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.. Messe de saint Grégoire : oeuvre anonyme, Mexique, XVIe siècle

Couverture du livre Messe de saint Grégoire : oeuvre anonyme, Mexique, XVIe siècle

Auteur : Dominique de Courcelles | Claude Louis-Combet | Philippe Malgouyres

Date de saisie : 04/09/2011

Genre : Arts

Editeur : Ophrys, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 9782708013155

GENCOD : 9782708013155

Sorti le : 26/08/2011

  • Les présentations des éditeurs : 04/09/2011

Le musée des Jacobins, à Auch (Gers), conserve une pièce aussi rarissime que belle : une mosaïque de plumes réalisée au Mexique en 1539, dix-huit ans après la chute de Tenochtitlán (Mexico), par des artistes locaux selon des techniques ancestrales aztèques, mais sous la direction de moines franciscains. L'oeuvre représente la Messe de saint Grégoire : au Vie siècle, au cours d'une messe célébrée à Rome par le pape Grégoire le Grand, les assistants eurent la vision du Christ entouré des instruments de la Passion et versant le sang de sa plaie dans le calice de l'Eucharistie.

L'oeuvre est ici analysée par un écrivain - romancier et essayiste -, Claude Louis-Combet ; par une philosophe, Dominique de Courcelles, directeur de recherche au CNRS et membre du Collège international de philosophie et par un historien de l'art, Philippe Malgouyres, conservateur au département des Objets d'art du musée du Louvre.


  • Les courts extraits de livres : 04/09/2011

PHILIPPE MALGOUYRES

Probatio pennae
Un Credo en amantecáyotl

Si la foi déplace les montagnes, l'incrédulité engendre les miracles. Elle contraint l'invisible à se manifester et à mettre sous les yeux de la chair ce qui est réservé au seul regard de la foil. Les nombreux prodiges qui manifestent la présence réelle du Christ dans le pain et le vin consacrés témoignent autant de la centralité de ce dogme que des difficultés à y croire.
Saint Grégoire fut l'acteur de l'un de ces miracles. Une femme, qui avait coutume d'offrir au pontife le pain pour la messe, sourit au moment de recevoir la communion. Sur le champ, le pape lui refusa l'hostie, qu'il reposa sur l'autel et demanda à la femme d'expliquer ce rire sacrilège. Elle répondit qu'ayant elle-même fabriqué ce pain, il ne pouvait être la chair du Christ. Saint Grégoire se mit alors en prière pour la conversion de cette femme et le fragment de pain se changea en un doigt de chair. La femme fut convaincue, la chair reprit l'apparence du pain, et la fidèle reçut la communion. Cette histoire, diffusée par Jean Hymmonides dit le Diacre dans sa Vita sancti Gregorii Magni et encore rapportée telle quelle dans la Légende dorée au XIIIe siècle, servit de base pour élaborer ce que nous nommons la «Messe de saint Grégoire», si fréquemment montrée dans la peinture et la gravure à la fin du Moyen Age. Cependant, l'épisode que nous connaissons sous ce nom diffère substantiellement de cette histoire. On y voit le pontife célébrant la messe, parfois au moment de l'élévation : le Christ lui apparaît sur l'autel, montrant ses plaies et entouré des instruments de la Passion. Cette image s'est construite autour d'une icône byzantine en mosaïque conservée depuis la fin du XIVe siècle dans la basilique Santa Croce in Gerusalemme à Rome. Elle fut rapportée du Sinaï par Raimondo Orsini del Balzo, comte de Lecce, qui lui donna un cadre d'argent portant ses armes. Selon Hans Belting, les Chartreux responsables de ce sanctuaire, dans un désir de rivaliser avec d'autres icônes miraculeuses visitées par les pèlerins, auraient promu cette icône en y reconnaissant celle commandée par saint Grégoire et reproduisant sa vision. Au même moment, il est aussi question, dans un guide destiné aux pèlerins, d'un autel dans l'église Santa Prisca où le Christ ressuscité serait apparu au même pontife. On voit les éléments de cette iconographie nouvelle se mettre en place autour de 1400, pour illustrer la réalité absolue du sacrifice eucharistique. Le puissant raccourci dogmatique, la force affective de l'image, exemplifiée par la surprise du pape, lui valurent une extraordinaire popularité, avec un grand luxe de variantes. C'est souvent le Christ ressuscité, montrant la plaie de son côté, qui bondit joyeusement sur l'autel. D'autres compositions, jusqu'au début du XVIe siècle, se souviennent en revanche de l'icône byzantine, qui montre le Christ portant les stigmates, prostré, dans un état de profonde déréliction. Cette puissante image de l'ultime humiliation (Akra Tapeinosis) porte l'inscription : O Basileus tès doxès, «Le Roi de gloire», conformément à l'emploi du mot doxa dans la traduction des Septante pour rendre l'hébreu kâbôd.


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