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Auteur : Olivier Frébourg
Date de saisie : 12/12/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 17.90 € / 117.42 F
ISBN : 9782715232273
GENCOD : 9782715232273
Sorti le : 11/09/2011
Gaston est un très grand prématuré. À sa naissance, il a été séparé de son jumeau. Dans le service néonatal de l'hôpital de Rouen dont l'entrée est gardée par la statue de Gustave Flaubert, il lutte pour respirer. Gaston, c'est mon fils.
Gustave est le «patron» des écrivains. Il refusa d'être père pour écrire Madame Bovary ou L'Éducation sentimentale. Il y a des moments où l'on aimerait se débarrasser de la littérature parce qu'elle ne console jamais des catastrophes. Et pourtant, à la naissance de Gaston, la statue de Flaubert s'est avancée vers moi. Gaston et Gustave se sont retrouvés unis dans la tempête et le naufrage, peau contre peau. Je n'ai pas eu d'autre choix que d'écrire ce livre. J'avais quitté le monde des vivants pour celui des limbes où je réchauffais mes deux fils.
O. F.
Né en 1965 à Dieppe, éditeur et journaliste, Olivier Frébourg est notamment l'auteur de Roger Nimier, trafiquant d'insolence, de Maupassant, le clandestin, et d'Un homme à la mer.
Que lui dit-il, Flaubert ? Qu'en aurait-il pensé, lui qui s'était juré de n'être jamais mari ni père, pour mieux se consacrer à son oeuvre ?...
Perdu dans les couloirs de l'hôpital, Frébourg se lamente. «La littérature, ce feu, cette poursuite d'un absolu jamais satisfait, ce refus du monde tel qu'il est, avait consumé ma vie.» De Flaubert, il a gardé le goût du sentiment, le style ciselé et brillant et les accès d'égoïsme sensible. Il est fait pour le voyage, on le sent, et les plus belles pages du livre sont celles où, renonçant enfin à voyager pour vaguement fuir, il part avec un ami sur les traces de Flaubert et Du Camp, dans un périple initiatique. Olivier a 40 ans. En refermant le livre qu'il a écrit et dont il est le héros, on ne peut s'empêcher de songer qu'il arrive parfois que l'écriture ne soit pas un choix.
Pour lui, littérature et paternité ne sont-elles pas une même affaire de transmission ? Chaque jour, il croise dans la cour du CHU de Rouen la statue de Gustave Flaubert. Et si c'était lui qui l'avait précipité dans le chaos ? Car c'est après la lecture de Madame Bovary, à 14 ans, qu'Olivier Frébourg décida d'être écrivain. Il s'interroge encore : l'auteur de L'Education sentimentale n'est-il pas trop paralysant, trop lucide ? Comment expliquer son refus de la paternité ? Hypersensibilité ? Egoïsme du créateur ? Dans ce récit écrit comme en apnée commence alors un va-et-vient entre la lutte pour la vie de son enfant et le monstre littéraire. Mais quelle idée d'accoler Gustave à Gaston ? Pourtant, à plus de 40 ans, et même s'il y a des moments où l'on aimerait "se débarrasser de la littérature parce qu'elle ne console jamais des catastrophes, la statue de Flaubert s'est avancée vers moi. Gaston et Gustave se sont retrouvés unis dans la tempête et le naufrage, peau contre peau. Je n'ai pas eu d'autre choix que d'écrire ce livre." Un livre terrible et bouleversant.
Il y a une dimension quasi mythologique dans ce livre magnifique et bouleversant, écrit par un homme dans son chagrin...
Olivier Frébourg fait le récit de cette tragédie, comme celui de ses rêves fracassés, entremêlant ses souvenirs avec l'histoire de Gustave Flaubert. Cette figure tutélaire donne à son texte perspective et épaisseur, construit un rempart dont l'ironie surgit quand l'auteur réalise, contre ses croyances antérieures, que la littérature ne protège de rien. Elle dévoile aussi l'humilité d'un homme conscient qu'il n'est pas le premier à souffrir d'une douleur inhumaine. Les voyages de Flaubert sont les échappées mentales de ce voyageur désormais arraisonné.
"Aut pueri aut libri", disaient les Anciens avant Flaubert et Henry James : ou l'on fait des enfants, ou l'on écrit des livres. Olivier Frébourg voudrait les démentir, leur prouver que les bonheurs et les drames de la génération peuvent aussi nourrir une oeuvre...
Olivier Frébourg est conscient de n'être pas le premier auteur à offrir un tombeau de papier à un enfant mort, comme à dire la difficulté des écrivains d'aujourd'hui à donner vie à autre chose qu'à leur propre existence. Mais ressusciter ses morts, n'est-ce pas la plus belle paternité dont puisse rêver un auteur ? Ce serait la morale de ce livre touchant et pudique, jusque dans l'impudeur.
Son admiration pour l'auteur de Madame Bovary permet à un père de traverser l'épreuve de la perte d'un enfant, dans Gaston et Gustave d'Olivier Frébourg...
Olivier Frébourg nous livre ainsi de magnifiques parenthèses sur la littérature en général et sur Flaubert en particulier. Flaubert le grognon, le triste, le sarcastique, dont les mots agissent pourtant comme un baume. Flaubert, le maître et le sauveur.
Dans ce livre qui semble écrit dans l'urgence et sous perfusion, où la méditation est sans cesse bousculée par des cris, il ne cache rien de tous les états par lesquels il passe : l'abattement, la colère, le remords, les larmes, l'énergie du désespoir, la révolte, la soumission, l'envie de se taire, le besoin de hurler, mais aussi l'espoir. L'espoir fou que Gaston réchappe de l'enfer où il est plongé. Comme si, malgré sa foi, il ne savait plus vers qui se tourner, Olivier Frébourg en appelle à Flaubert, l'admire et le malmène à la fois, se demande à quoi peut donc servir, face au malheur, ce qu'il aime tant chez lui : «L'hystérie du style, de l'art, la haine de la bêtise.»..
Son récit, d'une poignante, d'une affolante beauté, et qui pourrait porter le titre de Simone Weil «la Pesanteur et la Grâce», est dédié à ses quatre fils : Martin, Jules, Gaston et Arthur. Soit un enfant des limbes et ses trois frères, qu'Olivier Frébourg emmène un jour à Croisset. En rentrant, Gaston, 5 ans, lance : «Papa, elle est chouette, la cabane de Flaubert !» Et on croit entendre : la maison de grand-père.
D'un drame personnel, la mort d'un enfant, et d'une admiration pour un géant des lettres, Olivier Frébourg a tiré un livre tendu comme un arc...
Gaston et Gustave mêle le récit intime et l'essai littéraire. Son énergie est celle du désespoir de l'homme à la mer. Qu'y a-t-il de plus grand : la postérité de l'oeuvre ou la grandeur de la procréation ? La nécessité du voyage peut-elle dissiper la vanité de l'exercice ? Le bovarysme n'est-il pas le lot commun ? Ces questions le hantent, mais toujours Olivier Frébourg revient à l'essentiel : le suivi, jour après jour, gramme après gramme, de la santé de Gaston, chair de sa chair.
À Saint-Malo, le vent se leva dans la nuit du dimanche au lundi de la Pentecôte. Je n'y vis aucun signe annonciateur de tempête. La veille, peu après l'aube, j'avais couru sur le sable et pris un bain de mer. Sur cette longue plage qui va de la ville close jusqu'à la pointe de Rochebonne, je ne croisai qu'une seule personne et encore d'assez loin, le peintre et écrivain de Marine, Erwan Le Goff. Le ciel oscillait entre vert et gris, glauque et ardoise. Les percées du soleil étaient chassées par de courtes averses presque tropicales.
Mes incursions à Saint-Malo ont toujours été un feu de joie. Quelques mois auparavant, en novembre, j'étais descendu à l'Hôtel France et Chateaubriand. J'avais alors débarqué de nuit par le train de Paris, déposé mon sac puis retrouvé Margaux Le Drian et Eugène Cormier au restaurant À la duchesse Anne. Ils avaient écrit ensemble un livre sur la grande pêche. Je serais leur éditeur. J'aime les films, comme César et Rosalie, Un singe en hiver, où un homme seul prend un taxi à la sortie d'une gare. J'aurais pu passer pour un armateur, un représentant de commerce, un assassin. En cette nuit de novembre, le vent soufflait. À peine entré dans la chambre, j'avais ouvert les fenêtres - ne voyant de cette mer que quelques feux de balise affolés - et mes bras au coup de vent. J'avais téléphoné à Camille pour lui faire entendre le mugissement de ce souffle roboratif. En Normandie, où nous vivions en bord de mer, le temps était-il plus clément ?
J'étais reparti le matin, toujours dans la nuit, non sans avoir réservé pour le mois de mai, promesse lointaine et estivale, deux chambres à l'Hôtel France et Chateaubriand, où j'imaginais, un jour, faire naître un décor de roman et qui côtoyait le bar de L'Univers et la maison natale du vicomte François-René.
J'avais créé une petite maison d'édition vouée aux voyages. Nous savions depuis le mois de janvier que nous attendions deux nouveaux voyageurs. Camille était enceinte de jumeaux. La perspective de cette double naissance nous avait d'abord troublés - des jumeaux ! - puis convaincus d'une nouvelle preuve de vie et d'amour.
Des jumeaux, quelle aventure !, c'était le titre naïf et joyeux, un brin boy-scout, du livre que Camille m'avait demandé de lui trouver à Paris. Père, je l'étais déjà de deux garçons mais serais-je à la hauteur de ce nouvel horizon ? Un père, un homme qui ne s'écroule jamais, fait front, ne montre pas ses doutes; une ombre qui retraverse sa propre enfance.
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