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Auteur : Fouad Laroui
Date de saisie : 16/04/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782260019596
GENCOD : 9782260019596
Sorti le : 18/08/2011
Un livre extraordinaire, qui montre les problèmes rencontrés par les retraités français qui achètent les anciennes maisons au Maroc et qui se font avoir par des personnes malhonnêtes.
Cécile et François vivotent à Paris au milieu de la grisaille et de leurs rêves. Rêves de départ qui se concrétisent sur un coup de tête : ils quittent la capitale pour Marrakech en vue d'acheter un riad. Totalement ignares sur ce pays, ne connaissant ni le Maroc et son histoire, ni les Marocains, Fouad Laroui en profite pour casser quelques-uns de leurs préjugés avec un ton ironique, voire sarcastique mais toujours plaisant. Le couple après quelques aventures acquière un riad mais lors de l'installation, ils découvrent une vieille femme dans une petite pièce isolée du fond. Elle demeure silencieuse et immobile. Qu'attend-elle ? Que faire ? Qu'en faire ? Les certitudes et projets des nouveaux Marocains s'en trouvent ébranlés. D'où vient cette vieille dame si étrange ? Pour y répondre, il leur faudra se familiariser avec l'histoire du Maroc qui prendra le visage archétypal du jeune Tayeb. Un roman à multiple facettes qui sur un ton singulier parcourt l'histoire du Maroc mais aussi ses relations déséquilibrées avec la France.
Sur un coup de tête, François et Cécile abandonnent Paris pour aller s'installer à Marrakech. Quel choc quand ils découvrent dans une petite pièce au fond du riad qu'ils viennent d'acquérir, une très vieille femme semblant installée là de toute éternité. Personne n'est en mesure d'expliquer sa présence. Elle ne dit mot et ne semble pas disposée à quitter les lieux. Que faire ? Petit à petit, la simple présence de cette mystérieuse inconnue oblige le couple de Français à revoir toutes ses certitudes.
À travers cette fable tragicomique, Fouad Laroui pose la question des rapports entre la France et le Maroc, dans leurs dimensions historique, affective et culturelle.
Romancier, poète et critique littéraire, Fouad Laroui a publié, entre autres, aux Éditions Julliard : Les Dents du topographe, Méfiez-vous des parachutistes, Le Jour où Malika ne s'est pas mariée, Une année chez les Français et, chez Robert Laffont, De l'islamisme, une réfutation personnelle du totalitarisme religieux.
Et si...
- Et si on s'achetait un riadl
Presque enfantine, la voix de François, avec tout de même quelque chose de sérieux dans le grain, comme en arrière-plan, comme une petite note obstinée en continuo, quelque chose qui tient de l'obsession (déjà ?), du défi ou de l'espoir, de l'espoir qui n'ose espérer...
Il insiste, planté devant sa femme :
- Hein ? Dis, si on s'achetait un riad à Marrakech ?
Cécile ne daigne même pas lever les yeux de son livre. Blottie dans son vieux fauteuil de cuir râpé, elle fronce légèrement les sourcils pour indiquer à François qu'elle n'est pas d'humeur... non, vraiment, elle n'est pas d'humeur à participer à la conversation aussi rituelle que décousue qu'inutile... (elle voit une sarabande d'adjectifs virevolter sur la page), conversation qu'il a le don de commencer chaque soir, juste après le journal télévisé de 20 heures, en attendant le film sur la 2 ou le documentaire d'Arte... ou autre chose («pourquoi regardons-nous autant la télé ?» demandera-t-elle tout à l'heure, pour la centième, la millième fois...).
François le rêveur contrarié accro aux lucarnes...
La pause-réclame, pendant laquelle il coupait le son, l'air vaguement dégoûté («décervelage !»), lui donnait souvent des envies de fiche le camp («comme disait mon père»), de s'en aller très loin; mais il ne faisait alors qu'aller et venir dans le salon, agité, dévoré de faux tics qu'il s'inventait pour les besoins de la cause, comme s'il fallait au moins un autre continent pour les faire disparaître, déployant son mètre quatre-vingt-dix au risque de décrocher le lustre (ou la lune, disait Cécile - encore une plaisanterie rituelle...) ; puis il s'arrêtait et regardait dans le vide, dans le vague, et faisait à haute voix des projets faramineux. C'était parfois la Thaïlande, Tuva, la pampa, le grand out-back australien...
Il aimait bien ce mot, outback, sans trop savoir ce qu'il signifiait, parce qu'il lui semblait contenir une promesse ferme d'aventure. «Outlback, ça veut dire dehors/derrière, en anglais ! s'exclamait-il. Tu te rends compte, vivre dans un endroit qui s'appelle "dehors/derrière" ! C'est de la poésie pure ! C'est fou ! Tu te rends compte ? On dirait du Baudelaire, tu te souviens : Anywhere out of this world !» (Il prononçait zis weurld.) Et ces noms : Uluru, le parc national de Kakadu...» Sa femme le regardait d'un air perplexe, se demandant pourquoi elle avait épousé un farfelu pareil. Baudelaire à Belleville ?
- Kakadu, Uluru, hurluberlu, avait-elle répondu cette fois-là.
Il avait boudé toute la soirée.
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