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Auteur : Khadi Hane
Date de saisie : 27/01/2012
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 14.50 € / 95.11 F
ISBN : 978-2-207-11155-0
GENCOD : 9782207111550
Sorti le : 18/08/2011
Khadîdja est née au Mali. Elle réside aujourd'hui dans le quartier Château-Rouge à Paris, et élève seule ses quatre enfants. Le plus âgé s'éloigne la haine dans les yeux, les petits subissent les lourds tracas du quotidien. L'argent manque, constituer le menu de chaque repas est un combat. Khadîdja, musulmane pratiquante mais en proie au doute devant les épreuves que lui fait subir son Dieu et sa surdité, est au centre des commérages du voisinage et de sa communauté. Mise à l'écart, elle vit seule, sans mari, et en outre, elle a aimé un Blanc ! Même si elle continue d'aider ceux restés au pays, la communauté la juge. Le tunnel parisien est long, très long, et pénible, et Khadîdja commence de chercher une issue de secours... Un texte qui dépeint avec réalisme, dureté mais non dénué d'humour l'âpreté du quotidien d'une femme africaine éprise de liberté, française sans oublier ses origines et sa culture africaines.
1) Qui êtes-vous ? !
C'est toujours difficile de dire qui on est.
Disons donc que je suis d'origine sénégalaise, femme de culture vivant en France depuis si longtemps que j'admets cette part de moi qui est française. Donc, lune dans l'autre, il m'est plus aisé de me définir comme une francophone. J'aime la littérature, le théâtre. Lire est mon activité préférée.
2) Quel est le thème central de ce livre ?
Je ne sais pas si on peut parler de thème central, car ce livre aborde plusieurs problèmes de femmes africaines vivant à Paris que je fais porter à une seule, ce qui me donne l'occasion de dénoncer la bêtise humaine qui n'a pas de couleur. L'histoire se situe dans le quartier de Château Rouge, à Paris, où cohabitent plusieurs nationalités, dont la grande majorité est africaine. C'est au coeur de ce village africain à Paris que se font et se défont des vies de femmes. J'avais envie qu'on découvre ce quartier riche de tout, sauf de ce qu'on peut attendre de la France qui reste dans l'esprit de plusieurs personnes un eldorado.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
On dit que Dieu est heureux, Ses anges fredonnent un air d'Afrique.
4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Baayo de Baaba Male, un musicien peul sénégalais qui aborde dans cette chanson la détresse d'un immigré en France qui apprend le décès de sa mère, par téléphone, et regrette de ne l'avoir pas vue une dernière fois, avant sa mort.
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
La découverte du quartier de Château Rouge, ses richesses tant humaines que culturelles, mais aussi et surtout la prise en conscience qu'à Paris, il y a des gens qui vivent dans un dénuement total, mais qui se taisent parce que personne ne veut les écouter.
Gratteurs d'écailles dans une poissonnerie, vendeurs ambulants de montres de pacotille ou de statuettes en bois, journaliers payés au noir pour décharger des sacs d'un camion, hommes à tout faire d'un commerçant pakistanais qui revendait des pots de crème à l'hydroquinone censés procurer aux nègres l'éclat d'une peau blanche, la leur ne faisant plus l'affaire. Sur le marché Dejean, on trouvait de tout...
Née au Mali, Khadîdja élève seule quatre enfants à Paris, dans le quartier de Château-Rouge. Pétrie de double culture, musulmane mais le doute chevillé au corps, elle se retrouve exclue de sa communauté du fait de sa liaison avec Jacques, le père de son fils métis. Cercle après cercle, depuis ses voisines maliennes jusqu'aux patriarches du foyer Sonacotra et à ses propres enfants, Khadîdja passe en jugement. Mais cette absurde comparution, où Africains et Européens rivalisent dans la bêtise et l'injustice, réveille en elle une force et un humour inattendus. Tableau intense de Château-Rouge, Des fourmis dans la bouche est porté par une écriture inventive au ton très singulier, fondée par la double appartenance. Un roman qui dit la difficile liberté d'une femme africaine en France.
Née à Dakar, Khadi Hane vit en France. Elle est l'auteur de romans et de pièces de théâtre, dont Sous le regard des étoiles (1998), Ma sale peau noire (2001) et Le Collier de paille (2010).
La romancière sénégalaise Khadi Hane met en scène Khadîdja,une mère de famille malienne exilée en France, femme de caractère qui ose surmonter les tabous...
Voilà un beau livre de colère noire et d'un féminisme brûlant, d'autant que Khadîdja finit par comprendre qu'elle n'a rien à faire en France et que tout reste à faire dans son pays natal pour entamer l'énorme travail de changement des mentalités ancestrales. La morale implicite de ce roman, dont la vraisemblance sociologique ne peut être mise en doute (la population noire de Château-Rouge est si parfaitement dessinée), est que chaque être doit choisir sa liberté, quitte à s'écarter de la communauté, même si cela peut passer aux yeux multiples de celle-ci pour une trahison.
Premier jeudi de septembre. Mme Renaud me salua comme une assistante sociale salue son cas social, d'une longue poignée de main. Son sourire étalé à l'horizontale donnait à sa bouche l'expression de félicité d'une carpe en eau douce. C'était mon assistante sociale. D'office, quelques mois plus tôt, le préposé à l'accueil du centre de la place Jules-Joffrin me l'avait collée. Elle me revenait de droit. «Votre réfèrent social !» avait-il clamé avec solennité, la désignant d'un doigt si court que je dus moi-même viser la cible, avec le bout de papier où figurait la liste de mes besoins. Puisant au plus profond de moi, j'avais troqué ma fierté contre le courage d'affronter le regard de cette inconnue aux lèvres déformées par la grimace réglementaire des travailleurs sociaux. Il me fallait des pâtes, du riz, du blé, un féculent quelconque. Cinq gosses à nourrir m'attendaient à la maison sans avoir rien avalé depuis la veille. «Vous verrez, elle s'occupera de vous», m'avait-il affirmé avant de m'introduire dans le bureau de sa collègue. D'abord elle m'observa avec déférence, puis elle attrapa un dossier, y inscrivit mes nom et prénoms, ceux de mes enfants, leur nombre, leur âge. Ensuite vint le rituel du questionnaire : Quel âge avez-vous ? Vous ne travaillez pas, n'est-ce pas ? Où sont les pères de vos enfants ? Vous êtes divorcée, me dites-vous... J'opinai. Très vite, ses questions me parvenaient dans leur futilité, avec ses allusions injurieuses et son air étudié. Mme Renaud collait une série d'étiquettes sur l'unique mal dont je souffrais et dont tout en moi montrait les stigmates : la pauvreté.
Depuis cette séance inaugurale, elle me rendait visite le premier jeudi de chaque mois. Elle était vêtue d'une jupe en coton à la coupe sévère qui s'arrêtait aux genoux, d'un chemisier uni et boutonné jusqu'au cou. Ses cheveux liés derrière sa nuque lui donnaient une allure provinciale. On ne pouvait s'empêcher de l'imaginer débarquant à Paris par pur hasard et peu à peu enlisée, ensevelie dans cette nappe de pauvreté.
- Comment allez-vous, madame Cissé ? demandat-elle.
À sa voix mi-robot, mi-humaine, je ne répondis pas aussitôt. Elle enleva son manteau que je m'empressai de suspendre dans ma chambre, seule pièce où on avait pu installer une penderie dont mes enfants et moi étions cinq à nous disputer le placard. Son cartable calé contre le mur, elle retira ses gants. La vision de mon canapé suscita son appréhension. Devait-elle y poser ses fesses ? Elle constatait qu'il n'y avait aucun autre meuble dans le salon, hormis la petite table, la télévision et deux lits superposés au fond de la pièce, réservés à ma fille Sali et à son frère Moussa. Faute de place, le canapé servait de lit à mon autre fils Ahmed. L'assistante sociale le savait. Le moindre détail de mon logement lui avait été fourni lors de notre première rencontre : deux chambres, coupées au fond du couloir, l'une occupée par Karim, l'aîné de mes enfants, l'autre que je partageais avec mon bébé. On devait se tenir de profil pour arpenter le couloir, sentier bétonné long d'un mètre qui menait à la cuisine où la maîtresse des lieux laissait au visiteur le soin de découvrir une cabine de douche dénichée aux Puces de Clignancourt. Le vieil imbécile grincheux qui me l'avait vendue devait l'avoir reçue en héritage, à en juger par l'entêtement désespéré qu'il mit à s'opposer à toute négociation, avant de se décider enfin, au bout d'un long pourparler, à me la céder contre une somme modique.
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