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Auteur : Agnès Desmazières
Date de saisie : 29/10/2011
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Payot, Paris, France
Prix : 21.50 € / 141.03 F
ISBN : 978-2-228-90666-1
GENCOD : 9782228906661
Sorti le : 07/09/2011
En fondant la psychanalyse, Freud a provoqué les catholiques dans leurs convictions religieuses et morales. Après lui, l'Église peut-elle nier toute jouissance dans l'acte sexuel ? Parler de péché est-il source de culpabilité ? Faut-il faire le deuil de l'illusion religieuse ? S'appuyant en particulier sur les archives secrètes du Vatican, Agnès Desmazières raconte comment des catholiques, médecins et théologiens, ont fait pression sur le Saint-Siège afin d'obtenir une reconnaissance de la psychanalyse. Elle éclaire tous les enjeux intellectuels de cette histoire où l'on croise Jung, Dolto, Lacan, Marc Oraison, mais aussi le très influent président de l'Académie pontificale des sciences, Agostino Gemelli. Une histoire qui se déroule en Europe comme aux États-Unis, parsemée de compromis, d'obstacles, d'échecs, de mises à l'index, mais aussi de succès, à l'image de la rencontre avec Pie XII en 1953, qui signifie l'ouverture officielle des catholiques à la psychanalyse. Une histoire tout au long de laquelle plane l'ombre du Saint-Office, qui mène la lutte contre la libéralisation des moeurs.
Agnès Desmazières, historienne du christianisme contemporain, est chercheuse à la Fondazione per le scienze religiose de Bologne, après avoir effectué sa thèse de doctorat à l'Institut universitaire européen de Florence.
Comment la psychanalyse parvient-elle à se diffuser dans les milieux catholiques ? Enquête auprès du Vatican...
C'est le grand intérêt du livre d'Agnès Desmazières, historienne du catholicisme moderne puisant aux archives vaticanes, que de dévoiler ce duel serré à fleuret moucheté opposant la révolution freudienne à l'autorité vaticane qui entend bien défendre son pré carré.
Extrait de l'introduction
En avril 1953, le prêtre français Marc Oraison, divulgateur de la psychanalyse auprès du grand public catholique, est convoqué au Saint-Office pour s'expliquer à propos de son livre à succès, Vie chrétienne et problèmes de la sexualité. Le verdict est déjà tombé avant que l'accusé n'ait été entendu : le livre a été mis à l'index quelques jours plus tôt à l'insu d'Oraison. Profitant d'un passage à Rome du condamné, le cardinal Giuseppe Pizzardo, qui dirige le Saint-Office, ainsi que son assistant le cardinal Alfredo Ottaviani, étoile montante de la Curie de Pie XII, lui signifient la sentence. La révision de la conception catholique de la sexualité, proposée par Oraison à la lumière de Freud, est inacceptable car elle vient remettre en cause une gestion traditionnelle, puritaine, de la chasteté. Touché au vif, Pizzardo déclare que seuls «l'épouvante, les spaghetti et les haricots» préservent efficacement la pureté.
Ces propos, rapportés dans Le Monde, dix ans plus tard, font le tour de la planète. Ils révèlent comment la théorie freudienne, en favorisant une sécularisation de l'âme, vient bousculer une anthropologie pluriséculaire fondée sur le primat de la conscience, siège de la vie spirituelle et de la vie morale. Cet échange et sa médiatisation attestent de la puissance mobilisatrice de la psychanalyse en contexte catholique. Le débat sur la psychanalyse donne le pouls de la modernisation de l'Église.
Les catholiques, qui sont demeurés étrangers au premier cercle de Freud, s'imposent progressivement comme des interlocuteurs de la psychanalyse au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La religion catholique, au contraire du judaïsme ou du protestantisme, a assisté, sans y participer véritablement, à la découverte initiale de l'inconscient. Celle-ci suscite rapidement de vives réactions qui font craindre dans les années 1930, puis dans les années 1950, une condamnation officielle de la psychanalyse par l'Église catholique.
Pourtant, aujourd'hui, psychologie et psychanalyse connaissent un regain d'intérêt de la part des catholiques et même du Vatican. Récemment, le Saint-Siège a publié des directives concernant les «Orientations pour l'utilisation de la psychologie dans l'admission et la formation des candidats au sacerdoce». Nombre de fidèles s'engagent dans des thérapies «psycho-spirituelles» qui sont en vogue à l'heure actuelle. Plus encore, la psychanalyse elle-même est parfois perçue par les catholiques, en particulier français, «comme un rempart humaniste et comme un lieu de défense d'une certaine liberté de l'homme», face à l'hégémonie des neurosciences et des thérapies cognitivo-comportementales. Comment une telle évolution a-t-elle été rendue possible ?
Ce livre a pour objectif de retracer le parcours intellectuel de catholiques, médecins, psychologues, philosophes ou encore théologiens, engagés dans un dialogue avec la psychanalyse, et d'en dégager les enjeux tant doctrinaux que scientifiques.
Le débat sur la psychanalyse a en effet mobilisé un réseau international de scientifiques et d'intellectuels catholiques qui ont échangé sur la nouvelle discipline par le biais de revues et de correspondances. Plus encore, ils ont fondé des congrès catholiques, d'envergure internationale, voués à un tel dialogue. Ces espaces de rencontre sont l'occasion d'échanges tant au niveau de la théorie que de la pratique. Ils témoignent également de l'émergence d'un lobbying scientifique destiné à faire pression auprès des institutions ecclésiales. Ils contribuent à l'affirmation d'un magistère scientifique au sein de l'Église catholique.
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