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Auteur : Anne-Lise Grobéty
Date de saisie : 27/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Bernard Campiche, Orbe, Suisse
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 9782882412980
GENCOD : 9782882412980
Sorti le : 31/08/2011
Un monarque règne à une époque inconnue sur le pays Bougon, petite terre déshéritée et quelque peu délaissée. Archétype de ces souverains dont la préoccupation première est leur petite personne, la «Minjesté» a sous ses ordres le père du petit Islo qui revient sur ses premières années et sa longue éducation. Son père est le Grand Humeur, il surveille, épie, hume, pèse, inspecte les intestins royaux et leur précieux résultat. Et tout est prévu pour qu'Islo prenne sa suite. Mais le jeune homme a d'autres préoccupations que les excréments royaux ! Il préfère la vie, ses joies, les rencontres, les voyages et ces héros conquérants des mers et des lointaines contrées. Islo deviendra-t-il l'héritier de son père dévoué ? Le pays Bougon verra-t-il sa situation politique évoluée ? Cette longue confession est aussi prétexte naturellement à aborder moult thèmes implicitement ou explicitement. L'oeuvre d'Anne-Lise Grobéty s'achève avec ce long conte atypique où sa maîtrise de l'écriture atteint peut-être son apogée. La langue est riche et poétique, travaillée avec minutie et le lecteur ressent le plaisir qu'elle a pris à créer ses longues phrases, ces sonorités frappantes, ces jeux de mots ironiques, ces situations singulières, à cacher une métaphore au détour d'une phrase anodine, à placer le sublime comme le grotesque là où on ne les attend pas. Un bonheur d'écriture !
Islo Pers doit travailler dur à développer finement son odorat, afin de perpétuer le métier de son père et devenir grand Humeur du Roi. Mais entre les rêvasseries, son goût pour les voyages et la nature, l'apprentissage se révélera difficile : sera-t-il le digne héritier de son père ? Pour cet ultime roman, Anne-Lise Grobéty nous emmène dans un univers très particulier : son écriture fine, la danse de sa plume pour faire virevolter les mots entraîneront le lecteur dans un monde surprenant.
Née en 1949 à La Chaux-de-Fonds, Anne-Lise Grobéty se fait connaître du grand public dès son premier roman, Pour mourir en février, couronné par le Prix Georges-Nicole. La suite de son oeuvre rencontre le même succès : le Prix Rambert et deux Prix Schiller lui ont notamment été décernés. Parmi ses publications les plus importantes, les romans Zéro positif et Infiniment plus, tous deux traduits en allemand, et les recueils de nouvelles La Fiancée d'hiver et Belle dame qui mord. Elle a reçu le Grand Prix C. F. Ramuz en 2000, et le Prix Saint-Exupéry-Valeurs Jeunesse de la Francophonie 2001 ainsi que le Prix Sorcières pour Le Temps des mots à voix basse. La Corde de mi, roman paru en 2006, lui a valu le Prix Bibliomedia 2001. Anne-Lise Grobéty est décédée le 5 octobre 2010.
Au cours de cette nuit que trouait la cadence de la chouette chevêche, tandis que mon sommeil en était réduit au poids d'une de ses plumes et que mon esprit pesait son setier de plaies et de regrets, j'ai tout à coup intimé à mon corps l'ordre de se lever bien avant que l'aube ne relève son museau.
Une fois le bouquet de chandelles enflammé, j'ai pris en main ce qu'il faut pour écrire et, bec tendu prêt à griffer les feuillets de papier innocents de tout soupçon de mot jusque-là, je me suis entendu soupirer : «Qui s'ouvre les veines de la mémoire après tant de temps d'hésitation et de tourments ne se condamne-t-il pas à trop lourde peine d'écritoire ?»
Je ne croyais pas si bien dire puisque, au jour qu'il est, j'en suis encore à toupiller mes souvenirs...
Quand le premier merle de la merlée du parc a pendu ses notes mûres au bout de son bec, j'avais à peine contourné les traits de six mots censés ouvrir les vannes de mon histoire. Je n'avais fait que tracer ceci de mon soliloque : «Je suis né au Pays Bougon.» Et juste derrière cette prime vérité, je me suis senti une plume de plomb qui refusait de faire toute boucle de lettre supplémentaire en direction dudit Pays Bougon...
Et voilà qu'en plus, sautant sur l'occasion, ma pensée fait un bond hors de mon passé pour prendre racine dans l'humus du présent, sous prétexte que le jour ne saurait tarder à purger sa pénombre de toute équivoque et à redonner contours de platane et d'érable à cette double croupe d'ombre frôlant la demeure. Alors, je me laisse aller à rendre grâce à tout ce qui ne demande qu'à reprendre vie alentour. Là-bas, entre ciel et grève, sortant à peine du four de la nuit, c'est le lac qui tient encore sa part de brume à bout de bras ; en appui sur lui, le mont au rein bien usé et, plus près, en suite du jardin, tout se remet en place comme la veille : les noyers, la vigne sur les côtés, les quatre cerisiers mafflus au milieu, puis la treille de glycine, les buissons de groseilles... Je vais enfin me contraindre à me repencher vers le papier quand le merle, perché à deux encoudées, me décoche ses croches gravées de la plus pure façon dans la cire du jour à peine né.
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