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.. L'appât

Couverture du livre L'appât

Auteur : José Carlos Somoza

Traducteur : Marianne Millon

Date de saisie : 28/12/2011

Genre : Policiers

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Lettres hispaniques

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 9782742799398

GENCOD : 9782742799398

Sorti le : 05/10/2011

Madrid. Deux serial killer sont à l'oeuvre. Un Empoisonneur et un Spectateur.
Somoza nous situe dans une époque où la technologie est tellement accessible à tous qu'elle ne suffit plus pour démasquer les coupables. Les policiers font donc appel à des appâts, hommes et femmes formés grâce au théâtre de Shakespeare à détecter les profils à risques.

Diana Blanco a décidé d'arrêter et de commencer une nouvelle vie mais devant l'acharnement de sa soeur à retrouver le spectateur et de peur qu'il lui arrive quelque chose, elle se remet le pied à l'étrier. Elle se doit de le retrouver et de le piéger. Aidée de son ancien maître, qui se fait passer pour mort, elle se met en chasse.

Livre très travaillé par José Carlos Somoza où la psychologie nous rapproche des désirs, des envies les plus inavouables de chaque personnage.


Entre polar et anticipation, théâtre et psychologie, "L'appât" dresse le tableau d'un monde disséqué, normé, raisonné où la moindre réaction humaine, du plaisir à la douleur, est analysée, quantifiée et utilisée. Somoza, spécialiste de cette dissection psychiatrique, y mêle avec génie Shakespeare en faisant de son oeuvre la Bible de l'âme humaine. Diana, l'héroïne à la fois actrice-enquêtrice-psychologue, plonge dans les méandres des philias humaines pour suivre un psychopathe incompréhensible. Du grand Somoza : original, rythmé, juste. Incomparable !


  • Les présentations des éditeurs : 28/10/2011

LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS

Lever de rideau. Ici une bretelle noire glisse sur une peau diaphane, là des yeux mi-clos quémandent un improbable pardon : parure et posture. Elles charment et abusent les sens, elles disent qui est le maître. Si le grand ordonnateur de ce manichéisme visuel s'appelle Shakespeare, nous ne sommes pas sur les planches du théâtre du Globe mais dans le centre de formation ultramoderne de la police madrilène. Des instructeurs y décryptent les codes élisabéthains, qui placent la satisfaction du désir à l'épicentre de notre psyché. Les agents sont formés à la technique des "masques" : identifier en quelques secondes la nature du désir le plus profond du suspect pour provoquer en lui une overdose du seul plaisir auquel il ne peut résister. On les appelle les "appâts", Diana Blanco est leur meilleur élément.
Quand elle découvre que sa jeune soeur est aux prises avec l'insaisissable Spectateur qui terrifie la ville, elle mène une course contre la montre qui la conduit jusqu'à l'antre du monstre. C'est du moins ce qu'elle croit.

Subversif ? Troublant ? Inventif ? Ingénieux ? C'est Comme il vous plaira. Mais si "Le monde entier est un théâtre", José Carlos Somoza signe ici une magistrale mise en scène.

Né en 1959, José Carlos Somoza vit à Madrid. Ses ouvrages, parus chez Actes Sud - La Caverne des idées (2002 ; Babel n ° 604), Clara et la pénombre (2003 ; Babel n° 669), La Dame n° 13 (2005 ; Babel n° 793), La Théorie des cordes (2007 ; Babel n° 911), Daphné disparue (2008) et La Clé de l'abîme (2009 ; Babel n° 1080) -, sont traduits dans le monde entier.



  • La revue de presse Eric Chevillard - Le Monde du 26 octobre 2011

Le livre fait jouer tout à tour tous les ressorts du thriller, fausses fins, faux coupables, résurrection des monstres et valse des masques, dans un crescendo qui évoque davantage le Grand-Guignol que le théâtre élisabéthain, mais selon une logique endiablée propre à son principe de départ, et où le lecteur - vaut-il mieux dire le Spectateur ? - se trouve lui-même impliqué, tenu entre deux doigts par l'écrivain-prédateur qui excite cruellement ou délicieusement, voyez vous-mêmes, sa philia de Curiosité, tourmentée par le suspense toujours relancé, partagée entre le souhait que ce tourment ne cesse jamais et celui d'en voir enfin le bout.


  • Les courts extraits de livres : 03/10/2011

Madrid
Aujourd'hui

L'homme semblait normal, ce qui me fit penser qu'il était dangereux.
Sa maison, ou celle où il me conduisit en la présentant comme telle, donnait la même impression de normalité excessive : une maison jumelle avec des panneaux solaires, un jardin minuscule et des systèmes de sécurité à la pointe du progrès, située dans une rue tranquille de Padua, l'un des nombreux lotissements à proximité de Madrid, créés pour accueillir des constructions et des gens qui ne tiennent pas ailleurs. L'intérieur sentait le propre et était rangé, ce qui m'intrigua également. Il m'avait dit qu'il vivait seul, et tout cet ordre chez un homme seul était inquiétant.
- Entre, mets-toi à l'aise, me dit-il en désactivant le code de sécurité.
- Merci.
- Qu'est-ce que tu veux boire ?
- Il sourit et écarta les bras.
- Je n'ai pas d'alcool.
- Un soda light, ce que tu auras.
Je posai mon sac sur le canapé, mais je ne m'assis pas. Quand il partit chercher les boissons, je jetai un coup d'oeil au salon. Je comptai au moins cinq tableaux dont les motifs champêtres auraient fait bâiller une grand-mère et plus d'une douzaine de sculptures religieuses, dont une, microscopique, avec le visage d'une Vierge ou d'un Christ visibles sous un verre grossissant. Je m'attendais à la religiosité exacerbée. Et aussi à trouver sur une petite table placée au centre de la pièce un ordinateur portable disposant d'une connexion infrarouge. Il travaillait apparemment comme rédacteur d'une chaîne d'information online, et, s'il vivait seul, il pouvait placer ses ordinateurs où il en avait envie.
En revanche, je ne m'attendais pas à voir une femme.
L'hologramme se trouvait sur un petit support en pierre, flottant dans un cadre en forme de U, et ornait des étagères blanches, voisinant avec quelques livres d'informatique et un crucifix. La femme était assise à côté de l'homme, probablement dans un bar. Ils souriaient et semblaient s'ennuyer, elle davantage que lui. Je commençai tout de suite à l'observer : la trentaine, forte, une épaisse chevelure noire. La robe découvrait son épaule et sa cuisse gauche nues. Elle avait une main posée sur l'autre. On aurait dit une femelle dominante, ce qui ne me choquait pas particulièrement par rapport à ce que j'attendais de Monsieur Propre, mais il y avait dans sa posture quelque chose qui me laissa songeuse.
J'entendis des pas dans mon dos et je décidai de continuer à regarder le portrait.
- Je ne savais pas si tu voulais des glaçons ou... L'homme s'interrompit en me voyant.
- Sans glaçons, c'est bien.
- Tu regardais ce portrait ?
- Je me lançai dans une excuse sotte, mais l'homme ajouta en souriant : C'est ma femme. Mon ex, je veux dire.
- Oh, d'accord.


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