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.. La nuit du papillon d'or

Couverture du livre La nuit du papillon d'or

Auteur : Tariq Ali

Traducteur : Dominique Goy-Blanquet

Date de saisie : 06/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Sabine Wespieser éditeur, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 9782848051031

GENCOD : 9782848051031

Sorti le : 06/10/2011

  • Les présentations des éditeurs : 29/09/2011

De beau matin, le téléphone sonne chez Dara, le narrateur, écrivain installé à Londres : son ami de jeunesse, à qui il confiait ses espérances politiques mais aussi ses secrets d'alcôve, le tire du sommeil pour lui rappeler une vieille dette d'honneur. Plus de quarante ans se sont écoulés depuis leurs années soixante à Lahore, et Platon, devenu un peintre célèbre et controversé, veut que Dara écrive sa vie.
Dara tire aussitôt prétexte de cette biographie de commande pour partir sur les traces de ses condisciples d'alors, avec qui il militait clandestinement. Dispersés à travers le monde, ils ont emprunté des voies fort divergentes. Mais tous - le chirurgien républicain comme le combattant maoïste - vont finir par se retrouver au pays natal pour le dévoilement du grand oeuvre de Platon : une toile gigantesque intitulée «Les Quatre Cancers de Terrepatrie» - l'Amérique, les militaires, les mollahs et la corruption.
Car il est question, dans ce roman résolument contemporain, du Pakistan d'aujourd'hui (jamais nommé), dont Tariq Ali brosse un portrait dévastateur, mais pour des raisons qui ne sont pas forcément celles qu'invoque le discours occidental. Témoin la pseudo- victime de l'islam devenue la coqueluche des médias français que met en scène l'écrivain.
Si le regard de Tariq Ali est acéré, celui-ci reste un formidable conteur. Quand il dénonce le féodalisme, c'est à travers le personnage de la belle Zaynab, la compagne de Platon, qui jeune fille a été mariée au Coran... pour éviter que le patrimoine familial ne soit dilapidé. Et l'histoire d'amour de Dara avec Jindié, le «Papillon d'or» du titre, tient le lecteur en haleine tout au long du roman.
On retrouve bien, dans cet éblouissant cinquième volet du Quintet de l'islam, Tariq Ali tel qu'en lui-même : drôle, imaginatif, intelligent, satirique et diablement informé.

TARIQ ALI est né à Lahore en 1943. Figure prépondérante de l'extrême gauche antilibérale au Royaume-Uni, il est l'auteur d'essais politiques et historiques ainsi que de deux cycles romanesques. Editeur à Londres, il écrit également pour le théâtre, le cinéma et la télévision.


  • Les courts extraits de livres : 29/09/2011

Il y a quarante-cinq ans, à l'époque où je vivais à Lahore, j'avais un ami plus âgé que moi nommé Platon qui me fit un jour une faveur. Dans un accès de générosité juvénile, je promis de la lui rendre avec intérêt si un jour, n'importe quand, il avait besoin de mon aide. Platon enseignait les mathématiques dans une école huppée mais il détestait certains de ses élèves, ceux qui d'après lui n'étaient là que pour apprendre les beaux-arts de la débauche. Et ce Platon-là étant du Pendjab, il me demanda si je pourrais lui rembourser son aide avec des intérêts composés. Comme un idiot, j'ai accepté.
J'étais amoureux, au grand agacement de Platon. A ses yeux l'amour était juste une excuse pour la lubricité juvénile, et de par sa nature, ne saurait en aucun cas être éternel. Une amitié chaste avait bien plus de prix et pouvait durer toute une vie. N'étant pas d'humeur à ce moment-là pour ce genre de philosophie, j'aurais signé n'importe quel papier qu'il aurait posé devant moi.
Pour un homme dont les jugements étaient d'habitude fermes et clairs, les antipathies de Platon étaient souvent irrationnelles, et la frontière séparant son ironie de sa haine toujours floue. Par exemple, il pouvait s'offusquer gravement de voir des élèves accrocher leur stylo à la poche extérieure de leur chemise en nylon pendant les mois d'été. Quand on lui demandait pourquoi, il ne réagissait pas, mais quand on insistait il marmonnait que si c'étaient là toutes leurs valeurs esthétiques dans la fleur et la flamme de leur jeunesse, il tremblait à l'idée de celles qu'ils adopteraient en vieillissant. Même si ce trait n'en donne pas un très bon exemple, c'est son esprit qui vous attirait en premier lieu, bien avant qu'il ne devienne un peintre renommé.
Une fois, un de nos amis qui venait d'obtenir sa licence et d'être affecté aux Affaires étrangères, vint s'asseoir à notre table, et aussitôt Platon ouvrit le feu : «Je vais changer de nom et prendre celui de Diogène, comme ça je pourrai allumer une lanterne en plein jour et partir à la recherche de fonctionnaires honnêtes.» Personne ne rit, et Platon, habitué à être le héros de chaque conversation, nous quitta un moment ; la cible de sa flèche nous demanda comment nous pouvions fréquenter un être aussi abject. Tout le monde se retourna contre lui : comment osait-il tenir de tels propos, alors que nous avions pris sa défense ? Et de toute façon, murmura mon ami Zahid, Platon valait bien dix diplomates gitons de son espèce. Encore quelques remarques du même tonneau, et les chiffres grimpèrent rapidement jusqu'à «au moins cent diplomates catamites et fanfarons comme lui». Cette saillie le mit hors de combat. Platon reparut alors et passa le reste de l'après-midi assis, pensif, tiraillant sa moustache noire à intervalles réguliers, toujours chez lui un signe de colère.


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