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.. Simone de Beauvoir et les femmes aujourd'hui

Couverture du livre Simone de Beauvoir et les femmes aujourd'hui

Auteur : Claudine Monteil

Date de saisie : 04/09/2011

Genre : Sociologie, Société

Editeur : Odile Jacob, Paris, France

Collection : Documents

Prix : 22.90 € / 150.21 F

ISBN : 9782738126702

GENCOD : 9782738126702

Sorti le : 29/08/2011

  • Les présentations des éditeurs : 05/10/2011

Signataire en 1971 du Manifeste des 343 en faveur de l'avortement libre, Claudine Monteil a eu la chance de militer aux côtés de Simone de Beauvoir pour les droits des femmes.

S'adressant à celle quelle a si bien connue, elle fait le point sur la marche des femmes vers plus d'autonomie et un plus grand épanouissement dans un monde plus juste.

Croire en son talent, en sa force : n'est-ce pas ce qui compte plus que jamais ? C'est en tout cas le message que distillent les portraits et les parcours que propose ici Claudine Monteil, ceux de femmes d'Europe, d'Inde, d'Afrique ou des États-Unis, agricultrices ou entrepreneures, charcutières ou diplomates, artistes ou médecins, femmes de pêcheurs ou scientifiques, qui révèlent ce qu'être femme veut dire soixante ans après la publication du Deuxième Sexe.

Claudine Monteil

Historienne et biographe, Claudine Monteil a notamment publié Les Amants de la liberté. Sartre et Beauvoir dans le siècle et Les Soeurs Beauvoir.


  • Les courts extraits de livres : 05/10/2011

Paris, le mercredi 28 octobre 2009

Chère Simone,

Un vent froid souffle sur la rue Schoelcher, balayant les feuilles des arbres du cimetière Montparnasse. Elles volent, virevoltent jusqu'aux volets bleu-gris égratignés de votre appartement. Les voitures passent à toute allure devant vos fenêtres mal entretenues, sans ralentir devant la plaque portant votre nom. C'est là, sous cette plaque qui n'existait pas alors, que je parcourais, tremblante, d'un pas rapide et nerveux le trottoir du 11 bis. C'est là que je scrutais avec ma montre d'étudiante l'heure qui me permettrait de sonner à votre porte du rez-de-chaussée, bloquée entre la loge de la concierge et la cage de l'ascenseur.
Dans quelques jours, soixante années se seront écoulées depuis la publication du Deuxième Sexe et donc depuis ma naissance. A mon tour, je serai cette vieille dame que je vous croyais être le jour de notre première rencontre, en 1970. Vous n'entriez pourtant que dans votre soixante-troisième année.
Je vous demande d'excuser cette réflexion sur votre âge d'alors. Je venais de fêter mes 20 ans. Les lendemains de Mai 68 nous accablaient de leur lot de désillusions et de rêves interrompus. L'air était à la révolte des jeunes femmes devant ce mur insupportable érigé depuis des siècles qui nous encerclait dans une ségrégation tolérée, plus sournois que le mur de Berlin, celui des hommes.
Lorsque vous avez ouvert la porte ce jour-là, ce n'est pas une vieille dame que j'ai découverte. Devant moi se tenait une femme d'une beauté à couper le souffle et d'une vitalité qui ne tarderait pas à épuiser la jeune étudiante enthousiaste que j'étais. Entre vous et moi, quarante-deux ans de différence, deux générations, se sont évanouis en quelques instants.
Aujourd'hui, c'est à mon tour d'être une dame d'un âge certain. Virevoltante. Enthousiaste. Débordée de projets. Rieuse. En vie. Parfois, des jeunes gens bondissent à ma vue dans le métro et m'offrent leur siège. Non, je ne suis pas vieille, ai-je envie de leur dire en m'asseyant, souriante et pourtant soulagée de ne pas rester debout parmi la foule. Comme vous êtes dans mes pensées ! Vous l'avez toujours été, vous le savez bien, votre force m'habite, me nourrit le matin au réveil et par-delà les heures qui passent. Parfois, vous êtes si présente que j'ai envie de prononcer votre nom à voix haute pour que nos droits ne soient pas étouffés. Je vois le monde à travers vous, épaule contre épaule. Vous m'avez tant appris, tant donné durant seize années et vous me manquez. J'ai envie de reprendre cette conversation interrompue voici vingt-trois ans, en 1986, lorsque vous êtes partie rejoindre Sartre à Montparnasse. Comme lui, vous avez traversé la rue, et aujourd'hui mon immeuble regarde le cimetière où vous reposez.


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