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.. La capture

Couverture du livre La capture

Auteur : Claire Veillères

Date de saisie : 24/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Grands romans

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 9782268071961

GENCOD : 9782268071961

Sorti le : 18/09/2011

  • Les présentations des éditeurs : 23/12/2011

Au milieu du XIXe siècle, le bassin d'Arcachon fut le théâtre d'un affrontement mémorable entre un étalon sauvage et les hommes qui tentaient de le capturer. La résistance de l'animal dura plus de quatre ans. Chaque tentative mettait aux prises des chasseurs toujours plus nombreux et un étalon toujours plus intelligent, violent et inventif. A chaque nouvelle ruse humaine, il opposait une défense inattendue. Sur sa capture, son éventuelle disparition, sa mort peut-être, rien de sûr. Le cheval semble disparaître de la mémoire des hommes lorsqu'il cesse de les narguer et de les faire courir.

Ce fait réel, rapporté par le Magasin Pittoresque en 1841, est au coeur de La Capture. Le fameux «Napoléon des chevaux», qui a bel et bien existé, fait se rencontrer deux adolescents que la naissance aurait dû séparer. Il plonge dans le trouble une aristocrate qui croyait son coeur et ses sens définitivement enfouis, il attire dans les Landes un jeune écuyer plein d'avenir, admirateur d'un célèbre dresseur parisien, François Baucher, et qui ne peut supporter de revenir à Paris, auprès du Maître, sans l'étalon sauvage capturé et dressé.

Dans ces dunes du bout du monde, ce superbe étalon jette aux hommes un formidable défi. Il les révèle dans leurs failles, leurs incertitudes, leurs convoitises et leurs rêves.

Prix Prométhée 2010 pour un recueil de nouvelles dans lesquelles le cheval est déjà très présent, Claire Veillères a quitté Paris, Bruxelles et le Parlement européen pour vivre en Normandie où elle travaille (au Haras du Pin), plus près des chevaux. Elle nous donne avec La Capture une histoire palpitante où se nouent, autour de la résistance désespérée d'une bête splendide, des destinées humaines traitées avec beaucoup de subtilité et de délicatesse.


  • Les courts extraits de livres : 23/12/2011

En quelques foulées rageuses, ils gagnèrent le sommet. Il n'y eut plus au-dessus du troupeau qu'un ciel gris basculant dans la mer et le vent, libéré, jeta, d'un souffle, les crinières vers la terre.
Les chevaux s'immobilisèrent. Naseaux dilatés, ils cherchaient l'air, et leurs flancs battaient, frappés de l'intérieur par une pulsion furieuse. Épuisés par la course, les poulains tremblaient sur leurs jambes grêles, déformées au genou. L'un d'eux passa d'une jument à l'autre avec impatience, cherchant d'un front têtu la mamelle chaude. En titubant, il se heurta au mâle qui le repoussa d'un geste si brusque que la jeune bête se figea de stupeur, oubliant sa quête.
L'étalon dressa la tête au-dessus du groupe. Une tension de vigie arquait son encolure, allumait dans son oeil un éclat fixe. Soudain, il plongea le chanfrein, haussa un peu le dos, joua de la nuque, et les juments obtempérèrent, resserrant leur troupe. Elles poussèrent les poulains devant, adoptèrent toutes une direction identique. Secouant la crinière, l'entier dansa encore à droite et à gauche des croupes qui se rangeaient et c'est un triangle sommaire que les bêtes formèrent, chassant en proue un poulain peureux, effrayé de se sentir seul devant et qui chercha longtemps, à coups de reins nerveux, la protection du groupe.
Le mâle s'arrêta. Le vent de la mer lui portait l'odeur forte des cavaliers gravissant la dune. Le piétinement pénible des hommes et de leurs montures irriguait la pente de vibrations irrégulières. Des éboulis de sable chuintaient entre les coups sourds dont l'écho remontait jusqu'au sommet. À chaque instant la distance entre les poursuivants et le troupeau s'amenuisait. L'étalon sentait la pression grandissante des cavaliers dans son dos, sur ses flancs. Face à lui, d'autres silhouettes en contrebas progressaient encore. Le cheval les observait, puis levait un peu plus haut la tête, et son regard fixait un point invisible au fond de la vallée où l'herbe longue se couchait dans le sens des vagues, en soie ondulante.
Répondant à une sollicitation invisible, l'étalon avança l'épaule, déplaça légèrement le groupe. Il orienta la pointe du triangle vers un espace plus large, entre deux cavaliers qui gravissaient la pente. L'un d'eux, en retard sur son voisin, ouvrait une brèche dans la ceinture des hommes peinant vers le sommet.
Soudain, au loin, se fit dans l'herbe un imperceptible mouvement. L'étalon fonça, lèvres troussées, et planta des dents sauvages dans la croupe dure, juste devant lui. Surprise, la jument bondit avec un hennissement strident, heurta de l'épaule sa voisine et mordit à son tour la bête devant elle. D'une dent acérée, le mâle fit le tour des croupes à sa portée, provoquant le dévidage foudroyant d'un chapelet de morsures qui se propagea jusqu'au poulain de tête, jetant d'un seul élan le troupeau dans le vide de la pente.


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