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.. L'amour aujourd'hui

Couverture du livre L'amour aujourd'hui

Auteur : Maxim Biller

Traducteur : Olivier Mannoni

Date de saisie : 05/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 9782879297590

GENCOD : 9782879297590

Sorti le : 01/09/2011

  • Les présentations des éditeurs : 01/10/2011

«J'étais heureux de revoir Geli après tant d'années. Je n'avais plus de femme depuis longtemps et Geli me plaisait. Elle était petite, mince, elle ressemblait à Ellen Barkin, mais en moins triste, et je sus aussitôt qu'elle aimait le sexe. Elle me demanda si j'étais marié ou si j'avais une amie. Au lieu de répondre, je lui demandai ce qu'il en était pour elle.
- Je suis justement en train de me séparer de quelqu'un, dit-elle, mais lui, hélas, ne se sépare pas de moi.
Nous étions dehors, au coin de la Reichenbachstrasse et de la Gärtnerplatz, et Geli dit :
- Accompagne-moi chez moi. J'ai lu ton dernier livre. Je veux en parler avec toi.
- Non, dis-je, surtout pas. Mais emmène-moi tout de même. Le livre était posé à côté du lit de Geli. C'était une histoire d'amour, celle d'une femme qui ne peut pas, bien qu'elle veuille, et d'un homme qui veut, bien que la femme ne puisse pas. Après que nous nous fûmes rhabillés, Geli dit :
- Je veux juste savoir une chose : dans la vie, tout était-il exactement comme dans ton livre ?»

Les «instantanés» de Maxim Biller passent au crible l'amour sous toutes ses formes : érotique, tendre, méchant, cynique. Ces 27 nouvelles brillent par leur intelligence et leur humour.

Maxim Biller est né en 1960 à Prague, de parents juifs originaires de Russie. À l'âge de dix ans, il émigré en Allemagne avec ses parents et sa soeur (Elena Lappin) après le Printemps de Prague. Il vit actuellement à Berlin.


  • Les courts extraits de livres : 01/10/2011

De grandes feuilles vertes et ondoyantes

Il l'attendit pendant trois mois. Il tria ses photos, mit de l'ordre dans ses livres et changea quelques meubles de place, puis il continua d'attendre. Il lut ensuite toutes les lettres qu'il eût jamais reçues et en jeta la plupart, puis acheta une grande carte de l'Inde et l'accrocha au-dessus de son lit. Ou plutôt non, il n'acheta pas de carte de l'Inde, mais il eut vraiment l'intention de le faire tandis qu'il l'attendait. Il attendait, il attendait encore et se mit à écrire une nouvelle sur son attente, mais il ne savait pas comment elle se terminait, alors il arrêta. À la fin il ne fit plus rien du tout; il n'attendait même plus. Il dormait de moins en moins, il ne mangeait plus que du pain, des tomates et du fromage jaune de supermarché, alors elle arriva, ils étaient assis ensemble chez lui, sur le canapé, et elle dit :
- Ça a été un long moment.
- Oui, dit-il, bien qu'il eût pris la ferme décision d'en dire aussi peu que possible, ça a été un très long moment.
Elle avait maigri pendant son voyage, et il ne lui sembla pas qu'elle eût meilleure allure qu'autrefois. Elle était fatiguée, mais ça, elle l'était toujours, c'est pour cela qu'elle était partie, pour ne plus être fatiguée, et voilà qu'elle revenait plus fatiguée encore. Et elle avait vieilli. Elle était plus vieille, ou plus sérieuse, ou plus dure, il ne savait pas trop. Un reflet gris couvrait sa peau tannée par le soleil, un reflet comme seules en ont d'ordinaire les femmes d'un certain âge, son sourire était beaucoup trop sérieux et réfléchi, quant à ses pommettes elles étaient plus saillantes qu'autrefois.
Elle se leva et sortit ; lorsqu'elle revint, elle tenait un sac aux couleurs vives.
- C'est pour toi, dit-elle.
- Merci, ma chérie, répondit-il.
Il ouvrit le sac. Il contenait un éléphant, un éléphant noir, petit et gros, en acajou.
- Tu aimerais boire quelque chose ? demanda-t-il.
- De l'eau.
- J'ai acheté du vin pour toi.
- Non. De l'eau, fit-elle.
Il se leva lentement et lui effleura la jambe avec la sienne. Mis à part un rapide baiser de retrouvailles, c'était leur premier contact physique depuis trois mois.
- Juste de l'eau, vraiment ? cria-t-il depuis la cuisine, mais elle ne répondit pas. Froide ou normale ? cria-t-il de nouveau, et elle répondit à voix basse :
- Normale.
Il sortit du cellier une nouvelle caisse d'eau minérale, la repoussa tout de suite avec le pied et ouvrit la bouteille de vin qui se trouvait depuis six semaines sur la table de la cuisine. Il prit les verres et la bouteille, et avant de revenir au séjour, il sortit l'éléphant de la poche de son pantalon et le jeta dans la poubelle.
- Enfin, Jordi, dit-elle, je ne voulais pas de vin.
- Oui, dit-il, il est encore trop tôt pour le vin.
- Là-bas, je n'ai pas bu du tout, dit-elle.


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