangereuse et destructive, Lubko le gadjé violoniste virtuose et sculpteur de marionnettes adopté par le groupe, Maruska sa fille adorée, Dilino l'enfant différent et exclus, l'histoire des Roms communauté solidaire ou non, où la solitude comme l'intimité sont absentes, toujours repoussée voire opprimée est décrite sans angélisme. A travers ces trajectoires dramatiques, l'oppression explicite ou non est dépeinte. Constamment en évolution et omniprésente, elle pèse de tout son poids sur le destin individuel et collectif en niant la différence et ignorant l'histoire singulière de la communauté Rom. Ce premier roman assez terrible réussit parfaitement à immerger le lecteur au sein d'une communauté hélas toujours au coeur de l'actualité !


  • Le courrier des auteurs : 08/11/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Le saurai-je un jour ?

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Le poids du passé qui peut empêcher de marcher droit (et le dos droit).
Et le silence sur ce passé qui rend le fardeau plus lourd encore.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Une tache d'encre, c'est à cela que ressemble ce bout de ciel, de l'encre noire qu'une main pressée aurait tamponnée d'un buvard, maladroite et agacée par sa maladresse, laissant des traînées de nuées grises, comme si, à vouloir aller trop vite, cette main avait mal essuyé le ciel".

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Le chant du "chnep" (un petit oiseau) qui briserait le silence.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
L'émotion, que j'ai ressentie à écrire ce roman. Le frisson, qui nous dit qu'on est vivant.


  • Les présentations des éditeurs : 22/09/2011

Le vieux Mikluš se déciderait-il à parler ? Rongé par le remords d'avoir gardé le silence, il s'en remet à un journaliste venu à l'occasion des vingt ans de la chute du Mur de Berlin, et raconte les siens, cette communauté rom installée sur une rive slovaque du Danube.

Dilino est le souffre-douleur de la bande, parce qu'il est différent avec son air de gadjo. Il ignore qui est cette femme qui s'occupe parfois de lui. «La Vieille» s'appelait Chnepki et avait une voix d'ange. Elle fut brisée en plein vol un matin de 1942 et réduite au silence des années durant. Jusqu'au jour où apparut Lubko, le sculpteur de marionnettes qui jouait du violon comme un Tsigane.

À l'heure où de plus en plus de crânes rasés tapissent la ville de croix gammées, Mikluš éclaire ces existences opprimées, révèle les non-dits. Et balaie les étiquettes pour laisser surgir les visages.

Laurence Vilaine est née en 1965. Après des études d'anglais et plusieurs séjours à l'étranger, elle se consacre à des travaux journalistiques. Rédactrice pour différents supports de communication, elle est aussi auteur de guides de voyage et de documentaires. Laurence Vilaine vit à Nantes.
Le silence ne sera qu'un souvenir est son premier roman.



  • La revue de presse Christine Ferniot - Lire, novembre 2011

Un vieil homme révèle à un journaliste venu à l'occasion des vingt ans de la chute du Mur de Berlin la réalité violente vécue par la communauté Rom...
Laurence Vilaine est journaliste, auteur de guides de voyage mais, dans sa première fiction, elle refuse la neutralité et ne fait pas de quartier en jetant au visage de ses lecteurs ces persécutions infinies, ce délit de sale gueule qui prend aujourd'hui des formes sournoises. Par ses mots, sa poésie sombre, ses interpellations, elle recompose les silhouettes, offre des visages précis à ces ombres qu'on rejette.


  • Les courts extraits de livres : 22/09/2011

Que m'aurait-il fallu ? Un coup de pied aux fesses ou un couteau sous la gorge ? Une échelle ou une pioche auraient fait l'affaire, mais le mur était plus haut que l'Elbrouz et j'ai baissé les bras ; j'ai préféré tendre la pelle au fossoyeur pour qu'il m'enterre. Après avoir creusé le minimum nécessaire, il m'a descendu avec précaution, sans secousses et en ne dérangeant rien de la quiétude souterraine, ce qui m'a bien plu, cette idée de laisser chaque chose à sa place et chacun vaquer à ses affaires, le lombric à sa gymnastique et le pissenlit à ses racines, la mort à ses secrets. Puis il m'a enseveli comme il se doit, ce que j'attendais car cela justifiait enfin que je me taise, on ne parle pas la bouche pleine de terre, et je serais ainsi pardonné, libéré par cette bénédiction des vivants qui poursuivraient leur route en se disant «ma foi, c'était un bon bougre», et peut-être même «il nous manquera». Mais mon scénario avait oublié l'essentiel, la liberté qu'on ne gagne pas à simplement disparaître.
Je m'appelle Mikluš et je suis un truand. Aucun crime ne pèse sur ma conscience, mais mon délit ne mérite pas plus légère sentence que celui d'un tueur à gages. Je suis un malfrat de première classe, un vieux corsaire repenti sans navire, qui, honteux de son butin, a choisi de l'enfouir dans le sable avant de disparaître - en prenant soin de rouler la carte au trésor dans une bouteille, mais échouant à la jeter à la mer ; ce qui revient à porter un masque le reste de votre vie en espérant secrètement qu'un jour heureux de carnaval une main se hasarde à le lever et vous sauve. Personne n'a jamais débusqué la honte qui me ronge, et j'ai été trop lâche pour la regarder en face.
N'essayez pas de mettre un visage sur ma voix, je n'en ai plus, rongé par les vers, ce que vous penserez sans doute vous qui ne savez rien de la mort. Mais qu'importe. Une mauvaise grippe m'a finalement emporté, un méchant coup de froid vous expliqueraient les miens qui, escomptant chasser le mauvais oeil, m'ont patiemment veillé pendant dix jours et dix nuits. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que leurs incantations étaient inutiles puisque j'avais déjà décidé de mon sort, un privilège du grand âge sans doute que d'avoir le choix entre la vie et la mon : ou bien je restais encore un peu debout, mais je m'imposais de briser enfin le silence ; ou bien je choisissais de me taire et c'était pour toujours. Le courage m'a manqué, le «pour toujours» l'a emporté.


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