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Auteur : Madison Smartt Bell
Traducteur : Pierre Girard
Date de saisie : 03/02/2012
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Lettres anglo-américaines
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782330000448
GENCOD : 9782330000448
Sorti le : 05/10/2011
Rescapée d'une secte ressemblant étrangement à la «Famille Manson», Mae survit plus qu'elle ne vit dans le Nevada, employée d'un casino où elle côtoie des joueurs minables et entretient une liaison sporadique avec un obscur tueur à gage. Le 11 septembre 2001, alors que les télévisions diffusent en boucle les images de l'attentat, Mae aperçoit dans la foule le visage de Laurel qui fut son amante au sein de la communauté. Ensemble les deux femmes ont subit une initiation à base de psychotropes, d'orgies sexuelles et de fascination pour les armes blanches, dans une secte dominée par les figures de D. le gourou charismatique et de O. talentueux musicien, Orphée des temps modernes, qui pousseront leurs adeptes à la fin des années soixante à commettre l'irréparable. Mae n'a alors plus qu'un désir : retrouver celle qui fût son amante pour renouer avec leur ancien style de vie ou mettre un point final et violent à leur histoire.
Avec le personnage de Mae qui telle une prêtresse de la souffrance égraine ses souvenirs, depuis ses jeux sexuels avec son frère dans son enfance jusqu'à ses errances actuelles dans le désert armée d'un fusil, en une psalmodie teintée de mysticisme, Madisson Smart Bell explore les racines de la violence et nous livre son roman le plus noir.
1) Qui êtes-vous ? !
Le traducteur.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
La nuit des temps en chacun de nous.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Comme mon coeur a chanté quand les Tours sont tombées !»
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
«The End,» The Doors, 1962
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La beauté et la poésie sombre du texte, et derrière le dépouillement de la langue et la sècheresse du récit, un mystère indéchiffrable qui rapproche ce livre de celui que je préfère à tous, «L'Étranger» de Camus.
En cette nuit du 11 septembre 2001, Mae n'est pas, comme d'ordinaire, en train de rôder, fusil en main, dans les ténèbres du désert du Nevada : dans la caravane où elle vit seule, elle se repasse en boucle les quelques secondes de vidéo où elle vient de reconnaître, parmi les New-Yorkais paniques courant dans les décombres, le visage convulsé de Laurel, la femme qu'elle a aimée et qui a disparu de sa vie depuis trente ans. Loin de partager l'effroi que suscite sur la planète entière le spectacle des deux tours qui ne cessent de s'effondrer, Mae y lit une invitation longtemps espérée à assumer de nouveau pleinement la cruauté à laquelle elle a, très jeune, été initiée par son propre frère avant que, entre drogue et sexe, Laurel et elle ne fassent, jusqu'au bout, l'apprentissage de la violence au sein d'une secte restée célèbre pour l'atrocité d'un de ses crimes "rituels" à la fin des années soixante.
Mais Laurel, contactée, refuse radicalement de renouer avec cette dangereuse mémoire dont Mae, qui hait la pusillanimité des "mortels", se veut la gardienne farouche et passionnée. Lâchée dans ses rêves de carnage et de sanctuaire amoureux, Mae accule alors son ancienne compagne à une ultime rencontre.
A travers le saisissant personnage de Mae faisant fusionner au creuset de son délire deux des épisodes les plus emblématiques de l'histoire récente des États-Unis, Madison Smartt Bell en appelle aux mythes dionysiaques pour interroger avec audace le présent d'une humanité dont la propension archaïque à rechercher l'extase dans la catastrophe contribue à façonner l'éternel enfer.
Toute l'oeuvre de Madison Smartt Bell est publiée en France par Actes Sud. Dernier ouvrage paru : La Ballade de Jesse (2009).
La Couleur de la nuit est un monologue, une confession. Madison Smartt Bell déclare avoir écrit «sous la dictée des démons». Il a rempli ces pages dans une semi-transe, inspiré comme on l'était jadis par la muse. Une muse qui n'avait pas de jolies choses à raconter. C'est vers l'inceste qu'on avance, vers ce frère qui attachait, embrassait, mordait ; vers cette «Chose-mère» qui, voyant l'ecchymose sur la mâchoire, lâchait : «Vous avez des jeux trop violents» Bien sûr, ce roman fait souffrir, il n'a rien d'agréable,..
Mais pourquoi lisons-nous ? De la violence universelle comme pâte à pétrir, il façonne un objet esthétique envoûtant, au confluent des Anciens et des Modernes. On pense à l'Euripide des Bacchantes et à la Joan Didion de Maria avec et sans rien. Les chapitres courts, chocs à la chaîne, se lisent en poèmes, l'ensemble comme un recueil qui quadrille l'Amérique, des plaines désertiques aux «colonnes d'ombre à l'endroit où s'étaient dressées les tours». C'est une nation mise en prose, divisée, calcinée, fabrique à mirages, royaume des fous ; elle connaît ses mythes, reste sourde à ses monstres. Voilà leur chant.
Comme mon coeur a chanté quand les tours sont tombées ! Une telle poussée de force pure, se tordant, se désagrégeant, s'épanouissant en ce gigantesque astre de ruines avant de jeter au sol toute sa substance... Ces escarbilles semblables à des moucherons qui tournoyaient tout autour s'avéraient être des mortels jaillissant des flammes. Drapés dans le linceul de leurs cris, ils descendaient. Si j'avais su que la mort pouvait en détruire un tel nombre !... en l'espace d'un instant.
Je pouvais le revoir à ma guise, la télévision ne cessant de le rediffuser comme un jeu vidéo auquel personne ne peut gagner. Il n'y avait pas de limite au temps que j'étais libre de passer à dévorer ces images. Comme d'un fruit qui mûrit jusqu'à l'éclatement, la brusque dilatation, encore et encore, et puis la chute. Qu'importait le nombre de ceux qui vous voyaient regarder, puisque nul ne connaît le coeur ni l'esprit d'autrui. Jamais je n'aurais imaginé que mon sang pouvait se soulever ainsi. Et aujourd'hui encore, malgré les années, malgré mon corps qui flétrit.
De temps en temps, la télévision montrait un avion mordant le flanc d'un bâtiment, ses dents invisibles sous sa gueule, comme celles du requin - puis les flammes bondissant hors de la blessure tel le jet écarlate d'une artère. Suivaient des plans sur des mortels encore vivants dans la rue, qui gémissaient, griffaient la chair sur les os de leur visage, et sur d'autres, prostrés, saisis d'effroi.
J'ai donc revu Laurel pour la première fois, Laurel agenouillée sur le trottoir, la tête rejetée en arrière, les mains tendues et les doigts crochus, comme des armes ou comme en signe de louange. Le sang coulait à la commissure de ses lèvres, comme jadis, mais pas pour la même raison.
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