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Auteur : Romain Slocombe
Date de saisie : 07/03/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : NIL, Paris, France
Collection : Les affranchis
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-84111-564-8
GENCOD : 9782841115648
Sorti le : 18/08/2011
1) Qui êtes-vous ? !
"Un être humain comme vous", c'est ce que répondait Henry Miller lorsqu'on lui posait la question. Dans mon cas, un être humain qui a employé plusieurs médiums au cours de sa vie (BD, illustration, photo, vidéo, écriture) afin d'exprimer un univers mental un peu décalé.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Un vieil académicien antisémite des années 1930/1940 est pris au piège de ses contradictions : il dénonce dans la presse le "péril juif" mais en même temps est possédé d'un amour impossible envers sa belle-fille, jeune actrice allemande, dont il apprend qu'elle est juive. Le roman est contenu dans une longue lettre-confession qu'il écrit à un ami commandant SS dans la petite ville occupée de Haute-Normandie où réside l'écrivain.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Le pouvoir magique de la Juive, que j'aimais désormais comme un fou, comme un vieux fou, dans un état bientôt paroxystique, était invulnérable à une quelconque remise en perspective. Ma conscience était totalement occupée -plus que ne l'était, si vous m'autorisez cette comparaison d'un goût douteux, ma Patrie - par l'objet merveilleux et incomparable de mon amour."
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Une symphonie d'Anton Bruckner : sombre, germanique, traversée d'élans fous, violents et contradictoires...
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le rejet fondamental de toutes les formes de fascisme, de discrimination, d'hostilité envers l'étranger pauvre, éternel bouc émissaire - hier les Juifs immigrés de l'Est, aujourd'hui les immigrés d'Afrique ou les Roms.
«C'est le dernier recours des hommes blancs traqués, volés, dépouillés, assassinés par les Sémites, et qui retrouvent aujourd'hui la force de se dégager de l'abominable étreinte. Mort ! Mort au Juif ! Oui. Répétons. Répétons-le. Mort ! M.O.R.T AU JUIF ! Là !»
Et, avec une satisfaction amère, pensant à la Juive que j'aimais d'un amour fou et que je voulais sauver plus que moi-même, je signai - de même que je signerai tout à l'heure cette lettre à vous destinée, Monsieur le Commandant -, je signai, à grands traits rageurs de mon stylo : Paul-Jean Husson.
Écrivain et académicien dans le Paris de l'avant-guerre, Paul-Jean Husson s'est désormais retiré dans une petite ville de Normandie pour se consacrer à son oeuvre, émaillée d'un antisémitisme «patriotique». Lorsque la guerre éclate et que son fils Olivier rejoint la France libre, il prend en charge la protection de sa belle-fille, Use, une Allemande aux traits aryens et à la blondeur lumineuse. Sa beauté fait surgir en lui un éblouissement bientôt en contradiction avec toutes ses valeurs, car il découvre qu'Use est juive, sans toutefois parvenir à brider l'élan qui le consume. Peu à peu, l'univers si confortable du grand écrivain pétainiste, modèle de bon bourgeois enkysté dans ses ambivalences, vacille. Les secrets de familles sortent comme autant de cadavres de leurs placards et à l'heure où son existence torturée est percée à jour par une Occupation aux effets ontologiques imprévisibles, seule une lettre adressée au commandant de la Kreiskommandantur peut permettre à Husson de sauver la face.
C'est en salaud imaginaire que Romain Slocombe porte en lui une lettre jamais écrite, une lettre de délation ; il prouve ainsi que la part la plus vile de l'âme humaine ne trouve de meilleure place où se révéler que dans le genre épistolaire.
° ° °
Photographe, cinéaste, peintre, illustrateur, traducteur et écrivain, Romain Slocombe réconcilie depuis plus de trente-cinq ans le roman noir, l'avant-garde artistique et l'univers underground de la contre-culture américaine ou japonaise. C'est avec un humour élégant, très british, que Romain Slocombe aime aborder des sujets grinçants, tout en donnant forme à des univers minutieusement extraits de son imagination sans limite. Il s'offre le paradoxe d'une écriture documentée et de sujets très contemporains, notamment dans sa fascination pour la violence, le bondage, le rapport entre image et écrit, les écarts et accointances des civilisations européenne et japonaise. En quarante ans de travail, tandis que les expositions de ses oeuvres photographiques le faisaient connaître dans le monde entier, il s'est forgé une place à part dans les meilleures maisons d'édition françaises (Gallimard, Fayard, les Presses Universitaires de France). Outre la fameuse tétralogie La Crucifixion en jaune, il est auteur de polars accompli {Envoyez la fracture !, Mortelle résidence). Spécialiste incontesté de l'imagerie japonaise, sa longue collaboration avec Roland Jaccard (culminant avec Sugar Babies et Retour à Vienne) a contribué à souligner sa singularité dans notre panorama littéraire. Éclectique savant dans une époque qui ne connaît que les dilettantes zappeurs, il peut fièrement revendiquer ses héritages, de Topor à Huysmans en passant par Chesterton ou Jack O'Connell.
Il y a quelque chose qui cloche dans notre royaume des Lettres. Voilà un livre époustouflant et irrésistible - je vous jure que je pèse mes mots - qui est paru l'été dernier et qui est quasi passé inaperçu, sauf auprès de quelques initiés comme Françoise Chandernagor, François Busnel ou Alfredo Mauro, qui l'ont tous recommandé et grâce à qui j'ai pu découvrir ce bijou pratiquement noyé dans l'avalanche littéraire de l'automne. Ce livre a pourtant tout pour inspirer le dithyrambe : une histoire à couper le souffle, qui se déroule pendant l'Occupation, des personnages puissants, un style nerveux, un vrai suspense, de l'amour, aucun pathos et un travail de documentation qui ne se voit pas. C'est bien simple, dès qu'on ouvre Monsieur le Commandant (1), on ne peut plus s'arrêter, tant Romain Slocombe maîtrise son affaire.
C'est un livre terrible que publie Romain Slocombe dans la collection Les Affranchis, dont le principe est simple : "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite." Là où la plupart des auteurs convoqués choisissent la lettre au père, à la mère, au frère ou à la soeur disparue (et réussissent avec plus ou moins de bonheur), Romain Slocombe a écrit une lettre de dénonciation. Le résultat est extraordinaire et fait de ce livre non seulement le meilleur de la collection mais, sans aucun doute, l'un des livres phares de cette année 2011.
Herr Sturmbannführer H. Schöllenhammer,
Kreiskommandantur
Hôtel de Paris
10, avenue du Maréchal-Pétain
Sous-préfecture d'Andigny, Eure
Villa Némésis, le 4 septembre 1942
Monsieur le Commandant,
Ces lignes, que vous recevrez ce soir, il me serait facile - usant de discrétion, réduisant par la force des choses leur contenu à l'essentiel -, même dans un bourg de province où tout, ou presque, finit par se connaître, il me serait facile (permettez-moi d'insister sur ce point) de vous les adresser sous le couvert de l'anonymat.
Mais l'anonymat, de même que le mensonge et l'erreur - plus exactement, ce que je considère comme le mensonge et l'erreur -, m'inspire la plus violente aversion, et ce n'est pas au seuil de la vieillesse que je vais changer d'idée à ce sujet, ni de tempérament.
Voilà qui ne dit pas pourquoi je me permets ainsi de vous ennuyer par des phrases qui, sans doute, dégénéreront au fil de la plume en une confession pénible ; mais j'ai toujours, depuis votre arrivée à Andigny, et les premiers mots échangés, en français, entre officier de réserve et officier d'activé, éprouvé une sympathie pour vous. En dépit de nos différences de culture, et d'âge (je crois être d'une vingtaine d'années votre aîné), j'ai ressenti combien nous sommes tous deux tellement loin des gens, vous en premier lieu par les distances que crée votre présence en période d'occupation, et moi par la distance pure et simple, que cela constitue entre nous une espèce de rapprochement.
Je n'ai jamais partagé le ridicule romantique de vouloir que les écrivains fussent des saints ou des héros, et qu'on les regardât les mains jointes -bien au contraire : je pense que la culture de facultés aussi subversives que l'imagination et la sensibilité n'est point sans danger pour la valeur morale. C'est la raison pour laquelle il existe peu d'écrivains dont la vie soit exemplaire.
Hier, j'étais à Paris où je rendis visite au Sonderführer Gerhard Heller, de la Propagandastaffel. J'avais demandé à le rencontrer de toute urgence. Au sortir de notre entrevue, je renonçai difficilement, bien qu'il m'eût suffi de franchir la Seine et parcourir à peine un kilomètre d'avenues peu fréquentées, à rendre visite à celle qui toujours occupait mes pensées, et qui, probablement à cette heure, travaillait encore dans son bureau du secrétariat de l'Opéra.
L'Évangile dit : «Malheur à ceux qui regardent en arrière.»
L'écriture sainte nous parle évidemment là du don à Dieu, qui, tel que je le comprends, est total et ne comporte aucune espèce de réticence ou de refus. Par conséquent, c'est la table rase, c'est tout ou rien ! Et du moment où c'est tout, où ce doit être tout, je ne peux garder aucune espèce d'attachement à ce que j'ai désiré auparavant. Du moment où l'on se donne à Dieu, il faut se donner complètement. Il en est ainsi de toutes les actions de la vie humaine. Cette fois encore, il m'a fallu choisir.
J'ai choisi.
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