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Auteur : Theo Hakola
Traducteur : Annie Brigant
Date de saisie : 03/10/2011
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Intervalles, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 9782916355580
GENCOD : 9782916355580
Sorti le : 19/09/2011
Biljana et Milica sont serbes. Musiciennes magnifiques, amies d'exception, elles sont pleines de fougue, de force et de contradictions.
Christopher Drake est américain. Il chante dans un groupe de rock qu'il veut quitter. La passion s'est mêlée de doute, il songe à devenir journaliste, tente de chercher la vérité dans cette partie du monde qu'elle semble avoir désertée... Un concert à Belgrade et la rencontre des deux jeunes femmes vont être le tournant que sa vie attendait.
Et voilà trois complices, trois amis, inadaptés à la vie chacun à sa manière, lancés dans une valse entre la France et les Balkans, au rythme des violons et des verres de rakia, dans le tourbillon des débats qui tentent de reconstruire des identités et des territoires lacérés, dans le bruit des jurons qui émaillent toute discussion, dans le silence des douleurs avec lesquelles chacun a dû apprendre à vivre.
Théo Hakola signe un roman pétillant et ardent, où les femmes sont vives et fuyantes comme des sirènes, où les hommes s'efforcent de les suivre, où la petite histoire des êtres s'entrelace une fois de plus dans la grande histoire des hommes.
Installé en France après avoir grandi, étudié et travaillé aux États-Unis, Théo Hakola, en tant que chanteur-guitariste et auteur-compositeur, est devenu l'une des grandes voix du monde de la musique. Également homme de théâtre, il adapte régulièrement son travail d'écriture à la scène. Rakia est son quatrième roman.
DES CHAUSSURES GRATUITES
20 avril 1999
Biljana Kozul. La bonne amie, au bon endroit, au bon moment, allait avoir une nouvelle paire de chaussures. Avait simplement à faire ce qu'elle aurait fait de toute façon, ce qu'elle aurait fait même sans cette récompense. Ne croyait pas que le hasard ou la chance y était pour quelque chose. Ne croyait ni à la chance ni au hasard, heureux ou malheureux. Ne tarderait pas à se demander néanmoins comment le destin avait pu un jour lui jouer un tour pareil.
«T'as pas le choix, dit le père de Milica au téléphone, tu viens à la fête. Impossible de la faire sans toi.
- Et il fallait absolument que vous l'organisiez le seul jour de la semaine où je suis de service la nuit, dit Biljana.
- L'anniversaire d'une personne, Biljana, se fête souvent le jour de son anniversaire.
- Oui, souvent, mais nous savons l'un et l'autre qu'il n'y a pas de règle en ce domaine.
- Écoute, tu n'as qu'à te faire porter pâle l'après-midi. Et puis tout le monde sait qu'il n'y a rien à faire là-bas la nuit de toute façon. Et si jamais un imbécile y trouve à redire, eh bien, envoie-le-moi», dit le père de Milica en riant. Le rire indique que cette injonction est une blague, mais Biljana sait que ce n'est pas une blague. En sait assez pour savoir qu'elle ne dénoncerait jamais l'un de ses supérieurs à l'homme grâce auquel elle a eu ce travail à la RTS.
«Pourquoi prévenir si tard, Vlada ?
- Parce que je suis un homme occupé, ma petite.
- Ah bon ? On dirait plutôt un homme qui vient de se souvenir que sa fille a son anniversaire cette semaine...
- Enfin, Bili ! Moi-même, je viens tout juste d'apprendre que je serai libre ce soir-là.
- Bien sûr. D'accord, mais... Heu... Vlada ? Je ne crois pas qu'on soit payé quand on se fait porter pâle comme ça à la dernière minute.
- Oui... Il va falloir que je t'achète une jolie petite paire de chaussures pour compenser, n'est-ce pas ?
- Même si ce n'est pas mon anniversaire ?
- C'est celui de ma fille, merde, et s'il faut que je soudoie la meilleure amie de ma fille pour que tout soit parfait pour elle, c'est ce que je ferai.
- Des bottes, dit la meilleure amie de sa fille.
- Quoi ?
- J'aime les bottes, Vlada.
- Allons, Bili... Tu sais, vous êtes assez grandes toutes les deux pour commencer à vous habiller en femmes.»
Le père de Milica a renoncé à affronter directement sa fille au sujet de ses goûts vestimentaires. Sa stratégie actuelle est plutôt d'essayer de rallier Biljana à sa cause, et même si cela pouvait sembler désespéré au départ, il commence à marquer des points.
«Les bottes, ça peut faire femme, Vlada. Donne-moi des bottes qui font femme et tu verras, je les mettrai.
- Alors d'accord. Va pour des bottes, mais des bottes à talons... Adjugé ?
- Adjugé !»
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