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.. La tourmente

Couverture du livre La tourmente

Auteur : Vladimir Sorokine

Traducteur : Anne Coldefy-Faucard

Date de saisie : 31/08/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Verdier, Lagrasse, France

Collection : Poustiaki

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 9782864326571

GENCOD : 9782864326571

Sorti le : 22/09/2011

  • Les présentations des éditeurs : 01/09/2011

Tirée par cinquante mini-chevaux, une trottinette des neiges emporte vers un village frappé par une épidémie un médecin qui rappelle fortement le Boulgakov des Carnets d'un jeune médecin. Elle est conduite par le «Graillonneux», livreur de pain de son état, incarnation touchante et presque caricaturale du moujik.
Le couple classique de la littérature russe - le peuple et son élite, la seconde voulant éternellement faire le bonheur du premier et faisant son éternel malheur - se trouve à nouveau réuni, fonçant à travers l'espace et le temps dans ce curieux véhicule, version sorokinienne de la célèbre troïka de Gogol. «Russie, où cours-tu donc ?» demandait l'auteur des Ames mortes au début du XIXe siècle. Vladimir Sorokine pose à son tour la question des destinées d'une Russie lancée à fond de train sur un chemin qui semble s'étirer par-delà l'horizon. Mais cette fois, la route est presque inexistante, invisible, effacée par la tourmente qui se déchaîne.

Né en 1955, Vladimir Sorokine est un des écrivains majeurs de la littérature russe contemporaine. Après Roman, il poursuit dans La Tourmente son interrogation sur la tradition littéraire dont il est issu, et continue de s'imposer comme un éblouissant styliste.


  • Les courts extraits de livres : 01/09/2011

«Comprenez donc, je dois absolument partir ! lança Platon Ilitch avec humeur, en levant les bras au ciel. Des malades m'attendent ! Des ma-la-des ! Une épidémie ! Ce mot ne vous dit rien ?»
Le maître de poste pressa ses poings contre sa douillette en blaireau et, se penchant en avant :
«Comment qu'ça nous dirait rien, mon bon Monsieur ? Comment qu'on comprendrait pas ? Faut qu'vous y alliez, mon bon Monsieur, je l'saisis bien, sauf vot' respect ! Mais c'est qu'j'ai point d'chevaux et qu'j'en aurai point avant d'main !
- Pas de chevaux ? ! s'écria Platon Ilitch, hargneux. A quoi sert votre relais, alors ?
- Il sert que... que tous les ch'vaux sont sortis et qu'j'en ai plus un seul ! répéta le maître de poste d'une voix forte, à croire qu'il parlait à un sourd : P't'êt' qu'y aura un miracle dans la soirée et qu'ceux d'la poste débouleront ?... Seul'ment, vous dire quand...»
Platon Ilitch ôta son pince-nez et, de ses yeux gonflés, fixa son interlocuteur comme s'il le voyait pour la première fois :
«Comprenez-vous, mon bon, que là-bas, des gens meurent ?»
Le maître de poste desserra les poings, tendit les mains vers le docteur. On eût dit qu'il lui demandait l'aumône :
«Comment qu'on comprendrait pas ? Pourquoi donc qu'on comprendrait pas ? D'braves orthodoxes sont en train d'rend' l'âme ! Un grand malheur... Comment qu'on comprendrait pas ? Mais r'gardez-don' par la f'nêtre c'qui s'passe là dehors !»
Platon Ilitch rechaussa son pince-nez et son regard se porta machinalement vers la vitre engivrée, derrière laquelle il semblait impossible de distinguer quoi que ce fût. De l'autre côté du fenestron, il n'y avait qu'un jour d'hiver morose.


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