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Auteur : Akram Belkaïd
Date de saisie : 05/09/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Carnets nord, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782355360510
GENCOD : 9782355360510
Sorti le : 22/09/2011
Jusqu'en janvier 2011, être arabe, c'était, entre autres, se sentir humilié par ses dirigeants, impuissant à peser sur révolution de son propre pays. Depuis la chute de Ben Ali et de Moubarak, c'est réaliser que la dictature et la corruption ne sont pas une fatalité. Mais rien n'est si simple dans cette revendication légitime du «droit aux droits». Et le Printemps arabe n'a rien d'une «révolution de jasmin», ni d'une carte postale exotique en forme de «happening». Tout reste à faire.
À rebours des idées reçues, Akram Belkaïd dresse un portrait sans concessions de ce «nouveau» monde arabe, qui doit encore affronter des questions essentielles â sa reconstruction : quelle est désormais la place réelle de l'islamisme dans ces sociétés ? L'économie sera-t-elle un tremplin ou un frein au développement politique dans un ensemble qui compte 300 millions d'individus et où 1 arabe sur 5 vit en dessous du seuil de pauvreté (monarchies du Golf comprises) ? En quoi la condition de la femme peut-elle vraiment changer alors que le géant du pétrole, l'Arabie Saoudite interdit encore aux femmes de conduire ? Les relations entre l'Occident et le monde arabe vont-elles évoluer vers moins d'antagonisme ? Et surtout, la démocratie peut-elle émerger dans ce contexte aux réalités multiples, des émirats du Golfe aux banlieues de Tunis ?
Plus qu'un document analytique, c'est un véritable carnet de route personnel que nous propose ce journaliste algérien, de mère tunisienne, exilé en France et grand spécialiste des questions du monde arabe. Un témoignage accessible, vivant et une immersion géopolitique passionnante dans les coulisses d'un vaste ensemble, en pleine mutation.
Akram Belkaïd est journaliste et essayiste, spécialiste du monde arabe, des questions énergétiques et d'économie internationale. Il a travaillé près de quinze ans au quotidien économique La Tribune et collabore actuellement à SlateAfrique, au Monde diplomatique, Géo, Afrique Magazine et au Quotidien d'Oran. Il est l'auteur de À la rencontre du Maghreb (Éditions La Découverte-IMA) et de Un regard calme sur l'Algérie (Éditions du Seuil).
Le réveil, enfin !
«Maintenant dégage ! J'ai le bras qui fatigue.»
Pancarte brandie place al-Tahrir, au Caire.
Quand les peuples se lèvent...
Avant d'analyser les causes et les enjeux du Printemps arabe, je souhaite d'abord retracer les grands moments des révolutions tunisienne et égyptienne. Je le concède aisément, c'est une manière quelque peu nostalgique de revivre une période d'exaltation générale qui a vu tous les peuples arabes plonger dans une euphorie inégalée et vivre des moments de bonheur d'une rare intensité. Quatre dates méritent ainsi de figurer dans la grande Histoire contemporaine de ces peuples. La première, sûrement la plus emblématique, est celle du 17 décembre 2010. Ce jour-là, à Sidi Bouzid, une petite ville dans le centre rural de la Tunisie, Mohamed Bouazizi, un chômeur de 26 ans, commet un acte désespéré. Vendeur ambulant de fruits et légumes pour faire vivre mère, soeurs et frères, il s'immole par le feu devant le siège du gouvernorat - l'équivalent d'une Préfecture française -pour protester contre les tracasseries et humiliations que lui infligent presque quotidiennement les policiers. Ce geste d'autodestruction, peu fréquent en terre musulmane, choque les Tunisiens dont une bonne partie est informée par des bloggeurs faisant circuler sur Internet les images de la charrette à moitié calcinée. L'indignation et le traumatisme sont tels qu'ils entraînent immédiatement des manifestations de colère dans tout le pays. Tous les Tunisiens se sentent solidaires de cet homme forcé de commettre l'irréparable par un système inique qu'ils ne supportent plus.
Le second grand moment des révolutions arabes a lieu le vendredi 14 janvier 2011, jour où le président Zine el-Abidine Ben Ali quitte son pays avec une partie de ses proches, abandonnant un pouvoir détenu sans partage durant plus de vingt-trois années. Avec cette fuite, inconcevable à peine deux jours auparavant, la révolution tunisienne, née du sacrifice de Bouazizi, triomphe de façon fulgurante. En quelques jours, elle s'étend à tout le monde arabe, embrasant l'Égypte, le Yémen et Bahreïn avant de gagner la Libye et la Syrie. Ce qui paraissait impossible s'est finalement produit : le petit Big Brother de Carthage, ce tyran craint par tous et soutenu par l'Occident, est tombé.
Puis vient le 25 janvier 2011. En Égypte, une poignée de cyberactivistes appelle à prendre exemple sur les Tunisiens et à se rassembler pour un «jour de la colère» contre le régime du président Hosni Moubarak. Voilà déjà plusieurs jours que d'autres Égyptiens (au moins cinq) imitent Mohamed Bouazizi en s'immolant par le feu, estimant que c'est le seul moyen qui leur reste pour dénoncer une dictature qui ne leur offre ni libertés ni perspectives d'avenir.
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