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Auteur : Sébastien Rutés
Date de saisie : 03/02/2012
Genre : Policiers
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Actes noirs
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 9782742799077
GENCOD : 9782742799077
Sorti le : 05/10/2011
Les lions sont entrés dans Paris et ont déjà dévoré un promeneur dans le Bois de Boulogne, en cela ils ont violé le principal commandement du Conseil des Animaux : jamais une bête ne doit s'attaquer aux humains. Les membres du Conseil s'interrogent : les fauves se sont-ils échappés d'une ménagerie, d'un cirque, bénéficient-ils de l'aide d'animaux renégats remettant leur autorité en cause ?
Exilé dans les branches d'un vieux févier du parc Montsouris, depuis que son aile a été blessée lors d'une de ses mission, Karka le corbeau freux, ancien messager du Conseil, est chargé d'enquêter sur les agissements des lions et de démasquer les instigateurs du complot avant que les humains ne déclarent une guerre sans merci aux animaux. Aidé d'un toucan fantasque, d'une blanche colombe et d'une jolie corneille, Karka va s'efforcer de mener à bien sa mission.
Dans son premier roman paru dans la collection Actes Noirs, Sébastien Rutès nous offre un savoureux mélange de roman d'investigation, de fable animalière et de conte philosophique où les références littéraires à (entre autre) Ésope et La Fontaine sont si nombreuses qu'il est impossible de toutes les relever en une seule lecture.
1) Qui êtes-vous ? !
J'enseigne la littérature latino-américaine et «Mélancolie des corbeaux» est mon troisième roman, après «La loi de l'Ouest» et «Le linceul du vieux monde» (L'Atinoir).
2) Quel est le thème central de ce livre ?
A force de vivre en ville et au contact des hommes, des animaux arrivés à différents degrés d'évolution et de domestication sont tiraillés entre nature et culture, loi naturelle et loi sociale, instinct et raison. Les affrontements sauvages qui résultent de leurs choix sont une métaphore des tiraillements imposés par la vie en société, et les Lions qui envahissent Paris symbolisent les peurs avec lesquelles certains jouent et contre lesquelles d'autres sont amenés à lutter, à l'image de Karka, un corbeau qui vit dans un arbre du parc Montsouris et que le Conseil des animaux de Paris charge d'enquêter.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
«Que de pensées, pourquoi faut-il qu'il m'en vienne tant ?» s'interroge Karka, le corbeau narrateur. Handicapé par une aile brisée, il ne peut plus voler haut ni longtemps, ce qui lui laisse trop de temps pour penser à sa condition animale, sans parvenir à résoudre le paradoxe qui le hante : faut-il cesser de réfléchir pour revenir à une animalité rassurante ou penser plus au risque de se poser de nouvelles questions sans réponse satisfaisante ?
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Je l'imagine comme un air classique, contemplatif et introspectif, certainement un nocturne qui serait à la fois propice à la réflexion et inquiétant. Mais c'est la chanson «Les oiseaux de passage» que j'avais en tête en l'écrivant, ce poème de Jean Richepin mis en musique par Georges Brassens qui est une saisissante allégorie de la condition humaine à travers la métaphore des oiseaux libres et des volailles de basse-cour.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Des questions. Karka est un animal suffisamment évolué pour s'en poser mais pas assez pour y répondre. Les rares réponses qu'il peut donner lui sont dictées par l'instinct et il ne peut que sentir qu'elles ne sont pas toujours les bonnes. Ses questions ont à voir avec sa condition - doit-il se satisfaire du degré d'évolution auquel il est arrivé, revenir en arrière vers la sécurité instinctuelle ou avancer vers l'inconnu ? - et l'ébauche de société animale dans laquelle il vit. La dictature de la peur, la justification des fondamentalismes au nom des absolus (la Nature, ici), le grégarisme, la légitimité de la violence sont autant de sujets sur lesquels il s'interroge du haut de son arbre et qui renvoient, déformées par le prisme de la perception animale, à nos questionnements.
Mais, au-delà du fond, s'il fallait choisir, je serais simplement heureux que les lecteurs ressortent de la lecture avec dans l'oreille le souvenir plaisant de la musicalité de la voix de Karka...
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Au parc Montsouris, le long des pentes de la voie ferrée désaffectée, Karka le Corbeau freux vit en ermite dans un arbre. Dédaigneux des Pies bavardes et des Canards cancaniers, ses voisins, il coule des jours mélancoliques à contempler le passage des nuages et la vie sur les rives du bassin, depuis qu'autrefois son aile fut brisée par un Épervier. Aux questions amères que lui inspire son destin il ne trouve pas d'autres réponses que celles que lui dicte l'instinct, dont il ne se satisfait guère. Animal marginal, il ressasse en solitaire sa nostalgie des forêts jusqu'au jour où les Mouettes colportent au parc la rumeur de la disparition des bêtes du bois de Boulogne et que Krarok, le Grand Corbeau du Conseil des animaux de Paris, se résout enfin à le faire mander, après toutes ces années. Dans la charpente de Notre-Dame, où Krarok tient audience sous l'Aigle mystique de saint Jean, ont lieu les retrouvailles et la révélation : des Lions rôderaient dans les bois de Paris ! Avant qu'ils ne s'en prennent aux Humains, Karka, l'ancien messager oublié des conseillers, doit mener l'enquête avec une Tourterelle imbue de sa blancheur, une séduisante Corneille et un fantasque Toucan qu'il a libéré de sa cage...
Avec Mélancolie des corbeaux, son premier roman à paraître dans la collection "Actes noirs", Sébastien Rutés compose une variation étrange et envoûtante sur le roman d'investigation, à mi-chemin entre la table animalière et le conte philosophique.
Maître de conférences. Sébastien Rutés enseigne la littérature latino-américaine. Spécialiste des genres, il a publié de nombreux articles universitaires sur le roman policier hispano-américain et un essai consacré au Mexicain Paco Ignacio Taibo II. Il est l'auteur de plusieurs nouvelles, en espagnol et en français, et de deux romans publiés aux éditions L'Atinoir : le Linceul du vieux monde (20081 et La Loi de l'Ouest (2009).
Un zeste de folie très sud-américaine, sans doute, mais aussi un parfum de roman picaresque et des allures de ces contes philosophiques chers à Voltaire ou Diderot. Rutés est un tout jeune auteur, mais il témoigne d'une maîtrise époustouflante de la langue et, à l'heure des fausses nouveautés et des esbroufes à vieillissement prématuré garanti, son français riche en couleur, en odeur, plein de piquant et de sensualité, m'a procuré autant de plaisir qu'une relecture de mes maîtres Rabelais et Pergaud ! Pour Mélancolie des corbeaux, un Croa d'honneur !
Sur les hauteurs du parc Montsouris, des féviers d'Amérique poussent le long des pentes de la voie ferrée désaffectée. Des rangées d'ifs touffus les cachent aux yeux des promeneurs, des rambardes de faux rondins en interdisent l'accès et les épines de leur tronc dissuadent les étudiants de la cité universitaire de s'y venir bécoter en cachette des gardiens. Rarement, ces derniers mènent-ils leurs rondes d'inspection sur les passerelles moussues qui surplombent la tranchée de la voie ferrée. Certaines nuits, l'entrée du tunnel abandonné avale des ombres en maraude le long des rails. Paris les digère sans jamais rien recracher. Seul le souffle du vent qui s'engouffre au soir dans son mufle affole le silence. Ni les piaillements des aires de jeu ni les cancans du bassin ne franchissent la barrière des cèdres. Défendus par les parois de la tranchée, les pentes escarpées, les grilles et les épines, ces féviers sont un refuge extraordinaire : on n'y accède que par les airs.
C'est là que je vis, sur la quatrième branche du plus haut févier. Mon trou dans le tronc n'est pas confortable, c'est pour sa quiétude que j'y ai élu domicile. Des mousses et quelques gousses ont suffi à le rendre habitable. N'importent l'humidité de l'écorce, les champignons qui y poussent ni les mousses moisies qu'il faut souvent remplacer : je tiens à mon confort moins qu'à ma tranquillité.
Mes voisins connaissent mon goût de la solitude. Que je les inquiète n'explique pas peu qu'ils le respectent. Il faut admettre que je ne fais rien pour améliorer la réputation des Corbeaux, sans en rajouter : nous n'avons tout bonnement pas de contacts. Je concède d'ailleurs volontiers que ce sont des animaux discrets et de bons voisins. Le couple de Pies de la première branche n'est pas bavard, c'est une chance. La femelle fait en sorte que ses petits ne s'approchent pas. Qui sait ce qu'elle leur raconte sur moi ? Peut-être simplement la vérité... Les vols de Moineaux piaillards ont appris à éviter les féviers ; les arbres ne manquent pas, dans le parc, pour passer la nuit. Par bonheur, les Rouges-gorges, les Mésanges et les Pinsons préfèrent les arbres bas et plus ensoleillés pour s'égosiller. Quant à l'Écureuil auquel il avait pris de creuser sa bauge sur la troisième branche, il n'a guère été long à déménager : j'excelle à convaincre les importuns lorsque ma tranquillité est menacée.
Les autres féviers sont habités par des Pigeons, des animaux paisibles dont les roucoulements ne troublent pas mon repos. On les tient avec raison pour stupides mais leur placidité me les rend sympathiques. Je respecte leur bêtise silencieuse, ils respectent ma solitude revêche. Nous nous saluons lorsque nous nous croisons, ce sont tous les rapports que nous avons. C'est très bien ainsi : que pourrais-je avoir à leur dire ?
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