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.. Généalogie d'un fantôme

Couverture du livre Généalogie d'un fantôme

Auteur : Marc Archippe

Date de saisie : 29/09/2011

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Anne Carrière, Paris, France

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 9782843376238

GENCOD : 9782843376238

Sorti le : 06/10/2011

  • Les présentations des éditeurs : 19/11/2011

Parfois, les rencontres de hasard ressemblent à des rendez-vous - à croire que le destin en est l'organisateur. Henry Foster, écrivain solitaire à la dérive, découvre dans un carton oublié un manuscrit qu'il n'a pas écrit. Convaincu que c'est l'oeuvre d'un ami fils disparu, il décide d'en retrouver l'auteur et de le faire publier. Il prend la route de la Virginie dans un vieux break Ford et rencontre en chemin une très jeune fille, Sarah Beth, sorte de Lolita faussement délurée et attachante, en rupture de ban avec sa famille. Ce road trip d'un quinquagénaire et d'une adolescente retrace le retour à la lumière d'un homme écrasé par l'ombre de son propre père, un homme blessé qu'une femme-enfant va prendre par la main.

«On conduit toujours en fonction du véhicule et du poids de ce que l'on transporte. Tous les vieux camionneurs vous le diront. Alors, c'est peut-être aussi la bâche de la remorque que Sarah Beth avait soulevée. Puis, d'un signe de tête mutin, comme elle sait si bien le faire, elle m'avait signifié de regarder par-dessus les ridelles...»

Marc Archippe signe son quatrième roman, sur le thème du voyage, de la rencontre et de la reconstruction. Une superbe aventure humaine.


  • Les courts extraits de livres : 19/11/2011

Lorsque l'on écrit, rien de réellement puissant n'est jamais advenu qui ne se soit extrait des limbes brumeux de l'intime. En ce lieu étrange se tient un gouffre effrayant qui nous propose toutes les plongées vers les univers inconscients. Cette constatation posée, la limite entre raison et déraison pourrait s'inscrire dans la capacité de l'écrivain à jeter une corde dans le trou avant de s'y propulser. Savoir que la corde existe et qu'elle sera indispensable pour s'en extraire est certainement la première des choses qui devrait s'enseigner. Lorsque je me suis lancé dans le vide, ou plus exactement lorsque j'y fus poussé, la corde était restée au sol, sagement lovée sur elle-même. Je ne me suis pas même pris le pied dans ses boucles en sautant. Dommage ! J'en serais ressorti plus tôt. Mon nom est Henry Foster. Je vivais au 610, 10e rue à Perry, Iowa. Du moins j'y habitais, si vivre s'entend comme avoir sa place dans la société, dans le réel. Pour autant, j'y mangeais, y dormais, y déféquais. Et je croyais y écrire. En fait j'étais tombé dans le gouffre, certainement par le croc-en-jambe de quelque fantôme. En tout état de cause j'y étais, seul, et si fantôme il y avait, force est de constater que leurs esclaves peuvent en ignorer jusqu'à l'existence. L'écriture est un exercice dangereux.

Ce matin-là - les histoires commencent souvent par «ce matin-là» - j'étais debout bien avant le lever du soleil. Et pour cause : je n'avais pas dormi une seule minute. Ma nuit avait fondu, elle s'était dissipée sans que j'en aie la moindre conscience. Le dossier de ma chaise s'était peu à peu enfoncé dans mon dos sans que cela interrompe ma lecture. Pourtant, finalement, la fatigue s'était présentée et je m'étais levé pour faire quelques pas jusqu'à la fenêtre. J'avais fait ce geste, inconscient chez tous ceux qui portent des lunettes, de les essuyer machinalement et de me masser le nez là où elles avaient reposé en y laissant une marque douloureuse. À travers la vitre embuée et les grilles de fer forgé que Jenny avait fait poser, je regardais, sans les voir, les arbres tranquilles de l'avenue, la vieille dame tôt levée qui marchait sur le trottoir d'en face et le garçon-livreur du laitier. Un océan de calme supposant à la tourmente qui m'habitait. Les dernières pages du manuscrit étaient sur mon bureau, derrière moi. Je sentais leur présence, précise et brûlante comme un rayon laser reliant la table à ma nuque. Des pages qui n'étaient pas les miennes et qui, pourtant, portaient en elles tout ce que, pendant tant d'années, j'avais cherché à coucher sur le papier sans succès. La force de cette écriture résidait dans sa description d'un monde en feu, d'un univers sans pitié. On prenait les nippes de personnages apocalyptiques pour s'en vêtir. Comme la lave d'un volcan que rien ne saurait arrêter, s'écoulant de chapitre en chapitre, les mots vous emportaient dans une ambiance lourde. Si l'on sentait que l'auteur de ces pages était encore à l'âge des utopies, une maturité sourdait néanmoins sous le texte.


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