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.. Contre l'érotisme

Couverture du livre Contre l'érotisme

Auteur : Laurent de Sutter

Date de saisie : 16/09/2011

Genre : Philosophie

Editeur : la Musardine, Paris, France

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 9782842713980

GENCOD : 9782842713980

Sorti le : 15/09/2011

  • Les présentations des éditeurs : 22/09/2011

Nous avons besoin d'un nouvel art de jouir. L'héritage de la révolution sexuelle s'est épuisé. Pourquoi ?
Parce qu'il paraît vain d'imposer un programme, quel qu'il soit, à la jouissance. Ce programme, la révolution sexuelle l'avait baptisé «érotisme». Peut-être, pour en finir, faut-il donc aussi en finir avec cet érotisme. En finir au profit d'une autre conception de la sexualité où la jouissance participe d'un véritable art. Tel est du moins le but du présent essai - un but qu'il ne sera possible d'atteindre qu'au prix d'un bouleversement complet du partage entre admissible et inadmissible en matière de sexe.
En serez-vous capables ?

Laurent de Sutter, né l'année de l'explosion punk en Belgique, a le goût du paradoxe. Tout en enseignant la philosophie du droit à la Vrije Universiteit Brussel et aux Facultés Universitaires Saint-Louis, à Bruxelles, il s'est à titre personnel passionné pour la cinéphilie X. Il a ainsi fait paraître, en 2007, Pornostars, Fragments d'une métaphysique du X, dans la collection l'Attrape-corps, à la Musardine.


  • Les courts extraits de livres : 22/09/2011

1

Toute époque est une introduction à l'éternité. Cela ne tient à nul miracle. Cela ne tient qu'à ce qu'il est impossible, pour une époque, de ne pas partager au moins un point avec l'éternité. Quelle que soit la particularité d'une époque, sa singularité ou son idiosyncrasie, le fait même qu'on la puisse dire «époque» est déjà un signe d'éternité. Et, dès lors que la plupart des époques partagent avec l'éternité davantage que leur condition d'époque, qu'elles partagent au moins un point avec celle-ci devient une conclusion nécessaire. C'est-à-dire : en au moins un point excédant le fait, pour une époque, d'être une époque, chaque époque effectue l'éternité. En au moins un point, chaque époque offre la possibilité, à celui qui la contemple, de connaître quelque chose de l'éternité. Il suffit, pour cela, d'une telle contemplation locale : là où l'époque effectue l'éternité à sa manière particulière - en effet singulière et idiosyncratique. En-dehors de ce point, ou bien, si l'époque est chanceuse, de ces points, il n'est rien qui, dans l'éternité, ne puisse être connaissable. L'éternité s'arrête au seuil de chaque époque. Elle n'y dépose, à chaque fois, que quelques grains de sable. Tenter de les dénombrer est vain. Mais c'est de cette vanité qu'est faite la grandeur de la pensée.

2

Parmi les points déposés par l'éternité au creux de notre époque, il en est un, au moins, que l'on peut désigner. Ce point concerne la sexualité. Que l'éternité de la sexualité se manifeste dans chaque époque, voilà sans doute une observation qu'il est difficile de contester. Mais la manière dont celle-ci se manifeste le plus souvent ne dit rien de l'éternité qui y est manifestée : elle n'en est qu'un écho lointain, dont seule la forme rappelle qu'en elle gît une absolue grandeur. En revanche, il est une idiosyncrasie de notre époque que la sexualité y soit traitée selon cette absolue grandeur - c'est-à-dire comme la chose la plus importante qui soit. Notre époque est peut-être la première dans l'histoire à avoir fait de la sexualité plus qu'un phénomène quotidien, et qui, parce qu'il était quotidien, devait être norme en proportion. Notre époque, plutôt qu'un phénomène quotidien, a fait de la sexualité une obsession. Qu'il s'agisse d'une obsession se laisse constater sans difficulté - et d'au moins deux manières différentes. La première est celle, quantitative, du bavardage dont elle est le principal, si pas le seul, objet ; et la seconde celle, qualitative, du statut dont, pour faire l'objet de tant de bavardage, elle peut s'enorgueillir.


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