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.. Le Juif de service

Couverture du livre Le Juif de service

Auteur : Maxim Biller

Traducteur : Olivier Mannoni

Date de saisie : 14/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 9782879297583

GENCOD : 9782879297583

Sorti le : 01/09/2011

  • Les présentations des éditeurs : 01/10/2011

«- Je suis censé écrire "Cent lignes de haine" depuis New York, la capitale du judaïsme mondial ? dis-je. Je me plairais bien, là-bas. Ils sont tous comme moi.
Il rit de nouveau, mais cette fois son rire ne me plut pas.
- Dans ce cas il faut que tu restes ici, dit-il.
- Volontiers, dis-je, oubliant que mon seul et unique souhait était de devenir écrivain. Mille marks par chronique, ça va ? Nouvelle erreur. Au lieu de disparaître dans le monde parallèle clair et cosmopolite entre l'East River et l'Hudson, où personne ne me demanderait jamais pourquoi je suis toujours d'un autre avis et pourquoi je parle sans arrêt de sexe, je décidai de devenir Juif de service en Allemagne. À cet instant, bien entendu, je ne le savais pas. Ce n'était pas malin de ma part.»

Maxim Biller croyait en avoir fini avec la question juive. Il lui faudra du temps pour comprendre qu'il n'en est rien - surtout quand on est, comme lui, un Allemand d'adoption. De même qu'il ne suffit pas de fuir le kitsch communiste pour échapper à l'Histoire, nul ne peut se soustraire à ce qui fonde sa propre identité. Chef-d'oeuvre d'humour et de mauvais esprit, ce livre peut se lire comme le portrait d'une génération née à la fin des années 50, et qui a grandi dans l'ombre de la guerre froide. Mais c'est aussi un tableau de la comédie littéraire : polémiques, coups tordus, portraits au vitriol d'écrivains rivaux et de vieilles gloires, Maxim Biller s'en donne à coeur joie dans cette évocation d'un milieu dont les moeurs nous sont étrangement familières.

Maxim Biller est né en 1960 à Prague, de parents juifs originaires de Russie. À l'âge de dix ans, il émigré en Allemagne avec ses parents et sa soeur (Elena Lappin) après le Printemps de Prague. Il vit actuellement à Berlin.



  • La revue de presse Augustin Trapenard - le Magazine Littéraire, septembre 2011

«D'où sais-je ce qui est juif en moi et ce qui dépend de mon caractère ? demande Maxim Biller non sans provocation. La société dans laquelle je vis le sait parfaitement, elle...
Pour cet enfant de la diaspora, Russe de Prague immigré à Hambourg, être juif en Allemagne relèverait presque du masochisme s'il ne se sentait investi d'une mission : celle de démontrer que l'Allemagne d'aujourd'hui use et abuse de ses «Juifs de service». Avec un mélange d'arrogance, de rancoeur et de désespoir, il dénonce le mépris dont il est victime dans un pays qui cherche désespérément à étouffer son sentiment de culpabilité à coups de distorsions et de dénégations.


  • La revue de presse Sabine Audrerie - La Croix du 14 septembre 2011

Sa recherche n'est pas une construction identitaire directement liée à la Shoah, même si celle-ci est intégrée à son histoire et à sa réflexion. Elle est celle, nouvelle, d'une deuxième et troisième générations de juifs athées, qui doivent repenser leur judéité au sein d'une Allemagne qui a déjà fait son examen de conscience. Maxim Biller sent bien les écueils inhérents à son positionnement contre, et tente aussi de se définir en fonction de ses convictions politiques, sociales, mais aussi littéraires et sentimentales...
Il y a des chagrins et des feintes, des solitudes juxtaposées ou la promiscuité du quotidien, mais aussi la douceur de belles histoires de hasard ou nées dans l'enfance. Maxim Biller a un talent pour les mises en scène désopilantes, pour les voltes inattendues et les ellipses géniales, pour des incipit et des conclusions d'anthologies.


  • Les courts extraits de livres : 01/10/2011

Au cours du semestre d'été 1982, je fréquentais plus volontiers le Jardin anglais que le séminaire Thomas Mann. Je me levais tard, prenais ma douche et me rendais au bord de l'Eisbach à vélo. Les autres étaient déjà là. Nous écoutions Heaven 17 au walkman, nous parlions du premier roman de Bret Easton Ellis, et les gouttes de sueur sur les bras des filles séchaient vite au soleil. L'après-midi, chez moi, je m'asseyais à mon bureau, fermais les fenêtres calfeutrées de papier journal et écrivais quelques pages. Trois mois plus tard j'avais fini, deux cents pages, mon premier roman. Je l'emportai en Israël pour que ma soeur puisse le lire et lorsqu'une valise piégée explosa à l'aéroport de Munich, à vingt mètres de moi, je protégeai mon manuscrit avec mon corps. Ma soeur lut le roman juste avant que je parte. Elle dit : «Je croyais que Thomas Mann était mort. Et d'ailleurs je trouve que ça n'est pas un bon modèle.»
L'une des filles de l'Eisbach avait pour père Joachim Kaiser, un critique littéraire au moins aussi important que Marcel Reich-Ranicki. Une autre était la fille de George Moorse, le poète et réalisateur juif de Brooklyn qui, en 1971, avait tourné Lenz, un film triste et frénétique avec beaucoup de silence sans larmes à la fin. Il y avait aussi les deux filles du directeur de galerie Heiner Friedrich, parti un jour faire le derviche tourneur à New York pour se débarrasser de tout souvenir de l'Allemagne. Et pendant un moment il y eut aussi Laure, la fille de banquier suisse à la beauté asymétrique et au long dos hâlé, barré d'une cicatrice due à un accident, à laquelle je m'étais adressé avec un sourire discourtois à la cafétéria des étudiants en germanistique, Schellingstrasse - et qui, à mon grand étonnement, n'avait pas pris la fuite devant moi.
Que voyait Laure en moi ? Sans doute la même chose que les autres. Les soeurs Friedrich me trouvaient extrêmement craquant, comme elles disaient, parce que j'étais une réplique de Woody Allen. Je ne comprenais pas. J'étais grand, mince, je jouais au football et je ne transformais pas n'importe quelle discussion en un dialogue comique pour le cinéma. Je n'aurais jamais cru non plus, avant cette date, qu'on pût me trouver craquant. Avec Kiki, la fille en manque de tendresse de George Moorse, j'avais passé trois petits mois. Nous étions le plus souvent chez elle, avec sa mère et son frère, Römerstrasse, dans le quartier de Schwabing, et ma présence les rendait tous les trois aussi heureux, et aussi tristes, que si je n'étais pas moi-même mais leur père et époux judéo-américain, lequel ne vivait plus depuis longtemps Römerstrasse.
Lorsque Kiki eut rompu avec moi, moi avec Laure, et que les soeurs Friedrich furent reparties chez leur père à New York, je ne vis plus qu'Henriette. Nous étions amis, ou presque, et elle parla bientôt de moi à son célèbre père. Que lui avait-elle dit à mon propos ? «Papa, je connais un garçon qui vient de Prague, ses parents sont originaires de Russie, et il veut le prix Nobel de littérature.» Ou bien peut-être : «Au bord de l'Eisbach, il y a ce garçon aux boucles noires qui parle aussi vite que toi.» Ou encore : «Tu veux lire quelque chose qu'a écrit un ami à moi, papa ? Je ne connais pas ses machins, mais il est juif.» C'aura certainement été quelque chose dans ce genre. Pourquoi, sinon, Henriette m'aurait-elle dit que son père voulait lire mon roman ? Mon roman ? Joachim Kaiser ? Pourquoi pas quelque chose de Böll ou de Handke ? Ou un manuscrit redécouvert de James Joyce ?


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