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.. L'être paradoxal

Couverture du livre L'être paradoxal

Auteur : Colette Jacques Veaux

Date de saisie : 30/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Publibook.com, Paris, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 9782748366525

GENCOD : 9782748366525

Sorti le : 15/08/2011

  • Les présentations des éditeurs : 30/09/2011

Où l'on croise (entre autres) un écrivain préférant les livres aux pistes de ski, un couple échappé d'un roman d'Orwell, un texte d'anticipation, un autre de science-fiction, une poignée d'adolescents, un assureur, une présentation romancée de l'auteur par elle-même et où l'on s'interroge sur la création, la mort, le temps, le futur ou les relations sociales... L'Être paradoxal n'est pas un recueil de nouvelles comme les autres, c'est un objet littéraire non identifié et bourré de charme.

«Je demande la grâce de mourir là, dans la maison de tuffeau, ou sous le cèdre bleu de la pelouse. Mais avant de tomber, je veux seulement raconter les histoires qui enchantent les vies.» Petite fille, Colette Jacques Veaux se racontait des histoires; devenue femme, elle affiche une dilection particulière pour la langue française et ses infinies possibilités. Il est des vocations qu'il serait idiot de contrarier et des ouvrages qu'il serait tout aussi stupide de bouder...

Colette Jacques Veaux a publié tardivement, à partir de 2002, des romans et des nouvelles. Dans ses nouvelles, elle utilise volontiers pour s'exprimer la fiction, l'anticipation, le fantastique. Son écriture est personnelle, moderne dans le respect de la langue française.


  • Les courts extraits de livres : 30/09/2011

Incipit

Moi, Colette Jacques Veaux, j'ai écrit les histoires qui vont suivre. J'étais déjà une drôle de petite fille.
J'avais l'âge de raison depuis peu. Je raisonnais donc beaucoup.
Cependant ma raison pour s'exercer avait encore besoin du soutien familial, ou seulement d'objets appartenant à mes parents que j'aimais.
Ma mère avait horreur des fromages mais comme mon père adorait le camembert, il y avait du camembert à la fin de tous les repas parce que l'amour conjugal tenait la première place dans la vie de mes parents.
Ce camembert arrivait sur la table dans sa boîte parce que ma mère qui singeait les bourgeois en raison de l'ascenseur social de la troisième République, ne manquait pas de critiquer violemment leurs manières, et plus spécialement leurs manières de table, en raison de nos origines populaires et des opinions de gauche de son époux. Non que l'on ait manqué d'assiettes à la maison, mais par simplicité et parce que c'était toujours cela de moins pour le lavage de la vaisselle, le camembert restait dans sa boîte, ce qui par ailleurs permettait de le contenir quand il commençait à couler.
Ce camembert avait un nom : «La Renommée». Le couvercle de la boîte portait une allégorie. Une femme demi nue et drapée d'une étoffe soulevée par un vent imaginaire se tenait entre ciel et terre, portant dans ses bras une corne d'abondance d'où sortait un camembert dont le couvercle de la boîte portait une allégorie...
De boîte en boîte, jusqu'à l'infiniment petit, l'espace s'étendait. Ma raison s'efforçait de suivre. Est-ce parce que, chez moi, le camembert avait une connotation masculine que ma cervelle de fille achoppait au problème mais je sentais que j'étais dépassée et qu'il valait mieux que je ne m'ouvre pas de mon problème aux adultes.

À peu près à la même époque de ma vie, comme l'espace, le temps s'imposa à moi comme question philosophique. L'objet, la pierre philosophale était, cette fois, un objet appartenant à ma mère. C'était un pot d'épais verre opaque blanc qui contenait une crème cosmétique. Le couvercle de bakélite bleu foncé portait le mot «Tokalon» et je n'ai su que beaucoup plus tard que ce nom propre était un jeu de mots sur des termes grecs en relation avec la beauté.
La beauté, elle était promise par une notice collée sur le pot qui assurait aux utilisatrices de la crème qu'elles rajeuniraient de dix ans. J'avais beau savoir qu'il n'était question que d'apparence, je ne pouvais m'empêcher de penser que cette crème appartenant à ma mère avait des pouvoirs magiques et que si j'osais plonger un doigt dans le pot je me trouverais précipitée dans un temps où je n'existerais pas encore. Je n'avais pas dix ans.


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