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.. Les oiseaux de paradis

Couverture du livre Les oiseaux de paradis

Auteur : Lise Benincà

Date de saisie : 03/05/2012

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Joëlle Losfeld, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 13.50 € / 88.55 F

ISBN : 978-2-07-078792-0

GENCOD : 9782070787920

Sorti le : 25/08/2011

Samuel est parti en voyage d'affaire pour quelques jours. Jusqu'ici rien d'extraordinaire car son métier exige de fréquents déplacements. Y étant habitué, la narratrice ne s'inquiète de rien. C'est donc dans un mélange de surprise et d'horreur qu'elle apprend qu'il ne reviendra jamais à la maison ?
Comment comprendre cette catastrophe ? Son métier est de traduire des textes médicaux, pourtant elle ne sait toujours pas pourquoi un coeur arrête subitement de battre, tout comme elle serait incapable d'expliquer le phénomène de la vie ou même des larmes.
C'est au cours de cette mésaventure que la narratrice remarque également la bêtise des phrases toutes faites : trouver la mort, disparaître dans un accident, perdre un proche... Autant dire des expressions incohérentes créées pour ne pas avoir à dire les choses telles qu'elles sont.
Beaucoup d'auteurs se sont risqués à mettre en scène un personnage confronté à la mort d'un proche, mais rare sont ceux dont le talent égale celui de Lise Benincà. Là où certains seraient tenter d'insister sur des sentiments trop déprimants pour être vrais, l'auteure préfère parler d'une sensation de vide intérieur inexplicable, certainement parce qu'il est impossible de mettre des mots sur ce qui n'existe plus...
Pour ce deuxième roman à paraître le 25 août et publié aux éditions Joëlle Losfeld, Lise Benincà nous prouve son talent avec l'histoire de cette jeune femme qui appréciera de nouveau la vie avec Les oiseaux de paradis ?


Trois personnages animent Les oiseaux de paradis : Samuel régulièrement à l'étranger pour des conférences, sa compagne, la narratrice, traductrice scientifique et Flavie la soeur de Samuel modèle pour les élèves des Beaux Arts. Ils vivent dans une douce harmonie, heureuse, jusqu'au jour, où, alors que le fumet du rôti attend le retour de Samuel du Brésil, une voix inconnue au téléphone bouleverse le présent comme le futur, il revient mais mort : «Je suis au regret de vous annoncer que monsieur Laugier a trouvé la mort dans le taxi qui le conduisait à l'aéroport». Nous allons suivre la narratrice dans son deuil brutal avec d'abord la sidération qui la saisit puis la colère avant de laisser le chagrin l'envahir. Même si elle avait naturellement conscience de leur condition de mortels, la surprise est immense et douloureuse. Quelques bouées de sauvetage vont nous aider à ne pas sombrer avec elle : les descriptions microscopiques, froides et précises («l'infini des détails qui nous composent») des tissus du corps humain qu'elle est chargée de traduire, Flavie qui partage sa peine immense, les mots que Flavie vole et note dans son petit carnet et avec lesquels la compagne de Samuel semble se saouler, les longues phrases qui nous empêchent de reprendre notre souffle, le Jardin des Plantes où elle arrive enfin à observer de nouveau la vie autour d'elle : d'abord le Muséum d'Histoire Naturelle «suspendu entre la vie et la mort avec ses squelettes et ses animaux naturalisés» puis les passants, les fleurs et les oiseaux, et enfin Arnaud, dessinateur d'oiseaux de paradis qui lui donne envie «pour la première fois depuis longtemps de connaître la suite de l'histoire». Un livre émouvant, une écriture enveloppante dépeignant une résurrection face au deuil : «il y a toi qui n'existes plus ; il y a moi qui existe encore. On ne sait pas à quoi cela rime» mais on finit par accepter de nouveau «de faire partie de ce cycle, de cette éternité».


  • Le courrier des auteurs : 29/10/2011

1) Qui êtes-vous ? !
Je suis un corps à l'intérieur duquel se tient une petite chose qui l'anime et le rend vivant. Comment dire quoi, exactement ?

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Un mystère d'une beauté fascinante : Comment parvenons-nous à vivre dans la conscience de notre propre fin ?

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
"En somme, c'est merveilleux."

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Le Duo Seraphim de Monteverdi.

5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Un questionnement sur la mort... mais surtout, la magie de cette puissance de vie dont nous sommes capables malgré tout.


  • Les présentations des éditeurs : 08/11/2011

En voyage professionnel au Brésil, Samuel meurt subitement dans le taxi qui le conduit à l'aéroport où il devait prendre l'avion pour Paris et retrouver sa compagne. À travers le récit de cette dernière, le lecteur est confronté à la poignante épreuve de la perte d'un être cher, depuis le coup de téléphone fortuit qui fait basculer la vie, jusqu'à la lente reconstruction de soi pour redevenir «le plus vivante possible». Ainsi prostrée dans la douleur, comme absente d'elle-même, la narratrice tente, sans démonstration excessive, mais comme une dernière tentative pour cerner l'inacceptable, d'approcher le corps dans sa composition anatomique et organique. Dans une langue d'une bouleversante sobriété, Lise Benincà raconte le retour à l'existence et au sentiment rassurant de faire partie d'un mouvement où les oiseaux partent en hiver et reviennent toujours au printemps.

Lise Benincà, née en 1974 près de Saint-Étienne, vit et travaille à Paris.
Elle est l'auteur de Balayer fermer partir, un récit paru en 2008 aux Éditions du Seuil.


  • Les courts extraits de livres : 08/11/2011

Un courrier de Flavie est arrivé hier, mais je ne l'ai pas encore ouvert. Je crois savoir ce qu'il contient. Au dos de l'enveloppe, elle a écrit : Ne t'attends à rien, ne sois pas déçue. Je l'ai posé à côté de moi, sur l'autre oreiller.
Le lit n'est pas défait. J'y suis assise, dos calé contre un traversin. Je c'est-à-dire mon corps, les pensées et les humeurs qui l'habitent et lui commandent mouvement ou immobilité, c'est-à-dire aussi mon visage et surtout mes yeux. N'osant pas tourner la tête de côté, je regarde droit devant. Il n'y a rien à voir que cette lueur s'intensifiant sous la toile écrue du rideau. Mes yeux s'attardent sur ce qui est à leur portée, une heure de plus. Sans tourner la tête il est impossible qu'entre dans leur champ de vision cet endroit où le lit est vide. Les yeux voient le rideau devenir de plus en plus blanc, lumineux. Ils voient les jambes nues allongées sur le lit. Le reste du corps que dissimule une chemise de nuit en coton bleu pâle. Les avant-bras aux mains jointes. Sur l'un des avant-bras, cinq grains de beauté forment une petite constellation qui ne rime à rien. Triangle ouvert, sourire inversé. Je les effleure du bout des doigts l'un après l'autre, espérant composer le code secret qui m'ouvrira l'accès vers moi-même.
La peau est une barrière qui sépare ce qui se trouve à l'intérieur du corps de ce qui se trouve à l'extérieur. Elle protège les tissus plus profonds contre les traumatismes, synthétise la vitamine D et contient les récepteurs cutanés de la douleur, je l'ai appris lors d'un cours de physiologie. Lorsque je la pince, elle rougit. La rougeur s'estompe presque aussitôt. Pince-moi je rêve, dit souvent ma soeur. C'est une façon de parler, dit-elle encore, lorsque j'essaye de lui pincer le dos de la main.
L'épaisseur de la barrière qui entoure le corps varie d'un demi-millimètre sur les paupières à quatre millimètres sur les talons. Quelque chose de moi y est à l'abri. Quoi ?

Dans le miroir mon corps entier se dépliant passe devant la fenêtre. Le ciel est dégagé, il y a là juste au creux un nuage cotonneux, un chat miaulant posté au bord d'une cheminée, les bruits de la rue, les portes qui claquent et les clés qui tournent, les escaliers dévalés puis un enfant pleure et cesse de pleurer et les lumières s'éteignent une à une puisque c'est ainsi, de nouveau il fait jour.


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