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.. La police française et la guerre d'Algérie

Couverture du livre La police française et la guerre d'Algérie

Auteur : Emmanuel Blanchard

Date de saisie : 06/10/2011

Genre : Histoire

Editeur : Nouveau Monde éditions, Paris, France

Prix : 26.00 € / 170.55 F

ISBN : 9782847366273

GENCOD : 9782847366273

Sorti le : 18/09/2011

  • Le courrier des auteurs : 15/10/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Emmanuel Blanchard, historien, maître de conférences en science politique à l'Université de Versailles. Mes sujets de recherche portent sur les polices en situation coloniale et sur l'histoire de l'immigration algérienne.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
L'emprise policière sur les populations considérées comme "indésirables", en l'occurrence les émigrés d'Afrique du Nord de la Libération à l'indépendance algérienne.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"Un événement tel celui du 17 octobre 1961, par son caractère unique dans l'histoire de la France métropolitaine au XXe siècle, est particulièrement difficile à catégoriser. Si on ne renonce pas à le faire, l'expression de "pogrom" utilisée par Pierre-Vidal Naquet dès l'automne 1961, rend compte de la violence raciale, sociale et politique, tout à la fois planifiée et "spontanée", qui fut exercée ce soir-là". (p. 391).

4) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une attention aux "citoyens diminués" qui ne peuvent faire valoir leurs droits et pour lesquels l'action publique s'incarne surtout dans les interventions policières.


  • Les présentations des éditeurs : 15/10/2011

Le «problème nord-africain» : c'est ainsi que la police a pris pour habitude de qualifier après-guerre la question des Algériens installés en région parisienne. Théoriquement égaux en droit avec les autres citoyens français, ils étaient cantonnés à certains emplois et quartiers, en butte à une forte emprise policière et objets de nombreux fantasmes touchant à leurs pratiques sexuelles ou délinquantes.
De 1925 à 1945, les Algériens ont été «suivis» par une équipe spécialisée, la Brigade nord-africaine de la préfecture de police. Celle-ci dissoute, les «indigènes» devenus «Français musulmans d'Algérie» sont désormais l'affaire de tous les personnels de police. Au début des années 1950, l'émeute algérienne devient un sujet de préoccupation majeur, exacerbé parla répression féroce de la manifestation du 14 juillet 1953, place de la Nation. Une nouvelle police spécialisée est alors reconstituée avec la Brigade des agressions et violences. Ses objectifs : pénétrer les «milieux nord-africains» et ficher les Algériens.
Entre 1958 et 1962, dans le contexte de la guerre ouverte en Algérie, le répertoire policier se radicalise : il faut désormais «éliminer les indésirables». Rafles, camps d'internement et retours forcés se multiplient. Les brutalités policières deviennent fréquentes, jusqu'à la torture. Le préfet de police Maurice Papon reçoit un «chèque en blanc» pour combattre le FLN. Les massacres d'octobre 1961 incarnent le moment le plus tragique de cette période noire. Les mécanismes en sont éclairés par une étude historique rigoureuse fondée sur des archives et des témoignages inédits.

Emmanuel Blanchard est maître de conférences en science politique à l'Univers de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, chercheur au Centre de recherches socio logiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). Ses recherches portent sur les polices en situation coloniale et sur la socio-histoire des politiques d'immigration.


  • Les courts extraits de livres : 15/10/2011

Introduction : Le «problème nord-africain»

Pour nous, comparée à Alger, Paris était la ville de la liberté. Nous n'avions pas cette méfiance qui collait à la peau de l'«indigène» face au pouvoir colonial. Nous pouvions circuler partout sans problème, sans l'obsession d'être constamment interpellés.

Omar Boudaoud, Du PPA au FLN.
Mémoires d'un combattant, Alger, Casbah éd., 2007, p. 80.

Ce témoignage, livré au détour des Mémoires de celui qui fut pendant cinq ans (1957-1962) à la tête de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN), rappelle à la plus grande vigilance l'historien désireux de se pencher sur les relations entre les Algériens émigrés et les forces de police dans la France du début des années 1950. Si l'on en croit ces quelques lignes, le risque de relire cette période à l'aune d'évolutions ultérieures, en particulier la guerre d'indépendance algérienne menée des deux côtés de la Méditerranée, serait grand. À la tentation de l'anachronisme s'ajouterait celle de la lecture sans nuance d'une situation coloniale dont les effets étaient différenciés sur les deux rives de la Méditerranée. La vision irénique des rapports entre les forces de l'ordre parisiennes et les émigrés d'Algérie présentée en exergue est en effet liée à la trajectoire d'un militant nationaliste qui avait eu à connaître les salles d'interrogatoire, les camps d'internement et les prisons d'Algérie. D'expérience, il savait que les méthodes de police employées des deux côtés de la Méditerranée ne relevaient pas des mêmes répertoires. Les priorités de la Sécurité générale de l'Algérie (SGA) et de la préfecture de police (PP) n'étaient d'ailleurs pas les mêmes : au début des années 1950, le nationalisme algérien n'était qu'une question très secondaire pour la police parisienne et des militants recherchés dans les départements d'Algérie pouvaient trouver refuge en métropole. Certaines manifestations nationalistes (que l'on pense aux sept morts du 14 juillet 1953, infra, chap. 4) n'en étaient pas moins réprimées avec une extrême violence, incomparable à celles utilisées contre d'autres protestations politiques. La rupture de la guerre d'indépendance et les tentatives hégémoniques du FLN ont contribué à effacer ces souvenirs. Afin de ne pas isoler les violences policières inscrites dans les mémoires contemporaines, en particulier celles du 17 octobre 1961 (voir infra), de processus de plus longue durée, il convient donc de rouvrir ce dossier de l'emprise policière sur les Algériens émigrés en métropole après la Seconde Guerre mondiale.


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