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Auteur : Jon McGregor
Traducteur : Christine Laferrière
Date de saisie : 17/11/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-267-02208-7
GENCOD : 9782267022087
Sorti le : 01/09/2011
1) Qui êtes-vous ? !
L'heureuse traductrice d'un ouvrage magistral, dont j'ai depuis la sensation qu'il s'est inscrit dans ma chair.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Selon moi, la perte irrémédiable, de l'autre ou de soi-même - plus encore que la réalité des paradis artificiels. Elle conditionne ici littéralement la volonté de survivre et l'intégrité de l'individu, à tous les sens du terme.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Ils essuient leurs mains poisseuses sur leurs vêtements avant de finir le nettoyage, de se déshabiller encore une fois et de se serrer dans une baignoire qui déborde, où chacun savonne le corps fatigué de l'autre et où leurs gènes se bousculent dans son corps à elle".
Sans oublier que "l'air est froid et comme un étau".
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
"The End" des Doors, peut-être. Parfois "Helikopter" de Stockhausen. Sinon une alternance de tonnerre et de pluie.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Toutes les choses que l'auteur a su faire ici au langage, de même que "toutes les choses qu'on leur fait, à ces corps, et ils n'arrêtent pas de recommencer".
Dans une ville du nord de l'Angleterre, peu après Noël, un homme est retrouvé mort dans son appartement. Une enquête est aussitôt ouverte, rythmée par les voix de ses amis - tous des toxicomanes qu'il hébergeait en échange de menus services -, décidés à l'accompagner jusqu'au bout et à comprendre comment il a pu se retrouver seul, à court de vivres. Au fil des squats et des ruelles, ils lui rendent un dernier hommage, se remémorant leurs souvenirs avec lui, ainsi que leurs propres trajectoires.
Intense, exaltant, autant animé par l'espoir que par la colère, Même les chiens est une exploration intime des marges de la société, à la lumière de sentiments d'amour, de perte, de désespoir et d'un éclair de rédemption.
«Une alliance rare d'empathie profonde et d'écriture magnifique.» Mark Haddon
«Jon McGregor est un écrivain qui laissera une empreinte considérable dans la littérature mondiale. En vérité, c'est déjà fait.» Colum McCann
Il y a peu, j'entendis à la radio une journaliste interroger deux écrivains de romans noirs. Il était question de faits divers, de criminels, de délinquants. La journaliste répéta plusieurs fois : "Ils n'ont pas d'intelligence." J'eus honte pour elle, pour les écrivains qui ne la reprenaient pas, pour moi qui écoutais et me trouvais du bon côté, du côté de ceux qui ont l'intelligence. Même les chiens est de ces livres qui nous lavent de cette honte. Nous n'avons pas à nous identifier aux paumés, nous n'avons pas à faire les drogués, à les imiter, mais nous ne sommes pas de l'autre côté, nous ne sommes pas finis, pas morts, nous sommes couchés parmi les chiens, nous avons l'ambition démesurée d'être traîtres, mot que Deleuze réinvente magnifiquement : "C'est que traître, c'est difficile, c'est créer. Il faut y perdre son identité, son visage. Il faut disparaître, devenir inconnu." (Dialogues, de Gilles Deleuze et Claire Parnet, Flammarion, 1998.) Et c'est parce que nous avons été couchés parmi les chiens que nous pourrons nous lever, nous, les vivants et le mort.
Ils défoncent la porte fin décembre et emportent le corps.
L'air est froid et comme un étau, le ciel, d'un bleu acier corrosif, les arbres, blanchis couleur d'ossements à la lumière givrée du soleil. Nous sommes blottis les uns contre les autres près de la porte verrouillée.
La rue semble calme, vue d'ici. De la vapeur enfle et soupire en s'échappant d'un tuyau de chauffage central. Une télévision est allumée dans une pièce de l'appartement voisin. Quelqu'un frappe à coups de marteau sur un poteau de la clôture à l'extrémité des terrains de sport derrière les appartements.
Trois étages au-dessus, un tuyau d'écoulement à l'épaisse lippe de glace en train de fondre goutte dans l'allée, l'eau s'accumule en une flaque qui gèle à l'ombre d'un muret de briques.
Des voitures passent, de temps à autre, les vitres embrumées et le moteur qui lutte contre le froid.
Nous voyons une fille sortir d'un taxi garé plus haut sur la colline. Elle laisse la portière ouverte et nous voyons deux sacs en plastique bourrés de vêtements, de livres et de maquillage sur la banquette arrière. Elle monte le petit escalier et cogne à la porte. C'est Laura. Elle crie par la fente du courrier. Elle fait signe au chauffeur d'attendre, contourne l'immeuble et s'arrête sur le côté. Nous la voyons grimper sur un toit de garage et passer par la fenêtre de la cuisine de l'appartement. Elle reste quelques instants dans la cuisine. On dirait qu'elle parle à quelqu'un. Elle ressort, saute du toit du garage, puis remonte dans le taxi.
Plus tard, le soir du même jour ou bien le lendemain, pendant que les autres appartements s'illuminent de faibles lueurs jaunes et bleues derrière de minces rideaux et des draps accrochés aux fenêtres, nous voyons Mike escalader tant bien que mal le toit du garage. Nous entendons des cris, quelque chose qui se casse. Nous voyons Ben, qui dévale la colline en direction de la ville.
Nous voyons Heather, un autre matin, se traîner jusqu'en haut de l'escalier et cogner à la porte, une canette ouverte à la main. Elle crie par la fente du courrier et regarde à travers la vitre. La vieille de l'appartement voisin sort et dit quelque chose. Elles se disputent, puis Heather cogne de nouveau à la porte avant de redescendre la colline en direction de la ville.
Nous voyons Mike, qui parle sur son portable, son long manteau lui bat les genoux tandis qu'il s'engage à grands pas dans la rue.
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