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Auteur : Philippe Djian
Date de saisie : 03/10/2011
Genre : Arts
Editeur : Argol éditions, Paris, France
Collection : Entre-deux
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 9782915978742
GENCOD : 9782915978742
Sorti le : 08/09/2011
«Il reste assis devant sa toile, les doigts croisés. Il dit que c'est difficile. Il dit que peindre est presque impossible. Que la peinture, c'est l'homme devant sa débâcle. Il dit des choses que je ne comprends pas.»
Parce que Djian sait la valeur du silence, pour Bram van Velde, comme pour un frère absent, il a inventé une fiction où tendresse et désespérance affleurent et coulent comme sa peinture.
Âpres une vingtaine de romans publiés à plusieurs millions d'exemplaires dans le monde entier, Philippe Djian est toujours le même. Djian est un grand écrivain, avec une oeuvre à part, particulièrement forte et singulière. Il y a bien longtemps que certains l'affirment, avant que ses livres, naturellement, fassent l'objet d'études universitaires sur l'écriture contemporaine.
Une page de Djian possède un rythme, des couleurs, un éclat, une palpitation (double : manifeste et secrète), une sagesse el une jolie qui n'appartiennent qu'à lui [...] une phrase qui vit, c'est infiniment rare. [...] Le signe à quoi on reconnaît un grand écrivain, c'est que son style est une morale, une manière de comprendre le monde et d'agir sur lui. Ce n'est pas l'histoire qu'il raconte qui définit la morale de l'écrivain, mais la façon dont les mots poussent pour raconter cette histoire.
Pierre Lepape, Le Monde, 1986
Et moi, qu'est-ce que je mets dans mon rapport ? Qu'il a sauté ou qu'il a pas sauté... ? Et si je dis que je l'ai vu sauter dans le vide, que j'ai même entendu les gens frémir autour de moi, que cette femme s'est accrochée à ma manche... hein, si je le disais... ? ! Mais je sais très bien à quoi je m'expose. On va me dire : «Alors, comment que ça se fait que t'as pas trouvé le corps... ? Comment ça peut se faire qu'un type qui saute par la fenêtre atterrit pas en bas, tu nous prends pour quoi... ?» Peut-être qu'on m'obligera à passer une visite pour mes yeux et que des toubibs vont m'interroger pendant des jours. Je peux toujours dire qu'il faisait tellement beau que j'ai été ébloui, qu'à force de regarder cette fenêtre et ce type qui restait immobile sur la corniche du dernier étage, j'ai eu un trou noir. En fait, que je l'aie vu sauter ou non, ça me regarde. Y a pas que les histoires bizarres qui me coupent l'appétit, j'en vois des horreurs, ça m'arrive assez souvent de sauter un repas dans ce métier. J'ai certaines images que je pourrai jamais enlever de ma mémoire. Et maintenant, au milieu de ces abominations, il y aura ce type qui plongeait dans le vide. C'est dommage que je sache pas dessiner. Je suis pas là pour expliquer pourquoi un bonhomme qui se balance dans le vide vient pas s'écraser par terre. Mais si je savais dessiner, je vois encore la scène avec une telle précision, que j'en sortirais une vraie photographie. Je me suis même demandé pourquoi son petit chapeau ne s'envolait pas, pourquoi il gardait ses mains dans les poches. J'ai jamais eu de visions, je suis pas du genre à rêver tout éveillé et je mets jamais les pieds dans une église si j'y suis pas obligé. Je dis qu'il a gardé les yeux bien ouverts. Je dis qu'il souriait, même s'il pinçait les lèvres. Et je dis qu'il a disparu tout d'un coup, à la hauteur du quatrième pour être précis. Mais n'empêche que je vais pas l'écrire. Je crois que ça vaudra mieux pour tout le monde. Ça nous arrive souvent d'être dérangés pour rien. Y a des gens qui changent d'avis au dernier moment et qui tirent dans le plafond ou qui se mettent à nager vers le bord à toute vitesse. Et puis j'ai demandé : «Est-ce que quelqu'un veut faire une déclaration ? Vous me donnez votre nom et vous me dites ce que vous avez vu...» Y en a pas un qui s'est risqué. Y en a pas un qui a ouvert la bouche.
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