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.. Les ombres de Kittur

Couverture du livre Les ombres de Kittur

Auteur : Aravind Adiga

Traducteur : Annick Le Goyat

Date de saisie : 26/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Buchet Chastel, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-283-02432-4

GENCOD : 9782283024324

Sorti le : 25/08/2011

  • Les présentations des éditeurs : 26/09/2011

Kittur, une petite ville imaginaire de l'Inde du Sud située sur là cote du Karnataka entre Goa et Galicut est le théâtre des dernières histoires de Tailleur du Tigre blanc.

Avec ses castes supérieures et inférieures, ses religions multiples, ses immigrés tamouls, ses enfants des rues, ses rikshawallahs, ses fonctionnaires corrompus, Kittur contient l'Inde tout entière.
On y croise Ziauddin, garçon famélique parmi tant d'autres qui hantent les gares du pays ; «Xerox» Ramakrishna, arrête pour vente illégale de photocopies des Versets sataniques ; Shankara, poseur de bombe dans son école jésuite ; Abbasi, propriétaire musulman d'un atelier de confection qui résiste aux pressions de fonctionnaires véreux ; Soumya, douce petite fille d'ouvrier qui, par amour pour son père, court lui chercher sa dose d'héroïne à l'autre bout de la ville ; George D'Souza, le jardinier catholique de Mrs Gomes, qui peine à établir la bonne distance entre maîtresse el serviteur ; Murali, le brahmane devenu communiste, qui a laissé la vie passer...
Ces quatorze destinées attachantes et envoûtantes d'hommes, de femmes et d'enfants illustrent les terribles et injustes enjeux de castes, de classes et de pouvoir dont l'Inde a été la scène lors d années cruciales : entre l'assassinat d'lndira Gandhi et celui de son fils Rajiv.

Né à Madras en 1974, Aravind Adiga est le chef de file de la jeune littérature indienne depuis que son premier roman, Le Tigre blanc a obtenu le prestigieux Booker Prize en 2008.



  • La revue de presse André Clavel - Lire, septembre 2011

Coup d'essai, coup de maître : en 2008, Aravind Adiga - né à Madras en 1974, installé à Bombay - a décroché le Booker Prize avec Le tigre blanc, un premier roman où il raconte l'ascension crapuleuse d'un paria sorti de sa fange natale. Les ombres de Kittur sont une nouvelle réussite, une fresque de bruit et de fureur où déferlent tous les démons d'une ville imaginaire, sorte de concentré explosif de l'Inde actuelle.


  • Les courts extraits de livres : 26/09/2011

Premier jour
(matin)

La gare

Lorsque le voyageur débarque du Madras Mail (tôt le matin) ou du West Coast Express (l'après-midi), les arcades de la gare ferroviaire encadrent sa première vision de Kittur. La gare est sombre, sale, jonchée de détritus que reniflent les chiens errants. Le soir, les rats font leur apparition.
Les murs sont recouverts de l'image d'un homme enjoué, potelé, bedonnant et entièrement nu, ses organes génitaux stratégiquement masqués par ses jambes croisées, flottant au-dessus d'une légende en langue kannada qui proclame : «Un seul mot de cet homme peut changer votre vie.» Il s'agit du chef spirituel d'une secte jaïne locale, laquelle gère un hôpital gratuit et une cantine.
Le célèbre temple Kittamma Devi, bâtisse moderne construite dans le style tamoul, se dresse à l'emplacement supposé d'un ancien autel dédié à la déesse. Proche de la gare, il est souvent la première escale des touristes.

Aucun des commerçants des environs de la gare ferroviaire n'aurait embauché un musulman, mais Ramanna Shetty, patron de Y Idéal Store, petit tea-shop où l'on servait du thé et des samosas, avait accepté d'engager Ziauddin en échange de sa promesse de travailler dur et de ne pas faire d'entourloupes.
Le petit garçon couvert de poussière avait lâché son sac et placé une main sur son coeur.
«Je suis musulman, monsieur. Nous autres, musulmans, nous ne faisons pas d'entourloupes.»
Petit et noir de peau, Ziauddin avait des joues rondes et poupines, et un sourire de lutin qui dévoilait de grandes dents blanches de lapin. Il faisait bouillir le thé dans une énorme bouilloire en Inox constellée de trous et observait avec une concentration farouche l'eau qui frémissait, débordait, et grésillait sur la flamme du réchaud à gaz. Régulièrement, il plongeait la main dans une des boîtes en Inox cabossé posées près de lui pour jeter dans l'infusion une pincée de poudre de thé noir, une poignée de sucre blanc, ou un morceau de gingembre écrasé. Il pinçait les lèvres, retenait son souffle, et, avec la main gauche, il inclinait la bouilloire au-dessus d'une passoire : le thé chaud gouttait par ses pores obstrués dans de petits verres fuselés, placés dans les fentes d'une boîte en carton originellement destinée à contenir des oeufs.


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