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Auteur : Emmanuelle Urien
Date de saisie : 13/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : D'un noir si bleu, Gibles, France
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 9782916499611
GENCOD : 9782916499611
Sorti le : 13/09/2011
1) Qui êtes-vous ? !
Un être humain de format classique, avec deux yeux, un nez, une bouche, et tous les accessoires nécessaires, dont un clavier ou un stylo les jours de pénurie informatique.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Les miroirs, et leurs réflexions sur les hommes. Directes ou décalées, profondes ou superficielles, ironiques ou désespérées. Dans chaque nouvelle, je laisse un miroir s'exprimer sur les images qu'il reflète et, au-delà, raconter une vie sous un angle inédit...
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Prince des alcôves et des regards en coin, je suis le témoin obligé de gesticulations qui me mettent de la chair plein la vue. Avant Albert, je croyais d'ailleurs le genre humain réduit à cette relation duale, cette pantomime d'acrobates aux dénouements obscurs. Les hommes, les femmes. Je pensais qu'ils allaient, au minimum, par paires, tous genres confondus. Je n'en avais jamais vu à l'unité. Un homme seul, c'est différent.»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«I wear your ring» de Cocteau Twins.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Le plaisir et la surprise.
Les miroirs en voient de belles... Quand ils prennent la parole, témoins presque passifs de nos intimités, c'est pour nous renvoyer leur version de notre histoire, fidèle ou déformée par le rôle qu'ils y jouent, et mettre en lumière nos lâchetés secrètes comme nos éclats les plus audacieux.
Dans un exercice de style inédit, Emmanuelle Urien explore à l'occasion de son quatrième recueil de nouvelles des univers aux reflets disparates. Sous l'apparente froideur des miroirs, l'émotion affleure. Sans tain.
L'AUTEUR : Née à Angers, études disparates en lettres, langues, gestion internationale. Après quelques années dans diverses entreprises, quitte Paris et un poste de chef de projet pour Toulouse, sa famille et l'écriture. De 2003 à 2006, ses nouvelles hantent, via les concours littéraires, revues et anthologies. Elle écrit également des fictions pour Radio France {Les Petits Polars) avant de publier un premier recueil de nouvelles, Court, noir, sans sucre (éd. L'être minuscule, déc. 2005 - Prix de la nouvelle du Scribe 2006), puis un deuxième, Toute humanité mise à part (éd. Quadrature, fév. 2006 - Prix Salondulivre.net 2007). Son troisième recueil, La Collecte des monstres, paraît en mars 2007 (éd. Gallimard).
C'est une évidence, Emmanuelle Urien a du talent, un style apparemment calme et limpide, mais qui distille doucement une forme d'angoisse, et elle maîtrise parfaitement l'art délicat de la chute, qui fait basculer le lecteur dans l'étonnement et l'effroi. [...] La singularité d'Emmanuelle Urien, c'est sa manière de mêler compassion et cruauté, et de tenter, toujours, de surprendre son lecteur.
Gilles Chenaille - Marie Claire avril 2006.
Sous sa plume subtile, tout paraît normal, mais vue de près, la vie n'est qu'une machine à gifles.
Raphaël Leyris - Les Inrockuptibles avril 2007
C'était une petite cave voûtée, blanchie à la chaux, fraîche et propre. La maîtresse des lieux venait y faire d'interminables rondes durant lesquelles elle ne manquait jamais d'ajouter un spécimen à sa collection, qui rassemblait des miroirs de tous les acabits. L'existence de ce fragile capharnaüm n'était connue que de sa seule propriétaire, une femme solitaire et taciturne, une silhouette, une ombre. Elle n'avait ni famille, ni amis, ce qui expliquait sans doute qu'elle se préoccupât de hanter si longuement la pénombre des lieux.
Pour autant, l'obscurité n'y était pas totale : il filtrait par un soupirail un peu de lumière, reflétée par l'un ou l'autre des miroirs entreposés là. Selon l'heure du jour et le degré d'ensoleillement, le rayon était dispersé plus ou moins loin dans la pièce, et par plus ou moins de miroirs. Il s'établissait ainsi, à l'insu de la collectionneuse, de longues conversations silencieuses.
Comme le jour se levait, de petits éclairs jaillirent en saccades auprès du soupirail : une imposante psyché s'éclaircissait la voix. Montée sur un large pied de merisier et encadrée du même bois, elle se prévalait d'être la première entrée en possession des lieux et d'y avoir les faveurs de la maîtresse dont elle avait, prétendait-elle, amorcé, sinon aiguillonné la passion... Les miroirs ont de ces coquetteries ! Il est vrai que la grande psyché occupait une place de choix dans la cave, place dont elle espérait, par pure mesquinerie, qu'elle suscitait la jalousie de ses congénères moins bien lotis. C'était en effet sur elle, et sur elle seule, que le soleil matinal apposait ses premiers rayons ; les journées commençaient donc immuablement par un monologue où la psyché ressassait un passé moins poussiéreux, qu'elle étalait comme une série de conquêtes :
- Oh oui ! J'en ai vu passer devant moi, des générations de femmes ! J'en ai révélé, des visages et des corps, avec et sans vêtements ! J'en ai enchanté plus d'une, qu'un reflet matinal suffisait à illuminer pour la journée... D'autres, il est vrai, s'assombrissaient sous tous les angles, jamais satisfaites de ce qu'elles voyaient... Combien de larmes alors, et de poings aussi, se sont écrasés sur moi, comme si j'étais responsable de ce que la nature humaine a d'inconséquent ! Et pourtant, regardez-moi : me voici, devant vous, aussi solide qu'au premier jour...
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